Le manga et moi (le bonus)

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Les petits billets sur les mangas qui m’ont le plus marqué ont inspiré a-yin qui a inspiré à son tour VpViennetta qui a réveillé son WorPress pour proposer ses 10 titres. Je ne suis pas peu fier de ce mouvement et j’attends maintenant que Shermane « réveille » à son tour son blogspot. J’attends aussi la liste de Vivisab, et j’espère qu’il y aura un billet similaire de Gemini !

En attendant, pour clore définitivement ma liste des mangas marquants, voici en bonus quatre autres titres (les derniers, promis !). Mon top 10 FB s’est donc transformé en top 12 puis en top 16. Car il y avait encore quatre mangas dont je voulais absolument parler, comme quoi certains n’avaient pas tort quand ils pensaient que dix, c’était trop peu, qu’ils ne pouvaient pas faire une liste aussi courte. À cela s’est ajouté le fait que plusieurs personnes se sont prises au jeu (j’espère donc qu’il y en aura d’autres) et ont donné une liste avec quelques explications, que ça soit sur le forum de Mangaverse ou sur leur blog. La lecture étant une activité solitaire, il est toujours intéressant de pouvoir échanger via Internet, à défaut de le faire de vive voix.

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Le Livre jaune
de Fumiko Takano est un titre marquant à deux titres. Lorsque Frédéric Boilet a lancé la collection Sakka chez Casterman, il avait la volonté de proposer des titres d’une tonalité autre que ce qui était (très) majoritairement proposé au lectorat francophone. C’était ce qu’il appelait LA nouvelle manga et dont il nous donnait un aperçu en tant que directeur de collection. En 2004, Le Livre jaune (avec Blue de Kiriko Nanana – qui vient d’être réédité en collection Écriture) proposait quelque chose de jamais vu dans le manga : un ton intimiste, des instantanés de la vie de tous les jours. Avec un sujet portant sur la littérature, nous étions loin des trois qualités incontournables de la bande dessinée résumées par Thierry Groensteen (l’humour, l’aventure, le merveilleux). Rien de tout cela ici, uniquement le quotidien de quatre femmes placées dans des situations différentes, mais banales. Ce titre est devenu encore plus marquant lorsqu’en 2005 au Festival d’Angoulême, discutant manga avec Boilet et lui répondant que Le Livre jaune était mon Sakka préféré, il est sorti du stand pour me claquer deux bises afin de me remercier d’avoir cité son petit chouchou de la collection. Il est à noter qu’on trouve encore assez facilement l’ouvrage d’occasion et si vous ne connaissez pas, je ne peux que vous conseiller de le lire !

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Naru Taru
est là pour une toute autre raison : sa violence et sa sexualité alors que les protagonistes sont des enfants ! Je ne me suis pas intéressé à sa première publication en 2000, d’ailleurs rapidement interrompue par Glénat (j’avais décroché du manga à l’époque). J’ai découvert la nouvelle édition que Stéphane Ferrand (directeur de la collection manga à l’époque) a eu le courage de proposer presque 10 ans plus tard à un lectorat plus adulte (sûrement aidé par la publication de Bokurano par Asuka). Grâces lui en soient rendues tant cette série est marquante par le décalage entre les personnages et la violence de l’histoire. Si je n’ai pas retenu le titre dans ma précédente sélection, c’est que la narration est trop souvent perfectible et gâche quelque peu la lecture.  Pourtant, le message que veut faire passer Mohiro Kitoh, l’auteur, sur la société japonaise est suffisamment fort pour que j’en parle ici. Ce qui me fait encore plus regretter que nous n’avons plus rien du mangaka depuis cinq longues années…

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Le Pavillon des hommes
était dans le top 10, puis le 12, mais deux fois, je l’ai sorti de la sélection pour mettre un autre titre. Cette fois-ci est la bonne ! Si j’ai accroché de suite à la série, sa périodicité (un tome par an), la difficulté de rentrer à nouveau dans l’histoire (et dans l’Histoire du Japon), de bien remettre les personnages qui se ressemblent tous, ont nui à son impact sur moi. Cependant, étant souvent sous influence lorsqu’il s’agit d’apprécier des séries suite aux avis de certaines personnes (généralement des – de moins en moins – jeunes filles), Le Pavillon des hommes est toujours resté dans mes lectures préférées (les qualités de ladite série étant tout de même la raison principale, hein !). Néanmoins, c’est l’idée de reprendre le travail d’a-yin sur le forum de Mangaverse, de le poursuivre sur le présent WordPress suite à une relecture des premiers tomes, qui a fait de ce manga un des plus marquants de ma vie de lecteur. Il faut dire que la mangaka, Fumi Yoshinaga, a un formidable talent de conteuse et que j’ai pu lire la quasi-totalité de ses œuvres (en les empruntant), celles-ci étant (plus ou moins) disponibles en anglais.

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On ne le croirait pas mais je suis aussi fan de récits  romantiques, il y a toute une série de mangas qui trouvent grâce à mes yeux alors que rien ne permet de le prévoir. Il y a par exemple Crossroad ou Mon histoire dans ma pré-sélection de 26 titres. Cependant, Library Wars – Love & War passe devant grâce à son action et son humour, en plus d’une relation en guimauve bien dégoulinante. Pourquoi ? Voilà une question difficile. Peut-être le fait que l’histoire se passe dans un environnement paramilitaire me rappelant mon service national dans l’armée de terre (oui, ça existait encore à mon époque) et mes années passées dans la réserve opérationnelle. Une sorte de madeleine de Proust, donc. Le thème central des livres et des bibliothèques de prêt (par exemple, je suis très fan du Maître des livres), combiné avec une organisation militaire, de la romance rose bonbon et de l’action a provoqué chez moi une réaction un peu inattendue. C’est donc ce mélange improbable qui explique la présence de Library Wars – Love & War dans ce billet. Je me souviens que j’attendais chaque nouveau tome avec une très grande impatience, les lisant deux fois à chaque nouvelle sortie (c’est-à-dire qu’après une première lecture, je relis le tome immédiatement) et que j’ai pleuré intérieurement de ne pas pouvoir lire la suite (toujours en cours au Japon) et qui n’est même pas disponible en scan US. Pire, je ne peux même pas espérer que Glénat sorte une autre série de Kiiro Yumi, étant donné qu’elle n’a fait ensuite que des histoires courtes en un volume et que c’est un format qui ne se vend absolument pas en France.

Voilà, je passe définitivement le relais à d’autres. Pour celles et ceux que ça intéresserait, voici le reste de ma liste des 26 titres présélectionnés pour ces différents tops :
L’Arbre au soleil, La Cité Saturne, Crossroad, Cyborg Kurochan, Full Metal Alchemist, Love Me Tender, Mon Histoire, Monster, Le Passage et Touch.

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FB et ses chaînes de lettres 2.0 : le manga et moi (2)

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Il est amusant de voir comment une simple chaîne de lettres peut déclencher un débat. Pas sur FB ou Twitter, bien entendu, où une discussion prolongée n’est pas possible, mais sur un bon vieux forum, à l’ancienne, où les quelques habitués qui restent ont gardé de vieilles et bonnes habitudes. C’est le cas sur le forum du site Mangaverse où je suis allé faire de la publicité pour mon billet précédent, étant donné le peu de réactions (quantifiées ici sous la forme de clic vers ledit billet) que sa publication sur mon mur FB provoque à chaque fois. Indéniablement, je ne suis pas un blogueur d’influence…  🙂

Néanmoins, cela ne va pas m’empêcher de poster six autres mangas qui ont particulièrement marqué ma vie de lecteur de bandes dessinées :

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Je ne me souviens pas comment j’ai découvert Tensai Family Company. Vraisemblablement par moi-même parce qu’en 2005, je suivais de très près l’actualité manga, qu’il s’agissait d’un josei (c’est à dire un manga à destination des jeunes femmes), genre se développant en francophonie à l’époque (grâce aux éditeurs Sakka et Asuka), ce qui changeait des sempiternels shônen / shôjo, et que je connaissais le directeur éditorial d’Asuka (faire partie de Mangaverse pouvait faire son petit effet sur une « carte de visite »). Et namtrac en disait tellement de bien sur le forum… Il faut dire que c’est une série marquante par son thème, celui du monde des affaires, traité à la fois de façon comique tout en restant très crédible, notamment sur les relations professionnelles. C’était la preuve que le manga pouvait traiter de n’importe quel sujet en n’étant pas ennuyant, bien au contraire. Il faut dire que Tomoko Ninomiya a un talent fou pour raconter de façon relativement réaliste, tout en restant amusante, la vie de personnes projetées dans tel ou tel univers. Inutile de dire que je me suis jeté sur Nodame Cantabile lorsque la série est sortie quelques années plus tard et que je me désespère de pouvoir lire un jour un autre titre de l’auteure tant ses deux séries parues chez nous ont fait un flop commercial (pour ne pas parler « d’accident industriel »).

Goyo1-wpSans Natth et sa promotion pour le titre en créant un sujet dédié sur le forum de Mangaverse (soyons honnête, c’est certainement l’avis de beanie_xz qui m’a décidé à m’y intéresser car je suis sous influence dès qu’il s’agit de certaines personnes), je ne me serai certainement pas passionné aussi vite pour le travail de Natsumo Ono. À la base, je ne suis pas très manga de samouraïs, je n’ai jamais supporté Vagabond, par exemple. Pourtant, raconté par Ono, c’est formidable de sensibilité et de subtilité, car ici la parole remplace le sabre. De plus, l’ensemble se lit extraordinairement facilement. Ceci dit, la présence de Goyô dans ce top 12 est très vraisemblablement due au fait que j’ai relu la série il y a peu et que j’y ai trouvé le même plaisir de lecture que huit années auparavant. Je n’ai plus qu’à me mettre à relire Gente… Dans le même genre, mais en plus fou et onirique, je ne peux que conseiller Le Samouraï bambou de Tayou Matsumoto (aussi chez Kana, l’éditeur belge étant incontestablement le plus intéressant depuis de très nombreuses années, en tout cas à mes yeux). Et je vais demander à a-yin de me (re)prêter les titres de la mangaka sortis aux USA.

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Alors que je décrochais lentement mais sûrement du manga depuis 2012, évolution aggravée par l’arrêt de Mangaverse en 2013 au profit d’Aftermangaverse (mais sans fermeture du forum, mille fois merci à Morgan pour cela), plusieurs titres sont venus me prouver que la bande dessinée japonaise recelait encore de nombreuses perles qu’il ne fallait rater sous aucun prétexte. Sur FB, j’ai dû choisir entre deux, mais ici, je n’ai pas besoin d’en sacrifier un. Gokusen est marquant par le fait que j’ai regardé l’intégralité de la saison un du drama (série TV tournée avec de vrais acteurs) tiré de la série. Vous n’imaginez pas à quel point ceci est exceptionnel : je ne supporte pas les animés ou les drama, ne supportant pas les images qui bougent japonaises à destination du grand public. Les voix sont insupportables, la qualité de réalisation est insupportable : tout est insupportable à mes yeux dans la culture populaire japonaise… à l’exception des mangas, peut-être étrangement quand on y pense ! Il faut dire que je n’ai aucune fascination pour le Japon, bien au contraire.

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Je n’ai jamais été un grand fan de Banana Fish, même si j’avais apprécié la série à l’époque. Mais Kamakura Diary est un manga particulièrement marquant par sa façon d’aborder de façon légère des sujets aussi graves que la mort des proches ou la maladie. En racontant la vie de tous les jours d’une famille uniquement composée de quatre sœurs (leur père est mort, la mère de l’une d’elle est morte, celle des trois autres est partie refaire sa vie en abandonnant ses enfants), Akimi Yoshida déploie un talent fou de narratrice car jamais elle n’ennuie ses lectrices et lecteurs. C’est une nouvelle preuve que le manga au féminin est extrêmement qualitatif et d’une très grande richesse (même si on y trouve une majorité d’œuvres sans autre prétention que celle de détendre « sans prendre la tête » des lectrices). Il n’aura échappé à personne que je ne parle dans ce billet (jusqu’ici) que de titres réalisés par des femmes.

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Décidément, l’année 2013 a été particulièrement riche en séries marquantes. Ce n’est pas avec l’Anthologie Moto Hagio que cela va changer, même si techniquement, il s’agit d’une anthologie d’histoires plus ou moins longues. Je me suis intéressé à la mangaka pour son importance historique, pas pour les qualités du Cœur de Thomas qui m’avait laissé de marbre à l’époque de sa sortie. Et en lisant les deux volumes constituant cette anthologie, ainsi que celle sortie au USA (A Drunken Dream), j’ai pu réellement comprendre les raisons de cette réputation, surtout en réalisant un dossier pour du9 (qui a débouché sur une conférence au Festival d’Angoulême 2014). Cette excellente lecture accompagnée d’un gros travail de recherche qui m’a permis de me pencher sur le développement du manga à destination d’un public féminin dans les années 1950-1980 rend cette anthologie particulièrement marquante dans mon parcours. 

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Terminons ce top 12 par une série très récente. Si 2013 a marqué (en quelque sorte) mon « retour » au manga, ce titre est celui qui m’enthousiasme le plus actuellement. Les raisons ne sont vraisemblablement pas uniquement liées aux qualités du manga et au talent de son auteur. Certes, les personnages sont particulièrement attachants, l’histoire est très bien racontée et le dessin assez réussi. Non, c’est surtout que le titre réussit à créer une identification très forte chez moi, chose qui est très rare, je dois avouer. J’ai toujours eu tendance à rester extérieur au récit, un simple spectateur, et à ne pas me projeter dans tel ou telle protagoniste. En cela, Après la pluie mérite pleinement sa place ici. Si je n’ai pas posté sa couverture sur mon FB, c’est tout simplement que je ne pouvais que garder dix titres (ma sélection en comptait 24, et encore en oubliant des incontournables comme Full Metal Alchemist ou Monster) et qu’il s’agissait du plus récent. De plus, son succès critique et commercial me permettait de ne pas le citer (snobisme quand tu nous tiens).

Voilà pour la seconde partie consacrée à mes douze lectures mangas les plus marquantes (en fait, il y en a bien plus, au moins 26). Il est notable qu’il y a deux ou trois ans, un tel texte se serait retrouvé sur le forum de Mangaverse, alors que maintenant, il sert à alimenter mon blog (c’est vraiment du travail, un blog, surtout quand on veut faire des textes un peu développés). Et encore, je suis en retard, normalement, j’aurai du faire une vidéo pour la poster sur Youtube et en donner le lien sur l’ensemble des réseaux sociaux. Mais que voulez-vous, je reste définitivement 1.0 (à la limite, 1.5) sur Internet ! 🙂

FB et ses chaînes de lettres 2.0 : le manga et moi (1)

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Depuis quelques semaines, je vois passer un petit jeu auprès de mes petit·e·s camarades qui consiste à poster la couverture des dix mangas qui ont le plus marqué et de « poker » des « amis FB » pour qu’ils en fassent de même. Une sorte de chaîne de lettres 2.0, en fait… Alors que je ne donnais jamais suite à ces chaînes (qu’elles soient papier ou courriel), cette fois j’ai bien voulu jouer le jeu sur Facebook et emmerd… déranger dix de mes connaissances. D’ailleurs, certain·e·s ont eu l’intelligence de participer tout en ne faisant pas suivre, la plupart ne participant pas comme je le faisais à l’époque pour ces fameuses chaînes de lettres.

Toutefois, ne pas avoir à donner d’explication sur le choix de ces dix mangas était frustrant pour moi.  Du coup, j’ai eu l’idée d’en faire un billet (en deux parties vu comment je suis bavard) en reprenant les titres concernés tout en expliquant leur présence. À ces dix sélectionnés, j’en ajoute deux autres pour porter le total à douze, ayant dû les écarter de la sélection finale à regret. Les douze séries (il n’y a pas de one-shot) sont présentées ici dans un ordre chronologique et non de préférence. Ceci dit, il est évident qu’ils font parti de mes titres préférés et que se sont toutes d’excellentes œuvres à lire absolument !

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Dragon Ball
a été ma première bande dessinée japonaise (comme pour beaucoup de monde). Lassé de la production franco-belge de l’époque (je n’avais pas encore découvert la production dite indépendante), je ne lisais plus grand chose quand j’ai découvert ces étranges tomes assez épais en petit format et en N&B qui commençait à prendre de la place dans les rayonnages à la FNAC.  D’autant que je me souvienne, c’était en 1994 (ou en 1995). La série était diffusée en kiosque depuis quelques temps et les tomes reliés se trouvaient en librairies spécialisées et en GSS culturelles. J’ai commencé par ces fameux tomes reliés avant de continuer en version kiosque, je n’allais pas attendre pour lire la suite, hein ! Peu de temps après, je me suis mis à lire Ranma ½ (que j’ai suivi durant ses huit années de parutions françaises, malgré deux abandons de lectures de « mangasses » durant cette période) et à peu près tout ce qui sortait dans le mitant des années 1990 (sauf Akira d’Otomo et je m’en vante).

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J’avais abandonné les mangas depuis de nombreux mois, estimant avoir fait le tour du genre et étant occupé par autre chose (quelqu’un d’autre, disons…), quand début 2002, ayant brutalement plus de temps libre à tuer et furetant dans le rayon manga d’une libraire BD de République où j’avais mes habitudes (elle n’existe plus depuis longtemps, malheureusement), je suis tombé sur Maison Ikkoku de Rumiko Takahashi. Je connaissais l’auteure parce que je la suivais depuis longtemps avec Ranma ½. Et là, ce fut le choc tant le titre était éloigné de ce que j’avais lu jusqu’ici et des shônen manga qui étaient proposés à l’époque. Je me souviens que ce même jour, j’avais rejeté Amer Béton, bien trop spécial à mes yeux au niveau du dessin et de l’histoire. On peut dire qu’il s’agit du manga qui a eu le plus d’importance dans ma vie de lecteur puisque je me suis intéressé à son auteure, et faire différentes recherches sur le net m’a amené à fréquenter des forums spécialisés (Mangakana, puis Tonkam, avant d’atterrir sur celui de Mangaverse où j’officie toujours, largement plus de 10 ans après), à faire la connaissance de beaucoup de monde par ce biais, puis à devenir un des experts du manga en France. Bref, le cours de ma vie a changé grâce à Maison Ikkoku !

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Si Maison Ikkoku est le catalyseur, Urusei Yatsura est l’amplificateur de ce changement tant je suis devenu le premier fan (autoproclamé) de Rumiko Takahashi grâce à ce titre. Certes, je connaissais vaguement l’animé qui passait à la télévision (sûrement l’effet bikini) mais je ne m’intéresse plus aux « images qui bougent » japonaises depuis que j’ai cessé de regarder Le Roi Léo et Goldorak (et je parle là d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître). En fait, j’ai lu à l’époque la version américaine de la série (incomplète), lu les scantrads US (incomplets) et je me suis même lancé dans la scanlation en français sur mon site UYFrance. Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu lire la version française grâce à Glénat. De fait, je me suis toujours passionné pour les œuvres de la mangaka, même si actuellement, cette passion n’est pas très dévorante pour Rinne.  Imaginez que je ne possède que deux artbooks, et celui des 35 ans de carrière de Rumiko Takahashi est l’un de ceux-là.

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Le site Mangaverse et son forum m’ont permis de découvrir de nombreuses bandes dessinées, pas seulement japonaises, et d’ouvrir mon champ de vision plus rapidement. J’ai ainsi pu apprendre à apprécier des titres plus difficiles graphiquement et aux thèmes plus proches de la vie quotidienne (jusqu’à devenir mon genre de prédilection). Ils m’ont permis de rencontrer de nombreuses personnes, y compris des professionnels du monde de l’édition. Vraisemblablement, je suis intéressé à Ping Pong du fait que j’étais ami avec le couple qui en faisait la traduction et l’adaptation. Il y a aussi le fait qu’Akata publiait des titres de grandes qualités par le biais de son association avec Delcourt. J’ai ainsi réellement découvert Tayou Matsumoto après un premier rendez-vous raté quelques années auparavant. D’ailleurs, on peut dire ce que l’on veut sur Dominique Véret, mais force est de constater qu’après son départ de Tonkam, il n’a fallu que quelques années pour que la structure ne publie plus que des mangas sans intérêt. Et après l’arrêt de la collaboration Akata-Delcourt, l’éditeur parisien a été incapable de proposer un titre intéressant. Espérons qu’Akata sache garder longtemps un tel esprit  découvreur et novateur après le (nouveau) départ de Dom’ !

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Étrangement, cette série est une des plus importantes dans ma carrière le lecteur-rédacteur alors que je ne l’ai pas dans ma bibliothèque. Cependant, a-yin est en train de remédier à cette anomalie et m’a déjà trouvé les deux premiers tomes en occasion (et surtout en bon état). Je l’ai empruntée en 2005 à une (ex-) forumeuse de Mangaverse à l’époque (j’ai toujours son tome 7, nos relations ayant cessées brutalement mi-2010 avec son départ pour le Japon). Motivé par les qualités et surtout la profondeur de Larme Ultime, j’ai rédigé un long dossier à épisodes (il faudra un jour que je l’achève et que je le remette en forme après réécriture). Ce n’était pas la première fois que je me lançais dans la rédaction d’un texte un peu développé, mais c’était la première fois que j’analysais autant une lecture, allant au-delà de mes petites chroniques pour Bulledair et pour feu Mangavoraces. Cet ensemble de textes annonçait ceux que je ferais plus tard pour du9 et pour la revue d’étude Manga 10 000 images. De plus, il n’est pas étonnant que le second artbook que je possède est de Shin Takahashi !

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Pour terminer cette première partie, parlons un peu de Dorohedoro. Je dois avouer que j’ai mis longtemps à m’y intéresser (je ne suis pas toujours au taquet sur les titres pouvant me plaire). Pourtant, le titre avait sa petite réputation sur Mangaverse et il me semble que j’avais découvert la tête de Caïman lors d’un Mangaverstival. C’est surtout grâce à Iker, de Soleil Manga, que je m’y suis mis. Lors de Chibi Japan Expo 2007, il m’a offert en service de presse les quatre premiers tomes, m’affirmant que j’adorerai la série. Effectivement, j’ai été immédiatement subjugué par l’univers de Q-Hayashida au point de suivre la série en scantrad US par impatience de connaître la suite des aventures de Nikaïdo et de Caïman. Je dois avouer que cette impatience est retombée depuis quelques temps, mais Dorohedoro mérite toujours d’être dans mon top 12 des mangas qui m’ont le plus marqué.

La seconde partie de ce texte fera l’objet d’un autre billet, dans quelques jours. Il faut déjà que je termine mon top 10 sur FB pour ne pas dévoiler en avance deux des quatre autres lauréats (les onzième et douzième seront une exclusivité WordPress, ha ha). Les spoils, on n’aime pas trop ça dans le petit monde du manga 🙂

L’Art est aussi une question de sensations

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Récemment, sur un même week-end, j’ai eu l’occasion de faire deux expositions qui proposaient une « expérience » totalement différente. En effet, passer de la chaleur (au sens propre comme au sens figuré) asiatique à la froideur slave s’est révélé être un changement assez marquant, notamment sur le plan des perceptions . Pourtant, le sens commun associe plutôt l’art aux émotions et l’on ne s’attend pas à devoir ressentir littéralement des sensations physiques en visitant une exposition. C’est peut-être pour cela que visiter deux expositions aux environnements si opposés m’a permis de mieux comprendre que l’art n’est pas qu’intellectuel ou émotionnel. Certes, des performances ou des installations immersives peuvent chercher à solliciter les sens des spectateurs. De plus, il n’est pas interdit de penser que le commissaire et les scénographes d’Enfers et fantômes d’Asie aient aussi pensé leur manifestation comme devant être immersive et spectaculaire. À l’inverse, l’exposition consacrée à Kupka ne doit-elle pas être à l’image que l’on pourrait se faire de l’artiste, c’est à dire une vision de l’art surtout intellectualisée ?

Enfers et fantômes d’Asie

Musée du quai Branly – Galerie Jardin – Jusqu’au 15 juillet 2018

Aller à Branly un samedi après-midi n’est pas une bonne idée (habituellement, nous y allons le dimanche matin, à l’ouverture) tant il y a la foule pour visiter le musée à cette période de la journée. Certes, j’ai vu bien pire au Grand Palais ou à Orsay (par exemple) mais côtoyer autant de monde (l’exposition semble rencontrer un franc succès) dans un lieu aussi exigu peut rendre la visite assez éprouvante. Chaleur, manque de lumière, bruit, cris et pleurs, foule entassée : pas de doute, nous étions bien en enfer !

Il faut d’ailleurs saluer la mise en situation des visiteurs : couleurs rouge et noir pour la partie dédiée aux enfers, avec une certaine difficulté pour circuler et à accéder aux œuvres, couleurs grises et noir pour les fantômes, esprits et autres revenants, et enfin blanche (ou orangée) et noir pour la fin, celle des gardiens des sépultures. La partie la plus marquante est sans conteste la première avec ses nombreuses vidéos et représentations « réalistes » de supplices, sans oublier le passage de la porte des enfers. La zone des diverses représentations des fantômes et compagnie, notamment japonais, est plus « classique ». Toutefois, l’apogée du repoussant est sans conteste atteinte avec la l’espace dédié à la représentation des spectres thaïlandais. Âmes sensibles s’abstenir (et enfants, à écarter), hé hé !

À l’arrivée, nous avons là une bonne exposition, variée, avec une scénographie spectaculaire mais un peu pauvre en information et en contextualisation. En tant que fans de bande-dessinée (notamment asiatique), il est difficile de ne pas être déçu par la partie manga bien trop focalisée (donc trop restreinte) sur quelques noms comme Mizuki et Umezzu. De plus, le catalogue est assez décevant car trop d’œuvres n’y sont pas reproduites. Dommage car les textes semblent être de qualité…

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Kupka, pionnier de l’abstraction

Grand Palais – Entrée Champs-Élysées – Jusqu’au 30 juillet

Changement de décor radical avec l’exposition événement du Grand Palais : une grande rétrospective retraçant l’œuvre de František Kupka, de ses débuts à ses dernières créations. Il n’y a pas grand monde pour arpenter les travées, ce qui n’est pas étonnant en y allant un lundi, de plus journée à moitié fériée. S’il fait chaud dehors, ce n’est pas le cas dans l’aile Champs-Élysées à la climatisation pour le moins « efficace ». Ainsi, la faible température se retrouve être en accord avec les grands murs blancs et une certaine froideur des œuvres (même si l’artiste semblait beaucoup apprécier le jaune et l’orange), notamment dans le cas des illustrations et des peintures, ces dernières n’étant pas nécessairement abstraites.

Le classicisme de la scénographie tranche avec l’exposition du samedi précédent, son « efficacité » et sa pédagogie aussi. Sur une base chronologique, ce qui est toujours plus simple à présenter, les visiteurs découvrent ainsi l’évolution de l’artiste. Cela n’enlève rien à l’intérêt de la manifestation, bien au contraire. Il est toujours enrichissant de voir (et comprendre) comment un artiste peut passer du figuratif à l’abstraction, de voir son œuvre se construire au fil du temps. De même, les travaux de Kupka en tant qu’illustrateur « anticapitaliste » sont intéressants à observer, d’autant plus qu’ils sont particulièrement mis en valeur. Pour en revenir à la froideur, certes, les tableaux sont souvent très colorés, mais cela reste froid car manifestement réfléchi, posé, grâce à une représentation géométrique de l’abstraction. Pourtant, de la passion, l’artiste en avait, mais il la maîtrisait, manifestement !

Une excellente exposition, certes conventionnelle, mais qui permet de mieux comprendre, et donc de mieux apprécier, l’abstraction dont Kupka est devenu un des maîtres. Les grands formats présentés sont superbes et pourraient bien provoquer un sentiment esthétique même chez les plus réfractaires au non-figuratif.

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Fumi Yoshinaga, bio et biblio

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C’est bien connu, le droit mène à tout (à condition d’en sortir), y compris à devenir auteur de manga. C’est le cas de Fumi Yoshinaga. Cette tokyoïte est diplômée en droit après avoir suivi des études juridiques à l’université Keiyô (une université privée de Tokyo très réputée). Cela explique certainement la profession de Kakei dans What Did You Eat Yesterday? et son traitement réaliste. Toutefois, Fumi Yoshinaga a eu l’excellente idée d’abandonner toute carrière de juriste pour se consacrer au manga. Ce qui devait être une passion avant de devenir un métier a commencé par des dôjinshi (c’est-à-dire des publications plus ou moins amateures en autoédition) qui ont rapidement connu le succès. Fumi Yoshinaga va sur ses 18 ans lorsqu’elle débute, en janvier 1989, sa carrière de dôjinshika : elle publie son premier ouvrage en reprenant l’univers de La Rose de Versailles.

Cependant, ce sont surtout avec ses yaoi consacrés à Slam Dunk qu’elle rencontre le succès (une quarantaine de titres sont réalisés entre 1992 et 2005). Elle fait alors partie du cercle Oosawa Kaseifu Kyoukai. La réussite est telle qu’elle débute professionnellement en 1994 dans la revue Hanaoto avec The Moon and the Sandals (Tsuki to sandal en VO). Le titre est édité en deux tomes reliés en 1996 et 2000 par l’éditeur Hôbunsha. Fumi Yoshinaga commence alors une carrière remarquée et remarquable dans le boys love avant de se diversifier dans le shôjo puis dans le seinen. Toutefois, elle n’a jamais abandonné le monde du dôjin, continuant à publier, plus rarement mais régulièrement, des titres après 1995. Ceux-ci, quand ils ne proposent pas une histoire originale, sont placés dans l’univers d’Antique Baquery puis dans celui de What did You Eat Yesterday?

L’auteure est très discrète, il y a peu d’informations disponibles à son sujet. Par exemple, les page du wikipedia japonais consacrées à la mangaka et à ses œuvres sont très pauvres (comme souvent avec la fameuse encyclopédie en ligne). Il est impossible savoir quel est son diplôme en droit ou si elle a exercé un travail salarié avant de devenir auteure professionnelle (il est permis de penser que non, ou alors, pendant très peu de temps). S’il est possible de déduire les grandes lignes de sa carrière à partir des dates de parution de ses œuvres, il est impossible de déterminer les raisons et les conditions de son arrivée chez ses différents éditeurs. Ce sont là des questions qui n’ont pas été abordées (ou non publiées) dans les rares entretiens que l’on peut trouver sur le net. Les informations qui suivent sont donc à prendre avec toutes les précautions d’usage car souvent issues de déductions.

Après deux années passées à créer son premier manga « professionnel » chez Hôbunsha, Fumi Yoshinaga passe chez le principal éditeur de boys love, Biblos, dont le magazine BE × BOY (et ses déclinaisons) est la référence du genre. La mangaka change vraisemblablement d’éditeur en 1996 et reste quatre ans chez Biblos, le temps d’y publier cinq titres dont l’excellent Gerard & Jacques. Toutefois, Yoshinaga ne veut pas rester cantonnée au manga de genre. En effet, les mangas de Biblos sont réputés assez formatés. Or, le travail de Yoshinaga détonne quelque peu du fait d’une certaine recherche de réalisme dans la représentation de l’homosexualité masculine et la présence de personnages féminins assez développés.

Elle débute dès 1997 une carrière de shôjo mangaka dans le magazine Wings de l’éditeur Shinshokan avec Kodomo no Taion, le seul manga de l’auteure non disponible en anglais, peut-être à cause de l’évocation d’une relation sexuelle entre mineurs de moins de 16 ans. Garden Dreams suit un an plus tard avant que le succès arrive avec Antique Bakery. Le mensuel Wings est spécialisé dans les histoires pour filles âgées de 16 à 20 ans avec (surtout à l’origine) une forte présence d’auteures venues du monde du dôjin. Ce n’est pas un magazine de premier plan mais ce n’est pas non plus une obscure publication. Wings a notamment prépublié les premiers mangas de CLAMP.

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Antique Bakery est réalisé entre 1999 et 2002, totalisant quatre tomes reliés. Surtout, la série a fait l’objet de deux adaptation à la télévision : en drama (12 épisodes diffusés en 2001) puis en série d’animation (12 épisodes diffusés en 2008). La dernière adaptation est pour le cinéma (en prise de vues réelles) avec un film coréen sorti fin 2008. La qualité du titre est telle qu’Antique Bakery reçoit en 2002 le prix Kodansha du meilleur shôjo manga. C’est quelque chose qui arrive rarement pour le titre d’un éditeur autre que l’organisateur du prix et représente une véritable reconnaissance.

Enfin, Yoshinaga elle-même ne peut s’empêcher de revenir aux dôjinshi en publiant quatorze spin-off  d’Antique Bakery entre 2003 et 2011, y mettant en scène ses personnages dans des situations sexuellement explicites. La courte et excellente série Flower Of Life (4 tomes parus en version reliée entre 2004 et 2007) est sa dernière création pour le magazine Wings car la carrière de la mangaka prend ensuite une autre dimension…

Nul doute que le succès d’Antique Bakery et la tonalité générale de ses histoires publiées chez Shinshokan ont permis à notre auteure de proposer des récits plus adultes chez deux autres éditeurs : Hakusensha et Ohta Shuppan. Le premier est un des principaux acteurs sur le marché du manga destiné à un public féminin, notamment avec son magazine Melody, visant les jeunes filles situées dans la tranche des 16-20 ans. Le deuxième est réputé pour laisser une grande liberté de création à ses auteurs dans son Manga Erotics F, magazine seinen (malheureusement défunt) aux thèmes variés. L’érotisme y est facultatif (malgré ce qu’annonce son titre) et la cible de la publication est à la fois masculine et féminine.

Yoshinaga débute dans Melody en juillet 2002 avec le titre All My Darling Daughters, un recueil de cinq histoires liées par un fil rouge. C’est début 2003 que la mangaka commence Don’t Say Anymore, Darling (totalisant onze chapitres) dans Manga Erotics F, qui est ensuite suivi fin 2003 par Not Love but Delicious Foods Make Me So Happy! Il s’agit là d’un recueil de quinze très courts récits mettant en scène une « foodisto » (pour utiliser un terme à la mode) par le biais d’un avatar de l’auteure.

Le passage chez Hakusensha a permis à Yoshinaga de débuter en 2004 son grand œuvre, sa création la plus ambitieuse, qui est toujours en cours dans le magazine Melody. La série Le Pavillon des hommes est un succès public (les ventes sont excellentes au Japon) mais aussi un succès critique : elle reçoit le prestigieux Prix Culturel Osamu Tezuka organisé par le journal Asahi Shimbun en 2009, à sa troisième nomination. Un peu auparavant, le titre avait reçu un accessit avec un prix d’excellence au Japan Media Arts Festival 2006. Enfin, la série est récompensée du prix du shôjo manga Shôgakukan 2010 (alors même qu’elle n’est pas publiée chez cet éditeur).

Inévitablement, Le Pavillon des hommes est adapté en une série drama et en deux films en prise de vue réelle. Le premier sort en 2010 et introduit l’univers aux spectateurs. Le drama qui suit (10 épisodes en 2012) se concentre sur le personnage d’Arikoto. Enfin, le deuxième film (sorti en décembre 2012) met en scène Emonnosuke. Pour plus d’informations sur Le Pavillon des hommes, je vous invite à lire le Petit Guide sur le présent site et le dossier consacré au féminisme dans la série sur du9.org (du moins une fois qu’il sera terminé et mis en ligne).

C’est avec What did You Eat Yesterday? que Fumi Yoshinaga entre en 2007 au sommaire d’un magazine seinen grand public. Kodansha édite l’hebdomadaire Morning depuis 1982 et si la publication n’est pas la première (historiquement et en tirage), elle est devenu au fil du temps un support de référence pour les mangas à destination d’un lectorat adulte. L’accueil du public est excellent : le tome 13 s’est classé à la dixième place des meilleurs tirages de Kodansha pour l’année 2017 avec 240 000 exemplaires, ce qui représente un total de presque 4 900 000 d’exemplaires pour l’ensemble de la série depuis la sortie du premier volume. Il faut croire que les lecteurs et lectrices ne sont pas rebutés par la longue description des différentes recettes détaillant les plats préparés par Shiro et appréciés par Kenji, son « mari » (le mariage entre personne du même sexe n’est pas autorisé au Japon).

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Est-ce l’aboutissement de pratiquement trente années de carrière pour Fumi Yoshinaga ? Certes, non, surtout que cela serait rabaisser ses différents travaux dans les supports shôjo et boys love qui ont les mêmes qualités. Par contre, il est certain que la mangaka a réussi à diversifier son lectorat, tout en restant fidèle à ses deux sujets de prédilections : les jolis garçons un peu âgés (à lunettes de préférence) et la nourriture. Son talent de narratrice, son humour subtil, ses personnages si finement définis et son dessin délicat (quoique manquant un peu de variété) font de Yoshinaga une auteure extrêmement talentueuse qui est malheureusement trop méconnue en francophonie.

Fumi Yoshinaga a publié en tout (du moins à fin 2017 et hors dôjin) une quinzaine de titres. Elle est abondamment traduite en chinois (Taïwan) et anglais (USA). Son grand succès actuel, Le Pavillon des hommes, est aussi disponible en coréen, français et italien. Nous vous proposons ci-dessous la liste de ses mangas (en privilégiant le titre anglais si une édition US existe) avec une petite présentation pour chacune des œuvres :

moon_sandalsThe Moon and the Sandals
(BL — Hôbunsha — 2 tomes (tome 1 sorti en mars 1996, tome 2 en février 2000) — Prépublié dans Hanaoto entre 1994 et 1995*)
Le récit se déroule dans un lycée où l’on suit Kobayashi, lycéen homosexuel (il le dit à ses amis qui croient à une plaisanterie). Il est amoureux de son professeur d’histoire, M. Ida. Malheureusement pour lui, il apprend que ce dernier est déjà en couple avec un cuisinier du nom d’Hachizume. Puis diverses circonstances vont amener Kobayashi à faire la connaissance du grand frère de sa meilleure amie, Narumi, surnommé « Giant », rencontre débouchant sur un nouvel amour… Nous pouvons voir dans le premier volume un certain nombre de thèmes que nous retrouverons par la suite chez Fumi Yoshinaga : l’homosexualité, la cuisine, les études au lycée ou à l’université, l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle, l’amour professeur-élève, etc.
Note : Le tome 2 est une compilation de dôjin se passant après le récit principal.

truly_kindlyTruly Kindly
(BL — Biblos — 1 tome — 1997 – prépublication en 1996 ?)
Il s’agit d’un recueil de onze histoires courtes. La première qui donne son titre au recueil, est assez étrange. Elle parle d’un homme qui quitte son petit ami par jalousie, après l’avoir laissé pour mort dans son appartement. Alors qu’il est dans la rue en pleine nuit, il croise la route d’un homme étrange qui lui propose des bonbons… Il y a aussi l’histoire d’un écrivain japonais qui est invité chaque année à Seattle pour fêter l’anniversaire de mariage de deux amis d’université. Une autre nouvelle se déroule durant l’époque des samouraïs. Quant aux dernières histoires, elles se déroulent dans l’univers de Lovers in The Night. Les différents récits gravitent autour d’Antoine et Claude, permettant de se replonger dans l’univers des deux tourtereaux. Étrangement, ce recueil est sorti avant Lovers in The Night.

solfegeSolfege
(BL — Biblos — 1 tome sorti en avril 1998 – prépublication vraisemblablement en 1997)
Nous avons d’un côté un professeur de musique gay et hyper doué. Toutefois, étant très à l’aise financièrement, il ne connait pas la fréquente pauvreté liée à cette profession. De l’autre, nous avons un adolescent, grand, plutôt baraqué, qui fait assez « racaille ». En réalité, il s’agit un gamin gentil comme tout, qui ne cherche qu’à faire plaisir. Sa mère l’a plus ou moins abandonné depuis qu’elle a un nouveau compagnon, et elle a demandé à celui qui fut le professeur de musique de son fils en primaire de s’en occuper. Car voilà, notre jeune homme n’est passionné que par le chant, et il tente d’entrer dans une école prestigieuse. Néanmoins, tout n’est pas si simple pour ces deux âmes qui vivent dorénavant ensemble, car le professeur cache son homosexualité à son élève alors que celui-ci est en pleins déboires amoureux…

IchigenmeIchigenme… The First Class is Civil Law
(BL — Biblos — 2 tomes, premier volume sorti en juillet 1998 — dates et support de prépublication inconnus)
L’histoire se passe à l’université, ce qui a dû rappeler quelques souvenirs à Fumi Yoshinaga. Nous suivons Tamiya, un jeune homme prometteur et travailleur qui est en troisième année de droit. Il y fait la connaissance de Tohdô (le fils d’un grand politicien), ouvertement homosexuel et s’intéressant à lui. Il y a aussi Terada, étudiante brillante et amie de Tamiya. Toutes ces relations pousse ce dernier à se poser des questions sur son orientation sexuelle. Il faut noter que le tome 2 est une compilation de dôjin que la mangaka a réalisé en marge du titre principal.

Kodomo_no_TaionKodomo no Taion
(Shôjo — Shinshokan — 1 tome sorti en juillet 1998 — Prépublié dans Wings entre 1997 et 1998)
C’est le seul titre à ne pas être disponible en anglais alors qu’il s’agit d’un excellent manga. Il s’agit d’un recueil d’histoires courtes mettant en scène des personnages gravitant autour d’un père de 38 ans élevant seul son enfant depuis le décès de sa femme. Dans la première histoire, son fils, 13 ans, lui annonce qu’il a peut-être mis sa petite amie enceinte ! La deuxième histoire se déroule peu après le décès de sa femme : il est en visite chez ses beaux parents en compagnie de son fils qui a 5 ans. C’est l’occasion de se rapprocher autour d’une… recette de cuisine. La troisième histoire s’intéresse à des amis de lycée du père, etc. Il y a en tout cinq récits qui narrent la vie de tous les jours des différents protagonistes. Notons que Fumi Yoshinaga ne peut s’empêcher d’inclure un chapitre culinaire, un autre où elle parle de pâtisseries. Et il y a aussi un personnage d’avocat !

lovers_nightLovers in the Night
(BL — Biblos — 1 tome sorti en mars 1999 — dates et support de prépublication inconnus)
Le manga propose une idylle qui s’étale sur plusieurs années entre Claude (le majordome) et Antoine (le jeune noble). Leur histoire se déroule à Paris, pendant la Révolution Française. Claude a du sang chinois, il est donc considéré comme exotique et il ne laisse personne indifférent. À l’âge de 13 ans, il a travaillé comme prostitué dans une maison de passe où il a rencontré son bienfaiteur. Celui-ci, domestique chez une riche famille noble, l’extirpe de son triste destin. Claude, intelligent et sérieux, apprend vite (à lire, notamment) et gravit petit à petit les échelons jusqu’au titre de majordome. Il s’occupe du fils du maître de maison, le petit Antoine, enfant capricieux mais délaissé par ses parents… Ce titre est constitué d’une succession de petites histoires. Il n’y a pas réellement d’intrigue, mais on voit l’idylle entre les deux protagonistes évoluer au fil des pages. Antoine grandit sous nos yeux, on le voit enfant puis jeune homme, vers ses 21 ans, sur la fin du volume.

garden_dreamGarden Dreams
(Shôjo — Shinshokan — 1 tome sorti en septembre 1999 — Prépublié dans Wings entre 1998 et 1999*)
Il s’agit d’un recueil regroupant plusieurs histoires courtes concernant un même personnage. Le manga se déroule dans un univers médiéval, quelque part en Europe. Étant donné les combats avec des peuples de l’Est, il est possible que ça soit en pleine période des croisades. Nous suivons le baron Bianni qui vit dans une grande solitude car tous ceux qui l’aiment finissent par le quitter, parfois à cause de leur mort. À un moment, il a l’occasion de raconter son histoire à un barde de passage, Farhard. Si les différents récits sont indépendants, ils forment en réalité un tout. De plus, il y a une fin, un épilogue avec une sorte d’histoire dans l’histoire. L’ensemble est mélancolique, avec un ton très doux.

gerard_jacquesGerard & Jacques
(BL — Biblos — 2 tomes — 2000 — dates et support de prépublication inconnus)
Ce diptyque se déroule en France, à l’époque de la Révolution Française. Gérard rencontre Jacques lors de sa tournée des bordels de la ville. Il apprend que le jeune Jacques est un aristocrate, une classe sociale qu’il honnit, étant lui un bourgeois, donc un homme du peuple. Finalement, Gérard achète la liberté du jeune homme pour qu’il puisse prendre un nouveau départ dans la vie. Toutefois, le hasard fait que son majordome embauche Jacques afin de remplacer un jeune domestique venant de partir…  Il s’agit d’un récit très maîtrisé, où l’art des répliques et l’humour à la Fumi Yoshinaga sont très présents. De plus, c’est très beau graphiquement, la mangaka n’en est plus à ses débuts et cela se voit.

antique_bakeryAntique Bakery
(Shôjo — Shinshokan — 4 tomes — Prépublié dans Wings entre 1999 et 2002)
Yusuke Ono est chef pâtissier dans un petit établissement à succès de Tokyo, tenu par Keisuke Tachibana, un fils de bonne famille, ancien camarade de classe d’Ono. Ce dernier lui a avoué son amour au Lycée, ce qui a provoqué un rejet immédiat, Tachibana ne succombant pas un seul instant à son « gay demonic charm ». Deux autres personnes travaillent à la boutique : Eiji Kanda, ancien boxeur devenu apprenti pâtissier pour cause de blessure grave à l’œil, ainsi que Chikage Kobayakawa, ami d’enfance et fils des employés de la famille Tachibana. C’est ainsi que nous suivons la vie de tous les jours de nos quatre protagonistes dans le petit monde de la pâtisserie franco-japonaise.

amddAll My Darling Daughters
(Shôjo — Hakusensha — 1 tome — Prépublié dans Melody entre 2002 et 2003)
Le titre est disponible en français depuis 2006 chez Sakka (lorsque la collection était dirigée par Frédéric Boilet).
Yukiko, la trentaine passée et toujours séduisante, a dû quitter le foyer familial… enfin, celui de sa mère depuis la mort de son père (alors qu’elle était enfant) car cette dernière a décidé de se remarier avec un « gamin » de l’âge de sa fille, un apprenti acteur et ancien hôte dans un bar pour femmes. Seul moyen de partir : se caser elle-même avec un collègue, Jun, gentil et amoureux, à défaut d’être une « gravure de mode ». À travers de ce qui pourrait sembler être une compilation de cinq histoires, se dessine le portrait de trois générations de femmes. Ainsi, les lectrices et lecteurs sont amenés à comprendre l’importance des remarques proférées dans l’enfance et à quel point celles-ci peuvent façonner la personnalité, pour le meilleur comme pour le pire.

Don’t Say Anymore, Darlingdsamd
(Seinen — Ohta Shuppan — 1 tome sorti en janvier 2004 — Prépublié dans Manga Erotics F en 2003*)
Il s’agit d’un recueil de cinq nouvelles plus ou moins boys love, ce qu’elles ne sont pas vu le support de prépublication. Par contre, nous retrouvons à plusieurs reprises le cliché de l’ami qui se révèle être au moins bisexuel, comme par hasard (qui fait bien les choses).  Il s’agit là d’histoires qui ne sont pas indispensables malgré leur fin parfois dramatique, ce qui surprend « agréablement » par cette petite originalité. Mentionnons aussi la présence de deux nouvelles de Science-Fiction, genre où on voit peu Fumi Yoshinaga. Il y a notamment le récit d’un adolescent malade qui ne peut connaître l’amour physique que grâce à des « sexaroids », des androïdes taillés sur mesure pour assouvir toutes les envies.

flower_lifeFlower Of Life
(Shôjo — Shinshokan — 4 tomes — Prépublié dans Wings entre 2003 et 2007)
Le récit débute avec l’arrivée d’Harutaro après la rentrée au lycée. Il est plus âgé que ses camarades du fait d’une hospitalisation suite à une leucémie, mais il est aujourd’hui guéri. C’est sa petite vie, mais aussi celle de tous ses camarades de classe, que nous pouvons suivre durant quatre volumes. En effet, nous pouvons observer la vie scolaire de toute une classe, avec des conversations de tous les jours. Il y a bien sûr de fortes personnalités dans ce manga. Il y a par exemple le personnage de Majima, un otaku comme il faut. D’ailleurs, à ce titre, le volume 2 est hilarant lorsque Majima se met à parler du monde des dojinshi ou du yaoi, en évoquant les pratiques et tous les clichés que le genre recèle. Nous pouvons suivre aussi les petites histoires de deux professeurs. Une belle réussite qui mériterait une publication en français.

nlbdfmmhNot Love but Delicious Foods Make Me So Happy!
(Seinen — Ohta Shuppan — 1 tome  sorti en avril 2005 — Prépublié dans Manga Erotics F entre 2003 et 2004*)
F-Mi Y-naga est une mangaka de boys love trentenaire qui passe son temps entre travailler, dormir et manger (dans un bon restaurant dès que c’est possible). Dans ce recueil de 15 courtes histoires, Fumi Yoshinaga se met en scène en tant que foodie et décrit longuement, et à coups de superlatifs, les plats qui lui sont proposés dans différents restaurants (qui existaient réellement lors de la réalisation du manga). Il est impossible de savoir quelle est la part de la personnalité de l’auteure qui se retrouve dans le personnage de F-Mi : celle-ci est une célibataire endurcie, très négligée chez elle mais pouvant être très sexy (quand elle ne se maquille pas trop) lorsqu’elle sort pour diner, d’autant plus qu’elle a de gros seins. Toutefois, elle semble plus intéressée par la nourriture que par les hommes, et quand un de ceux-ci lui plait, sa façon de draguer est tellement directe et lourde qu’elle le fait fuir. Il s’agit donc aussi d’une comédie très amusante sur la difficulté de trouver l’âme sœur dans le Japon actuel.

UnknownLe Pavillon des hommes
(Shôjo — Hakusensha — 15 tomes, en cours — Prépublié dans le mensuel Melody depuis 2004)
Après qu’une mystérieuse maladie ait emporté la majeure partie de sa population masculine, la société japonaise de la fin du XIIe siècle a dû s’adapter en laissant les femmes prendre à leur compte l’ensemble des tâches dévolues aux hommes, ceux-ci se retrouvant cantonnés, du fait de leur extrême rareté, à une fonction de reproducteur. Les femmes ont fini par hériter des plus hautes fonctions, notamment celles de chef de clan et de shogun, afin de permettre aux familles de perdurer. Pourtant, l’Histoire du Japon n’a gardé aucune trace de ce pouvoir féminin pendant la majeure partie du shogunat des Tokugawa, alors que celui-ci a duré plus de 260 ans. Les raisons sont expliquées dans la série par le biais du Pavillon des hommes, ce lieu réservé aux différents shoguns femmes…

wdyey-couvWhat did You Eat Yesterday?
(Seinen — Kodansha — 13 tomes, en cours — Prépublié dans l’hebdomadaire Morning depuis 2007 à raison d’un chapitre par mois)
Shiro et Kenji sont deux quadragénaires qui vivent ensemble depuis quelques années. Le premier est juriste dans un cabinet d’avocat, le second est coiffeur. Le premier est « économe » (qui a dit pingre ?) et excellent cuisinier. Il sait faire les bons choix au supermarché et profiter des bonnes affaires. Le second semble plus insouciant et apprécie de vivre avec un homme qui le choit si bien lors des diners alors qu’il rentre d’une longue journée de travail. C’est ainsi que chaque chapitre est l’occasion, pour les lecteurs, de découvrir un nouveau plat et la recette pour le réaliser. Cette vie de couple permet à Fumi Yoshinaga de placer de nombreuses répliques pleine de distance et d’ironie comme nous les aimons tant.

(*) Les dates de prépublications suivies d’une astérisque sont estimées d’après le nombre de chapitres, de la périodicité du magazine d’origine et de la date de sortie du volume relié.

Les  résumés proposés ici ont été rédigés avec la participation (pour ne pas dire les textes) d’a-yin, une grande amatrice (et lectrice) de Fumi Yoshinaga. Nous n’oublions pas d’adresser un grand merci à Manuka pour ses corrections.

Le Pavillon des hommes, le petit guide (II-1)

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Voici la deuxième partie du petit guide du Pavillon des hommes. Elle se présente sous la forme d’une série de résumés, plus ou moins développés, des tomes parus jusqu’ici. Le but est de permettre de se replonger dans le récit au long cours de Fumi Yoshinaga sans avoir besoin de relire toute la série. En effet, avec un volume par an, nous avons amplement le temps d’oublier les manœuvres des différents shoguns et de leur entourage pour prendre (ou garder) le pouvoir. L’optique est aussi, tout simplement, de savoir où nous en sommes dans l’histoire du shogunat des Tokugawa. Bien entendu, les résumés qui suivent révèlent des pans entiers de l’histoire… Du fait du nombre important de tomes, cette deuxième partie est elle-même coupée en deux. Rappelons s’il en est besoin, que le Pavillon des hommes ne propose pas un récit uchronique, mais plus exactement une Histoire contrefactuelle. Maintenant, place aux résumés :

Volume 1

UnknownNous sommes en 1716 ; cela fait déjà plusieurs décennies que la variole du tengu, une maladie foudroyante et mortelle, frappe les adolescents de sexe masculin. De ce fait, la population du Japon est devenue très majoritairement féminine : on compte 75 à  80 % de femmes. Dans les campagnes et dans les villes, celles-ci ont pris les responsabilités qui incombaient auparavant aux hommes, en plus de leurs propres obligations.  Il en est de même pour les samouraïs : le shogun (le 8e) est également une femme, Yoshimune Tokugawa.

Originaire de la province de Kii, elle est économe et cherche à appliquer de nombreuses réformes au sein du Pavillon des hommes, un espace du château peuplé uniquement par une population mâle qui lui est entièrement dévouée. Elle a une vision égalitaire des choses, n’aime pas le clinquant et choisit ses amants même parmi les serviteurs d’un rang peu élevé (des samouraïs de clans mineurs).

C’est avec ce personnage que les lectrices et lecteurs apprennent les coutumes régissant la vie du Pavillon. D’un naturel curieux, Yoshimune se pose des questions, notamment sur la raison du port d’un prénom masculin pour les femmes héritant de fonctions élevées. Cela l’amène à rencontrer le scribe du Pavillon, Murasame Masasuke, un très vieil homme ayant tout consigné depuis le règne du 3e shogun (Iemitsu) jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit des Notes du crépuscule que Yoshimune décide de lire pour mieux comprendre l’Histoire de son pays. Elle y apprend que ce n’est qu’à partir du 3e shogun que le poste est occupé par une femme.

Volume 2

UnknownLe récit débute par la mort d’Iemitsu Tokugawa, 3e shogun, victime de la variole du tengu, quatre-vingts années avant le témoignage du premier volume. La rumeur voudrait qu’Iemitsu n’ait jamais porté intérêt aux femmes. Toutefois, il a tout de même une progéniture : une petite fille qu’il a eue avec une femme du peuple, violée après une beuverie. Dame Kasuga no Tsubone a donc l’idée de faire passer cette enfant pour Iemitsu dans le plus grand des secrets ; et c’est son propre fils qu’elle fait passer pour mort. Elle est prête à tout pour préserver la lignée des Tokugawa et la paix dans le pays.

Iemitsu-fille, devenue le 3e shogun, se balade déguisée en garçon au sein du Château, notamment ce qui deviendra le Pavillon des hommes. Elle a un caractère difficile et agressif, n’hésitant pas à frapper ceux qui lui déplaisent. En même temps, elle semble posséder une bonne intelligence politique et étonne parfois son entourage. Cependant, le shogun ne montre aucun intérêt pour les individus de sexe masculin ; cela inquiète Dame Kasuga pour la succession.

C’est à ce moment que le bonze Arikoto Madenokôji, devenu chef du temple Keiô à 18 ans, choisit de venir se présenter, accompagné de ses serviteurs, Gyokuei et Myôkei. Le bonze est extrêmement beau et de bonne famille. Dame Kasuga complote donc pour l’obliger à rester à Edo. Sous la menace, elle le fait renoncer à ses vœux en le forçant à coucher avec une femme de Yoshiwara, le quartier des plaisirs. Gyokuei suit alors son maître et reste au Château, Myôkei ayant été assassiné. C’est ainsi qu’est fondé le Pavillon des hommes. La première rencontre entre Arikoto et Iemitsu se déroule mal. Toutefois, petit à petit, cette dernière finit par s’habituer à lui. Elle le surnomme Oman, un nom féminin dérivé de son nom de famille : Madenokôji. Jour après jour, Oman parvient à comprendre Iemitsu et réinterprète ainsi son but sur Terre : il est là, non pas pour servir Bouddha, mais pour sauver l’âme du shogun. C’est ainsi que les deux finissent par tomber éperdument amoureux l’un de l’autre.

Volume 3

No titleLes sentiments ne font pas tout : depuis un an qu’Arikoto partage la couche du shogun, il n’y a toujours pas d’héritier en vue. Dame Kasuga repère alors à Kyoto un homme ressemblant beaucoup à Arikoto, un certain Sutezô, pensant qu’il plaira à Iemitsu. Arikoto parvient à convaincre le shogun de partager sa couche avec Sutezô afin d’avoir un héritier ; celle-ci tombe enfin enceinte. Une fille, Chiyo, nait. Sutezô est alors surnommé Oraku par Iemitsu. Malheureusement, il est victime d’un bête accident et il ne s’en remettra pas.

Iemitsu prend alors pour concubin un certain Mizoguchi Sakyô (devenant de ce fait Onatsu), issu (bien entendu) d’une famille de samouraï. En effet, Dame Kasuga tient à voir le shogun accoucher d’un fils. Comme cela ne donne pas le résultat escompté, Arikoto demande à Gyokuei de partager la couche d’Iemitsu. Il prend ainsi le nom d’Otama. Malheureusement, Dame Kasuga finit par mourir de vieillesse et d’épuisement. Toutefois, elle a tenu à ce que son fils, Murase Masasuke, continue ses Notes du crépuscule.

Peu après, Iemitsu révèle officiellement à ses daimyô (les gouverneurs de province) que le shogun est une femme, et édicte une loi faisant en sorte que les femmes puissent aussi hériter. En réalité, cela fait depuis un bon moment que nombre de damiyô déguisent en hommes leurs filles pour rendre visite au shogun et les présenter comme étant l’héritier de la famille. Iemitsu prône aussi la fermeture des frontières aux étrangers, sauf sur l’île de Dejima, pour cacher la situation du Japon au reste du monde, notamment aux Occidentaux de plus en plus envahissants. La variole du tengu, que l’on pensait n’être qu’une épidémie éphémère, ne se dissipe pas et a finalement de « beaux jours » devant elle.

Volume 4

PH-couv4La charge de grand intendant du Pavillon des hommes étant restée libre après la disparition de Dame Kasuga, Iemitsu nomme Arikoto à ce poste. C’est aussi elle qui instaure la coutume du concubin secret qui doit mourir après avoir « souillé » le corps du shogun lorsque celle-ci perd sa virginité : elle préfère que le shogun connaisse sa première fois avec un des hommes du Pavillon, se souvenant de sa traumatisante première expérience sexuelle. Iemitsu est un shogun apprécié qui sert son peuple, mais elle meurt au jeune âge de 27 ans. Elle laisse derrière elle trois filles. La première est Chiyo, qu’elle a eue avec Oraku, la deuxième, dont on ignore le nom, avec Onatsu, et la dernière, Tokuko, avec Otama (Gyokuei). Les deux plus jeunes entrent dans les ordres, alors que Chiyo prend le nom d’Ietsuna Tokugawa et devient le 4e shogun.

Contrairement à sa mère, elle ne s’intéresse nullement aux affaires politiques. Tout le monde la surnomme « Dame faites donc » : elle ne s’oppose jamais à une décision des rôju, ses conseillères. Elle n’aime que les divertissements procurés par Arikoto, sa « dame de compagnie ». Elle ne montre aucun intérêt pour les hommes et n’accepte sa première expérience sexuelle que pour obéir à son grand intendant. C’est lors d’un incendie ravageant la ville d’Edo qu’elle avoue à Arikoto son amour. Toutefois, celui-ci décide de démissionner après ces événements dramatiques. Il entre alors dans les ordres où il y reste jusqu’à l’âge avancé de 89 ans, juste avant l’avènement du 8e shogun, prenant le nom d’Eikôin.

Ienatsu règne sans étincelle et ne se marie qu’à l’âge de 41 ans. Elle ne laisse aucun héritier. Tokuko devient Tsunayoshi , le 5e shogun. Il s’agit de la fille de Gyokuei/Otama/Keishôin, la troisième fille d’Iemitsu. Elle s’installe au Château accompagnée de son père de retour à la politique et de Yoshiyasu Yamagisawa, sa plus proche conseillère. Cette dernière est en rivalité avec Makino Narisade que Tsunayoshi considère presque comme sa mère. Tsunayoshi est une femme pourrie gâtée par son père mais est dotée d’une grande intelligence politique. Elle a aussi un appétit sexuel vorace dont Yoshihayu se sert afin d’étendre son influence. Tsunayoshi se démarque de son prédécesseur en punissant sévèrement les seigneurs en querelle, montrant qu’elle n’est pas une « Dame faites donc ».

La question d’héritage ne se pose pas, Tsunayoshi a déjà une fille, Matsu, qu’elle aime beaucoup. Le mari de Tsunayoshi, Nobuhiro Takatsukasa, n’a malheureusement aucune influence puisque Tsunayoshi lui préfère son concubin Denbei Kotani, dit Oden, le père de la petite Matsu. C’est en sachant cela qu’il décide de faire venir un noble déchu de Kyoto du nom d’Emonnosuke. Celui-ci ressemble beaucoup à Arikoto, une légende au Pavillon des hommes. Emonnosuke est intelligent, cultivé, ambitieux et compte briguer le poste de grand intendant du Pavillon. Il ne fait aucun faux pas, même devant Keishôin qui a du mal à le supporter et qu’il qualifie d’intrigant. Tsunayoshi le rencontre pour la première fois alors qu’il dispense un cours aux hommes du Pavillon et l’apprécie beaucoup. Il accède donc au poste de Grand intendant, resté libre depuis la démission d’Arikoto. Et tout cela « sans coucher », comme le souligne Keiôshin.

Volume 5

JQ_Ohoku_05.inddLes complots continuent, avec d’un côté la coalition Keishôi/Yoshiyasu et de l’autre Emonnosuke. Akimoto (qui porte des lunettes) est un homme discret, intelligent et sérieux (mais peu ambitieux). Il devient le valet d’Emonnosuke. En réalité, ce dernier se sert d’Akimoto pour être ses yeux et ses oreilles : rien de ce qui se passe au Pavillon ne lui échappe. Il continue à étendre son emprise sur le shogun en éloignant ses concurrents. De ce fait, Tsunayoshi n’a plus que Yoshiyasu à ses côtés. Keishôin réplique en faisant venir un noble déchu de Kyoto, Ôsuke, pour en faire le concubin de Tsunayoshi. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’Ôsuke était très proche d’ Emonnosuke à la cour impériale.

Indépendamment de ces intrigues, la vie de Tsunayoshi est bouleversée par la mort de sa fille chérie, Matsu. De plus, elle ne parvient pas à enfanter de nouveau, ce qui inquiète grandement Keishôin. Celui-ci craint que le poste de shogun aille plus tard à Tsunatoyo, la nièce de Tsunayoshi, soit la petite-fille d’Onatsu, son rival du temps de Iemitsu (3e shogun). Keishôin va jusqu’à consulter un bonze qu’il a connu enfant pour demander conseil. Celui-ci pense qu’il s’agit de la conséquence d’une mauvaise action de Keishôin dans sa jeunesse (le meurtre du chat d’Iemitsu narré dans le deuxième volume) et dont la victime était née l’année du chien. Keishôin conseille alors à Tsunayoshi de protéger tous les chiens du pays si elle veut un héritier, ce qui donne l’édit de compassion envers les êtres vivants.

Cet édit a un effet désastreux sur la popularité du shogun auprès du peuple. Pour ne rien arranger, Tsunayoshi se désintéresse de plus en plus de la vie politique et se sent de plus en plus frustrée de ne pouvoir enfanter, en plus de ne pas réussir à surmonter son désespoir face à la disparition de Matsu. Un autre événement important a lieu chez les samouraïs. Un des rares hommes à avoir hérité de la position de chef de clan a tué une vieille femme d’un clan voisin pour des raisons d’argent. Tsunayoshi punit uniquement l’homme en le condamnant à mort. Cela a pour conséquence la révolte de 47 de ses vassaux qui décident de venger leur maître puis de se faire seppuku. Aux yeux de la population, il s’agit d’un véritable gâchis quand on sait le peu d’hommes disponibles dans le pays. Cela renforce l’impopularité de Tsunayoshi, vue comme une égoïste qui a plein d’hommes à son service dans son Pavillon. La conséquence de cette querelle est la promulgation de la succession exclusivement matriarcale.

Volume 6

JQ_PAVILLON_06.inddIl n’y a toujours pas d’héritier. Or, Tsunayoshi commence à prendre de l’âge. Elle se sent seule et en est arrivée à considérer le rôle de shogun comme celui d’une prostituée tant elle voit les hommes défiler dans sa couche. Elle finit par nommer Tsunatoyo comme successeur puisque celle-ci a déjà fait ses preuves en tant que seigneur dans sa province. Keishôin se sent trahi : c’est la première fois que Tsunayoshi, sa fille, agit comme elle le veut, sans lui obéir. Il meurt un an après. Tsunayoshi et Emonnosuke, lui aussi en fin de vie, parviennent enfin à s’avouer leurs sentiments respectifs : après une nuit ensemble, Emonnosuke s’éteint. Tsunayoshi contracte la rougeole et meurt. En réalité, c’est Yoshiyasu qui la tue, ne supportant plus de voir son shogun adoré dans un tel état. Il s’avère que Tsunayoshi fut beaucoup plus aimée qu’elle ne l’a cru.

Fumi Yoshinaga revient alors à l’époque où Tsunayoshi régnait encore, peu après la visite d’Onobu (visible à la fin du cinquième volume). Il faut savoir que le clan Tokugawa est composé de la lignée principale ainsi que des branches Kii, Owari et Mito, pouvant servir de substitut au cas où la lignée principale des Tokugawa ne donnerait pas d’héritier. Mitsusada, 2e chef du clan Tokugawa de la province de Kii, a enfanté trois filles : Tsunanori, Yorimoto et Onobu (future Yoshimune). À 20 ans, Tsunanori devient 3e chef du clan, mais meurt seulement deux ans après, suite à une intoxication alimentaire. C’est donc Yorimoto qui succède au titre, et elle devient le 4e chef de clan, à seulement 18 ans. La frivolité de sa fille et la tristesse d’avoir perdue sa chère Tsunanori minent Mitsusada. Elle en meurt. Yorimoto suit sa mère seulement un mois après son intronisation, suite encore à une intoxication alimentaire. Onobu devient 5e chef de clan à seulement 12 ans.

Tsunatoyo devient Ienobu, 6e shogun. Elle a déjà plus de 30 ans au moment où elle accède au pouvoir (de constitution faible, elle ne règnera que trois ans). C’est donc un seigneur ayant eu une expérience en tant que cheffe de clan dans sa province, et dont l’âge « avancé » en fait une personne plus sage. Elle est accompagnée d’Akifusa Manabe, seigneur d’Echizen et fidèle alliée, ainsi que d’Ejima qui prend le rôle de Grand intendant du Pavillon. Ienobu abolit très rapidement l’édit de compassion des êtres vivants, ainsi que la succession exclusivement réservée aux femmes. Cependant, il faut un héritier !

Katsuta Sakyô est un bel homme du peuple qui est contraint de coucher avec sa mère avec qui il a déjà eu deux enfants. Par hasard, Akifusa lui sauve la vie lors d’une bagarre. Sakyô en profite pour entrer au service d’Ienobu (pas encore shogun) afin d’échapper à son quotidien. C’est Ejima qui s’occupe donc de son éducation. Sakyô devient le concubin d’Ienobu, et découvre ainsi une femme d’une grande bonté. La petite Chiyo naît de leur union. La mort d’Ienobu laisse Akifusa et Sakyô complètement désemparés. Suite à cela, Chiyo devient Ietsugu, 7e shogun à seulement 4 ans. La régence est ainsi assurée par Akifusa Manabe. Sakyô entre dans les ordres et prend le nom de Gekkôin.

Volume 7

Le Pavillon des hommes T7Ietsugu s’avère être une petite fille très intelligente, et elle a hérité de la bonté du précédent shogun. Malheureusement, elle a hérité aussi de sa faible constitution. C’est ainsi que les complots reprennent puisque peu de personnes pensent que la petite fille atteindra un jour l’âge adulte. Cela commence par le décès du 4e chef du clan d’Owari, Yoshimichi, à seulement 25 ans et en pleine santé. Akifusa soupçonne Yoshumine d’avoir fait tuer son ennemie politique. À partir de là, deux clans se forment.

Ejima (Grand intendant du Pavillon) et Gekkôin (père du shogun) soutiennent Tsugutomo, 5e chef du clan d’Owari. De l’autre côté, il y a les rôju qui veulent contrer l’influence d’Akifusa. Ce sont les conseillères du shogun depuis l’époque de Tsunayoshi (5e shogun). Il y a aussi Teneiin (ancien époux d’Ienobu, entré dans les ordres) et Fujinami Matsushima. Toutes et tous soutiennent Yoshimune de la province de Kii. Seule Akifusa reste complètement loyale au shogun actuelle en mémoire d’Ienobu.

Fujinami s’avère être un homme frivole aimant se rendre au théâtre Yamamura. Il est épris de l’actrice vedette Ikushima Shingorô avec qui il couche après les représentations, moyennant une certaine somme (Ikushima, elle, le trouve idiot). Ejima, lui, est sûrement l’homme le plus sérieux, le plus loyal et le plus humble du Pavillon. Un soir, alors qu’il se rend au théâtre pour la première fois, il est complètement subjugué par Ikushima. Un de ses hommes, Miyaji, suggère à Gekkôin de permettre à Ejima de rencontrer en tête à tête Ikushima dans une maison de thé. Un rendez-vous est donc organisé. Le lendemain de la rencontre, Ejima et tous ses hommes sont destitués de leurs fonctions au pavillon : ils ont été victimes d’un complot. Ikushima est arrêtée en pleine représentation et est contrainte d’avouer qu’elle a eu des relations intimes avec Ejima (ce qui est faux). Ejima doit avouer la même chose sous la torture, ce qu’il refuse. En réalité, les rôju tentent de lui faire avouer que Gekkôin couche avec Akifusa, afin de discréditer cette dernière. Ejima refuse et se voit condamné à mort. Gekkôin s’incline devant Teneiin pour sauver la vie d’Ejima : il se range à ses côtés et appuie alors Yoshimune comme prochain shogun. Ejima est exilé à Takato, Ikushima sur l’île de Miyake ; les deux amoureux ne se reverront jamais. Fujinami accède alors au poste de Grand intendant du Pavillon. Cependant, c’est en réalité Teneiin qui est le maître. Il soutient Yoshimune dans l’espoir qu’elle continuera les réformes commencées par Ienobu, feu son épouse.

C’est alors que, dans l’indifférence générale, meurt Ietsugu à seulement 8 ans. L’analepse se termine et le récit revient à Yoshimune qui termine sa lecture des Notes du crépuscule (on revient donc chronologiquement à la fin du premier volume). Celle-ci ne tarde pas à se mettre au travail, forte de ses nouvelles connaissances, et prend des décisions importantes pour le pays : remettre les hommes au travail (alors qu’ils ne font rien de leurs journées). Elle les fait travailler comme pompiers, et exige qu’ils s’entraînent aux arts martiaux dans le Pavillon pour préparer la défense du pays. Elle est persuadée que les hommes ne sont pas des êtres de constitution fragile comme on a pu le croire depuis des années. Elle craint qu’en cas d’invasion du Japon par d’autres nations, les étrangers (des hommes) ne fassent qu’une bouchée des femmes, moins fortes physiquement (elle fait partie de celles qui en sont persuadées). Yoshimune s’avère être une véritable femme d’État dont personne ne conteste l’autorité. Elle décide aussi d’éradiquer la variole du tengu en faisant venir des médecins et en leur offrant un lieu pour leurs recherches.

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Les résumés proposés ici ont été rédigés en janvier 2013 pour le forum de Mangaverse par a-yin, une grande amatrice (et lectrice) de Fumi Yoshinaga. Je les ai partiellement réécrits ; Manuka les a relus et corrigés. Si vous souhaitez commencer la lecture de la série, n’hésitez pas à la commander à votre librairie préférée, aucun tome n’est en rupture. Vous pouvez aussi passer par la boutique en ligne de l’éditeur Kana, ou utiliser votre site de vente par Internet habituel.

Le Pavillon des hommes, le petit guide (I)

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Au début de l’ère Edo, une trentaine d’années après la prise de pouvoir par Ieyasu Tokugawa (donc vers 1632 selon le calendrier occidental), une maladie foudroyante, mortelle dans la plupart des cas, est apparue dans un village reculé suite à l’agression d’un enfant par un ours contaminé. Il s’agit de la variole du tengu, appelée ainsi du fait de ses symptômes : de larges et nombreuses pustules rouges accompagnées d’une très forte fièvre. Elle ne frappe que les garçons, surtout au début de leur adolescence, même si des hommes plus âgés y succombent. Les survivants étant rares, la population masculine se retrouve en quelques dizaines d’années à ne représenter qu’une petite minorité des habitants du Japon. Dans les familles paysannes et marchandes, les femmes ont remplacé petit à petit les hommes pour toutes les tâches professionnelles, tout en gardant les obligations domestiques. Les survivants à la maladie sont devenus trop précieux pour être exposés aux aléas de la vie. En effet, avoir un mari et des enfants est un but de plus en plus difficile à atteindre lorsque plus de 75% de la population est féminine. Les hommes n’ont donc plus qu’un rôle de reproducteur. C’est devenu une véritable profession, la prostitution masculine, officielle ou cachée, étant la règle dans toutes les couches de la société.

Dans de nombreux fiefs, le problème de la succession, qui se fait par primogéniture masculine, s’est rapidement posé. C’est alors qu’un simulacre s’est mis en place chez les familles de samouraïs et chez les nobles de la cour impériale : les filles ainées se font passer pour des garçons afin d’hériter et de poursuivre la lignée familiale. Il en est de même pour la puissante famille des Tokugawa qui a instauré le shogunat un peu avant l’arrivée de la maladie. Depuis le troisième shogun, ce sont donc des femmes qui sont au sommet de la hiérarchie. Pour ne pas révéler leur féminité, elles portent des noms d’homme et ne se montrent jamais en public, restant confinées dans leur palais, bien plus richement doté que celui de l’empereur, malgré de récurrents problèmes de trésorerie. Cependant, la situation ne semble pas devoir s’améliorer, la maladie frappant toujours autant la jeunesse masculine du pays. Des mesures extrêmes sont prises : tout d’abord, la fermeture du pays aux étrangers, seuls les Hollandais étant autorisés à commercer, tout en étant confinés sur une petite île. Ensuite, en ouvrant la succession aux femmes. L’état de faiblesse militaire est caché. Ainsi, l’avenir du shogunat est assuré à la condition que la shogun ait une descendance, masculine (de préférence) ou féminine. Son rôle principal est d’enfanter, et pour cela elle bénéficie des « services » d’une centaine d’hommes dans le pavillon des hommes !

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Fumi Yoshinaga est une auteure trop peu connue en francophonie. Pourtant, elle a été publiée en français dès 2006 avec All My Darling Daughters, une histoire en un volume paru chez Sakka / Casterman. Elle a actuellement deux séries en cours au Japon : Le Pavillon des hommes (Ōoku en VO) qui en est à son tome 15 (à fin 2017) et Kinō Nani Tabeta? (What Did You Eat Yesterday? en version US, publiée par Vertical) qui totalise 13 tomes à fin 2017. Une biographie et une bibliographie sont prévues pour un prochain billet.

Dans l’immédiat, l’idée est de présenter ici une sorte de guide de lecture permettant de se replonger plus facilement dans l’histoire à chaque nouvelle sortie. En effet, avec un nouveau volume par an (tous les 10 mois au Japon), il est à chaque fois mal aisé de reprendre le cours du récit entre narration complexe et nombreux personnages se ressemblant tous graphiquement (surtout les jeunes hommes). On ne peut d’ailleurs rien reprocher à Kana qui suit d’assez près la parution originale dont le rythme assez lent.

Ce petit guide est prévu en deux parties : la première propose un tableau récapitulatif des quinze shoguns avec les tomes dans lesquels ils apparaissent et quelques informations complémentaires. Une liste des personnages (extraite du volume 14) est aussi proposée. Sa présence en fin d’ouvrage tendrait à prouver que même les lectrices et lecteurs japonais ont dû avoir du mal à s’y retrouver et qu’il est indispensable de les aider. La seconde partie proposera un résumé des quatorze tomes, ce qui permettra de ne pas avoir à relire tout ou une partie de la série pour s’y retrouver rapidement dans le récit, ou aidera à ne pas passer la première moitié du nouvel opus à essayer de se souvenir des principaux événements, ou de se remémorer qui est qui et qui fait quoi dans le Pavillon des hommes. Bien entendu, ces résumés révèleront l’intrigue générale. Néanmoins, ce n’est pas comme si on ne connaissait pas la fin de l’histoire.

Le tableau du shogunat Tokugawa

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(cliquez sur l’image pour la voir en plus grand)

(1) Iemitsu n’est considérée que comme un prolongement de son père, elle n’a pas de nom propre à elle. Compte tenu des dates historiques, Fumi Yoshinaga est, par ailleurs, contrainte de la faire mourir jeune.
(2) Issue de la branche Kishû des Tokugawa (donc pas de la lignée principale).
(3) Issu de la branche Hitotsubashi. Le pavillon est rapidement interdit aux hommes, il n’y a plus de Grand Intendant (il occupe les mêmes fonctions aux appartements du shogun mais avec moins de pouvoirs).
(4) Arrivée du Commodore Perry à Uraga en 1853.

La présentation des personnages

PH-14-personnages-800(cliquez sur l’image pour la voir en plus grand)

Ce petit guide est réalisé avec l’aide précieuse d’a-yin, une grande amatrice (et lectrice) de Fumi Yoshinaga . Ceci sera encore plus vrai lors des prochains billets consacrés à la mangaka. Si vous souhaitez commencer la lecture de la série, n’hésitez pas à la commander à votre librairie préférée, aucun tome n’est en rupture. Vous pouvez aussi passer par la boutique en ligne de l’éditeur Kana, ou utiliser votre site de vente par Internet habituel.