Une année de bandes dessinées…

Sans être mauvaise, l’année 2018 n’a pas été excellente en termes de lectures BD en ce qui me concerne. La période voulant ça, voici un petit retour sur un an de lectures d’images qui ne bougent pas.

Mon année BD 2018

2018, année morose ? Année de recul, à tout le moins. En effet, après un léger rebond en 2017, la courbe annuelle de mes lectures est repartie à la baisse. Cela est dû surtout, je pense, à mes emprunts en bibliothèque qui ont chuté. J’ai fait un peu le tour de mon lieu habituel et j’ai aussi manqué de temps (et de courage) pour aller régulièrement un peu plus loin, où il y a malheureusement moins de choix (les deux bibliothèques étant tout de même dans les environs des Gobelins, mon point de chute habituel à Paris). Pire, cela fait quatre mois que je n’ai rien emprunté et je n’ai pas encore renouvelé ma carte… De plus, ce ne sont pas les PDF de presse qui ont pris le relais, Kana n’en mettant plus en ligne depuis cet été (changement de stagiaire ?). Quant à ceux que je récupère auprès des autres éditeurs, ils s’accumulent (pour la plupart) sur mon disque dur sans que je les lise.

Car il y a un autre problème, celui de mon enthousiasme. En me basant sur mes bullenotes, je constate qu’il y a peu de sorties qui ont réussi à obtenir des « petits cœurs » en 2018. Pour ce qui est de la BD franco-belge (et assimilée), il y en a quatre dont deux seulement sont des sorties de 2018. Pour les comics books, quatre aussi, pour une seule sortie en 2018. Enfin, onze pour le manga qui me procure le gros de mes lectures BD. Dans ces onze, il y a deux séries (Après la pluie, soit quatre tomes, et March comes in like a lion, pour trois tomes), ce qui fait qu’il n’y a que six titres en réalité. Tout ceci est bien peu.

Par contre, j’ai passé trois excellentes journées au Festival d’Angoulême en janvier et deux très bonnes demi-journées au SoBD. Tout ceci vient atténuer un peu cette impression de lassitude (ce n’est pas la première fois) qui me reste à l’issue de l’analyse de cette année passée. J’avoue que je place beaucoup (trop ?) d’espoirs dans l’édition 2019 pour trouver un nouveau souffle, un nouvel enthousiasme envers le 9e art.

Petit zoom sur mes titres les plus marquants en 2018

Voici en quelques mots les titres qui m’ont le plus marqué durant cette année 2018 :

March comes in like a lion et Après la pluie

Ce sont vraiment les deux titres qui me font le plus vibrer, et de loin, effet amplifié par l’aspect feuilletonnesque habituel des séries mangas. La première se terminera en 2019 alors que la seconde va ralentir pour cause de parution originale rattrapée, sniff…

Kamakura Diary

Il n’y a eu qu’un tome en 2018 mais je ne vais pas me plaindre du fait de l’absence de sortie en 2017. La série s’étant achevée en aout 2018 au Japon (le dernier tankobon est paru en décembre), nous devrions pouvoir lire la fin en 2019. Bref, de mes trois coups de cœurs de l’année, il n’en restera plus qu’un seul à fin 2019, avec un rythme de sortie ralenti. J’ai intérêt à profiter de l’année prochaine car 2020 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

Holiday Junction

Pour qu’un recueil de nouvelles ait des « petits cœurs », il faut qu’il soit excellent de bout en bout, ce qui est le cas ici. Bravo au Lézard Noir pour nous avoir fait découvrir un aussi talentueux auteur.

Le Maître des livres

Le dernier tome est une belle réussite, même si tout se termine un peu trop bien et un peu trop facilement. Néanmoins, les « petits cœurs » sont mérités pour l’ensemble de la série.

On peut constater qu’il n’y a aucun manga d’action, de sport ou d’aventure, pas de SF, pas de fantastique, pas d’historique, rien que de la vie de tous les jours (certes, romancée). Ce n’est pas qu’un Zéro, un Sky-High Survival, un Pavillon des hommes, un Peleliu ou un Sunny Sunny Ann! ne soit pas bon, mais il a manqué à tous ces titres (et bien d’autres) un petit quelque chose.

Dernier point, on peut remarquer qu’en matière de manga, Kana est de loin l’éditeur qui m’intéresse le plus. Sur 78 titres avec une bullenote de 4 ou 5 (sur 5), il y a 33 Kana pour 7 Akata (+9 si on rajoute Princess Jellyfish chez Delcourt) et 6 Lézard Noir. Les autres sont à 2 ou 1.

Cul de Sac

Il s’agit de la seule bande dessinée américaine publiée en 2018 qui m’ait vraiment emballée, sans surprise puisque c’était aussi les « petits cœurs » pour les deux premiers tomes. Et comme l’intégrale est terminée, il faudra trouver autre chose en 2019.

The Shadow Hero, Far Arden et Bêtes de somme

Trois rattrapages qui se sont révélés être plus qu’excellents. Mais entre un one-shot, deux séries en pause (quoique ça bouge un peu aux USA pour Bêtes de somme), ce sont des coups de cœurs sans lendemain. J’ai eu aussi de bonnes surprises avec Étoile du Chagrin (encore un titre en pause), American Born Chinese, Louis Riel – L’Insurgé (des one-shots). Sans la nouveauté Motor Girl (un dernier one-shot pour la route ?), il n’y aurait eu que des « vieilleries ».

Ralph Azham et Tyler Cross  Miami

Année 2018 nettement en recul par rapport à 2017 où cinq nouveautés avaient eu les « bullepetits cœurs » (pour un total de onze). Deux séries très efficaces (un tome 11 et un tome 3) ont donc sauvé une année morose sur le plan de la bande dessinée franco-belge (et assimilée).

La mémoire dans les poches et Le Fantôme de Gaudí

Deux rattrapages (le premier, un tome 3, date de 2017 et l’autre, un tome unique, de 2016). Tout cela fait vraiment peu. J’avais fondé de grands espoirs dans Malaterre, L’Espoir malgré tout et La Princesse et l’Archiduc, mais il a manqué un petit quelque chose à ces trois nouveautés. J’ai par contre été agréablement surpris par deux titres de la collection Sociorama (La Petite mosquée dans la cité et Vacances au Bled), ainsi que par Féministes – Récits militants sur la cause des femmes. Concernant ce recueil, en général je ne suis pas client des publications « militantes », les trouvant assez faibles en intérêt. Ce n’a pas été le cas ici et c’est remarquable. Dans un autre genre (mais alors, vraiment différent), j’ai beaucoup aimé Héroïque fantaisie.

Voilà, on a déjà fait le tour de mes lectures les plus marquantes en 2018. J’avoue ne pas être particulièrement optimiste en 2019, mais on verra bien. En tout cas, ça ne m’empêchera pas d’apprécier la prochaine édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, tant j’ai hâte d’y être étant donné le programme annoncé et la certitude de ne pas être déçu.

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300 expositions – 15 ans !

Ayant atteint ce dimanche ma 300ème exposition (en réalité, j’en ai fait deux ou trois de plus mais elles ne sont pas référencées, n’ayant aucune photo me permettant de les dater précisément), je me suis dit qu’il fallait marquer le coup par un petit retour en arrière avec un instant « nostalgie ».

Pour commencer, je ne comptabilise que les expositions artistiques (au sens large) temporaires (ce qui élimine toutes les expositions / collections permanentes) qui durent plus longtemps que le festival auxquelles elles peuvent être rattachées (comme au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême ou à Quai des bulles). C’est ainsi que cette année, j’ai pris en compte l’exposition Tezuka au Musée d’Angoulême (qui durait plus longtemps que le festival) mais pas celle de Naoki Urasawa à l’Espace Franquin (qui ne durait que les 4 jours de la manifestation). Par contre, cette même exposition a été comptabilisée lorsque nous sommes allés la voir à l’Hôtel de Ville de Paris.

Je n’ai pas souvenir (mais je n’ai pas de mémoire) d’avoir fait des expositions artistiques temporaires avant de faire des sorties mangaversiennes, c’est pour cela que je ne retiens ici que celles rentrant dans ce cadre, c’est-à-dire faites avec au moins une personne pouvant répondre au critère « Mangaverse » même si je ne suis pas d’une rigueur intellectuelle très stricte en ce qui concerne Shermane qui n’a pas de compte sur le forum de Mangaverse (notre petit lieu de discussions virtuelles), honte à elle ! Pourtant, je la comptabilise dans notre petit groupe.

De même, je compte double les expositions vues deux fois à partir du moment où elles rentrent dans les critères exposés ci-avant. Au fil de ces quinze années de visites, il y a onze expositions que j’ai vue deux fois à l’identique (mais avec des personnes différentes et à des dates différentes) dont la 300ème, trois que j’ai vue deux fois mais dans des configurations, des lieux, des dates différentes (généralement, il s’agissait d’expositions proposées en festival de BD puis à Paris). Il y a aussi deux expositions vues à Angoulême (mais qui étaient organisées juste pour la période du festival) revues un peu plus tard à Paris. Bref, vous l’aurez compris, je n’hésite pas à voir et revoir.

De plus, cela ne représente pas réellement 15 années d’expositions. Disons que la 300ème a été visitée au début de la 15ème année, puisque la toute première date du 3 décembre 2004. J’espère que vous me pardonnerez ces petits écarts avec la rigueur intellectuelle qui me caractérise habituellement (ha ha !) car je me le suis permis afin d’avoir un titre plus efficace.

À cette occasion, car c’est à la mode lorsqu’on est en fin d’année, je me suis amusé à faire une sorte de petit bilan en retenant les quinze expositions qui m’ont le plus marqué sur les trois cents et quelques visitées.

Les photos qui accompagnent ce bilan ne sont pas toutes d’une grande qualité, aussi bien technique qu’artistique. Il faut dire que j’ai mis du temps à avoir du matériel réellement efficace dans les conditions très difficiles que l’on rencontre dans les expositions où l’éclairage est souvent (très) faible. Il faut aussi composer avec les interdictions de prendre des photos (ne pas se faire remarquer nécessite d’avoir un APN très discret). Toutefois, il est évident qu’au fil des années, j’ai progressé dans l’art du cadrage, ce qui permet de donner plus d’impact à mes photos (volées ou non).

Images du Monde flottant au Grand Palais (03/12/2004)

La première, donc la plus marquante. Nous étions cinq pour la visiter, ce qui n’était pas mal pour un vendredi après-midi. En plus,d’autant que je me souvienne, elle était d’une grande qualité. En tout cas, ça a été une découverte visuelle, même en étant gros lecteur de mangas, tant je n’étais pas familiarisé (sans les ignorer) avec les estampes. À l’époque, je n’achetais pas encore de catalogue mais j’avais pris le petit livret qui était proposé, ainsi qu’un jeu de cartes postales représentant des estampes célèbres. Ce n’est qu’assez récemment que j’ai acquis le catalogue, d’occasion.

Star Wars à la Cité des Sciences et de l’industrie de Paris (25/05/2006)

Les années 2005 et 2006 se sont révélées être chargées avec pas moins de treize expositions sur deux ans (cela fait sourire, c’est ce que l’on fait maintenant en trois mois). C’était aussi l’époque bénie des grosses expos à La Villette (depuis quelques années, la Cité multiplie les petites expositions, et elles se sont toutes révélées être assez décevantes, même si elles ne sont pas toutes dénuées d’intérêt). Nous étions une dizaine pour celle-ci, ce qui est beaucoup, surtout ces derniers temps. Je me souviens d’avoir apprécié le nombre et la diversité des pièces exposées alors qu’il s’agit de cinéma avant tout.

Il était une fois Walt Disney au Grand Palais (12/11/2006)

Encore dix personnes pour aller au Grand Palais afin de réaliser à quel point Disney s’est inspiré des contes et de la culture européenne pour réaliser ses longs métrages d’animation qui ont marqué le monde entier. Il était particulièrement intéressant de voir tout le processus de création, à commencer par les premières recherches graphiques, souvent très éloignées (tout en proposant une base) de l’univers visuel final. Là aussi, je n’ai acheté le catalogue (d’occasion) que des années plus tard, une fois pris de collectionnite aigüe.

Estampes japonaises à la Bibliothèque nationale de France (07/02/2009)

Retour à la culture japonaise grâce à la collection d’estampes de la BNF. L’arrivée sur Paris de beanie_xz a relancé le rythme des expositions qui s’était très fortement ralenti en 2007-2008 pour notre petit groupe de mangaversien·e·s . Il faut dire que notre sino-suissesse est amatrice de ce genre de sorties. Peut-être que cela lui permettait de s’éloigner de l’internat de HEC pendant les week-end (les dimanches, la célèbre école est quand même un peu loin de la « culture » et de toute activité similaire sur son plateau isolé). J’ai longtemps regretté de ne pas avoir acheté le catalogue, cette erreur étant réparée depuis peu, ce qui a été d’autant plus facile qu’il est encore disponible en neuf.

cent pour cent au Musée de la bande dessinée d’Angoulême (31/01/2010)

Il s’agit de la première exposition réalisée dans le tout nouveau Musée de la Bande Dessinée d’Angoulême. Elle consistait en un dialogue entre cents planches issues du fond du Musée avec cent autres créées pour l’occasion. C’est forcément un petit comité (5 personnes quand même) qui a pu la visiter dans le cadre du FIBD 2010. Je me souviens encore d’avoir été surpris par la taille de certaines bandes de daily strips américains, par exemple celles de Prince Valiant réalisées par Hal Foster. Une très belle exposition, une belle réussite pour une première, qui m’a fait acheter sur place le catalogue. Il y a eu une suite très anecdotique…

Science (et) fiction, aventures croisées à la Cité des sciences et de l’industrie (10/04/2011)

Ayant un passé de gros lecteur de SF avec des goûts affirmés et étant peu ouvert aux auteur·e·s pré années 1980 ainsi qu’aux nouvelles têtes de gondole des années 2000, sans oublier que tout ce qui n’est pas roman a du mal à capter mon attention, on pourrait penser que je n’apprécierais pas un tel thème. Et pourtant, si ! Il s’agissait de la dernière grosse exposition (située sur deux niveaux) organisée par la Cité et elle était vraiment réussie. Dommage que le catalogue ne reprenne pas parfaitement l’ensemble des pièces (très variées) exposées. Par contre, le rédactionnel est intéressant à lire, ce qui est (peut-être) le principal.

Hokusai – Retrospektive au Martin-Gropius-Bau à Berlin (30/10/2011)

Il s’agit de la première (et pour l’instant la seule) exposition vue hors de France. J’ai bien été voir Le Journal de Spirou, les aventures d’une rédaction au Musée de la BD de Bruxelles en 2008 mais j’étais seul (sniff). Comparée l’exposition Hokusai organisée par le Grand Palais quelques années plus tard, celle de Berlin avait une scénographie plus simple, et moins de pièces (ce qui n’est pas réellement un souci car la différence entre 350 et 500 ne se voit pas, à ce niveau). Cependant, l’œuvre de Hokusai était appréhendée de la même façon, pour ce que je m’en souvienne. Et puis, moi, du moment qu’il y a La Grande vague de Kanagawa, je suis content !

Phares au Musée national de la Marine (30/04/2012)

L’un d’entre nous (Tanuki, sans vouloir balancer) voulant absolument aller au Musée de la Marine à Paris, donc pourquoi ne pas aller voir Phares ? Ce fut chose faite et cette exposition s’est révélée être une grande réussite. Dommage qu’il n’y avait pas de réel catalogue, juste un album que j’ai fait la bêtise de ne pas acheter (la librairie était fermée lors de notre visite, pour ma défense). Didactique, diverse, artistique, les phares de France ont été superbement mis en valeur. Dommage que les manifestations suivantes n’aient pas été au même niveau…

La Mécanique des dessous, une histoire indiscrète de la silhouette aux Arts Décoratifs (04/08/2013)

Cette exposition a été marquante par sa nature combinée à son intérêt. En effet, il s’agit là de mode et, contrairement à ce qu’une certaine et certains peuvent penser, c’est intéressant, surtout lorsque c’est remis dans un contexte historique ou sociologique. D’ailleurs, le Musée des Arts Décoratifs est un lieu où nous nous rendons très régulièrement depuis cinq ans, que ce soit pour voir du design ou de la mode (par exemple Korea Now! ou Tenue correcte exigée). Cela permet de s’ouvrir à d’autres formes d’art : l’art décoratif est certes plus artisanal (c’est-à-dire reproductible) mais n’est pas moins pensé ou maitrisé techniquement que les arts appliqués ou plastiques.

Les mondes de Gotlib au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (27/07/2014)

Cela fait longtemps que je ne lis plus les bandes dessinées de Gotlib (Dingodossiers, Rubrique-à-Brac, etc.) mais l’artiste m’a marqué dans ma jeunesse. Je n’allais donc pas rater une exposition lui étant consacré. Bien m’en a pris car celle-ci était bien conçue : l’ordre chronologique est certes classique mais ça reste le plus efficace pour présenter l’œuvre d’un artiste. Surtout, en plus de mieux connaître la vie de Gotlib (dont l’enfance a été rendue plus que « difficile » par les Nazis), nous avons eu le droit de voir de belles planches originales d’un sacrément bon dessinateur.

Mona Hatoum au Centre Pompidou (26/07/2015)

Nous étions venu·e·s pour la rétrospective sur Le Corbusier. Cependant, le clan des « rapides » (l’une et l’un d’entre nous en plus de votre serviteur) en a profité pour faire l’exposition de l’autre Galerie. Bien nous en a pris tant j’estime que c’est celle qui m’a « éveillé » à l’art contemporain pour lequel j’ai toujours eu beaucoup de mal à trouver un quelconque intérêt. Le message artistique mais aussi politique de l’artiste a réussi à me parler et à me faire comprendre que tout n’est pas à jeter dans l’art contemporain (si si, je vous assure ☺). Je n’ai pas hésité un moment quand j’ai trouvé le catalogue d’occasion quelques années plus tard. Nul doute que son travail m’a permis d’apprécier Women House à la Monnaie de Paris quelques années plus tard.

Beauté Congo à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (25/10/2015)

Je dois avouer très mal connaître l’art africain, et principalement par le biais de Branly (qui fait surtout dans les « arts premiers »). Cela a donc été une surprise (excellente) de découvrir que le Congo (la RDC en l’occurrence) est un foyer artistique majeur depuis plusieurs décennies. C’est ainsi que nous avons pu apprécier de nombreuses peintures, photographies et même des installations d’un style différent. L’écran géant proposant des entretiens avec certains artistes exposés (du moins, ceux encore vivant car l’espérance de vie semble bien courte au Congo) apportait un plus précieux pour mieux appréhender les œuvres proposées.

Le Grand Orchestre des Animaux à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (27/11/2016)

Qui eut cru que je serai capable de rester plus d’une heure dans une salle très sombre à écouter des bruits d’animaux ? Pas moi ! Cependant, c’était sans compter sur la créativité de la Fondation Cartier pour nous organiser une exposition originale, variée et surprenante. Cet organisme sait proposer des manifestations intéressantes et propose une vision de l’art contemporain qui m’attire bien plus que celle du Palais de Tokyo qui semble préférer ce que j’appelle « le foutage de gueule » contemporain, même si on peut y voir des installations qui ne semblent pas totalement inintéressantes. Quoiqu’il en soit, c’était une excellente exposition, marquante à plus d’un titre. Notons que le catalogue est judicieusement accompagné d’un CD audio

Jardins au Grand Palais (18/06 et 21/07/2017)

Je suis assez fan des expositions au Grand Palais. Certes, elles ne sont pas toutes réussies mais on en a toujours « pour son argent », si j’ose dire. Et l’institution sait sortir des sentiers battus, comme l’exposition Carambolages nous l’avait démontré en 2016. Il en est de même avec Jardins. Un thème plutôt original, une scénographie intéressante, une grande variété d’œuvres assez éloignées de ce que l’on a l’habitude de voir. Voilà pourquoi je trouvais dommage que certaines personnes ne puissent pas la voir pour une simple raison de « fainéantise » (et oui, c’est dur les expos le dimanche matin) ☺ et que j’ai organisé deux séances en l’espace de cinq semaines, dont une «  nocturne  » (surtout que ça ne me coûtait rien, vive le passe Sésame).

Artistes et robots au Grand Palais (27/05/2018)

En 2018, il y a eu d’autres sorties que j’aurai pu retenir dans la liste mais j’en ai déjà parlé sur mon WordPress. Je préfère donc évoquer une exposition surprenante, intéressante et préfigurant peut-être le futur de l’art contemporain (futur peu plaisant, si vous voulez mon avis, et pas que dans le domaine artistique). J’ai un peu forcé certains de mes petits camarades pour aller voir cette exposition pour deux raisons : pour amortir mon passe Sésame, il faut faire toutes les expos du Grand Palais (je n’ai pas un CE qui m’en paye la moitié) et j’avais trouvé le catalogue en état neuf à un prix défiant toute concurrence à Gibert Joseph (les joies du Service de Presse revendu dans la foulée). Malgré ces raisons très triviales, nous avons eu droit à une manifestation très intéressante et variée. Une excellente surprise à l’arrivée.

En conclusion…

Comme prévu, j’ai dû écarter de nombreuses expositions dont j’aurai aimé parler comme Miyazaki-Mœbius à la Monnaie de Paris (2005), Turner et ses peintres au Grand Palais (2010), Keith Haring / The Political Line au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (2013), Korea Now! aux Arts Décoratifs (2015), Gao Bo. Les offrandes à la Maison Européenne de la Photographie (2017) ou Être moderne : le MoMA à Paris à la Fondation Louis Vuitton (2018), mais il fallait faire un choix.

J’aurais aussi pu parler des expositions que j’ai détesté faire comme 1000 Singapour à la Cité de l’architecture et du patrimoine (2015), Cy Twombly au Centre Pompidou (2017) ou Les Forêts natales au Musée du quai Branly (2018), mais pourquoi montrer mon manque de culture ou de goût ☺…

Ceci dit, faire autant d’expositions m’a permis d’améliorer ma sensibilité à certaines formes d’art (mais c’est loin d’être gagné), d’affiner mon goût plastique (une peinture ou un dessin ou une sculpture de femme nue, même non figurative, ou un vase tripode anthropomorphe me sont toujours indispensables pour juger qu’une exposition est réussie ou non, ha ha !) et de mieux comprendre le monde des expositions et des galeries. La curiosité est ici la principale des qualités et j’ai bien l’intention de continuer à la cultiver en 2019 ! Après tout, c’est le slogan de Mangaverse, n’est-ce pas ?

J’en profite pour remercier mes compagnonnes et compagnons d’expositions, tout particulièrement Taliesin, beanie_xz, Shermane, manu_fred, Tanuki et Romiz, sans oublier Shikata ga nai, Adrien de Bats, Sweetpasta et Gally ainsi que tout·e·s les autres.

Manga - Tokyo

Manga ↔ Tokyoïsmes

De nombreuses expositions se déroulent actuellement sur Paris dans le cadre de Japonisme 2018. Ces trois derniers mois, et avant d’aller voir Japon japonismes aux Arts décoratifs, nous avons pu aller à Jômon, naissance de l’art dans le Japon préhistorique à la Maison de la Culture du Japon à Paris, Meiji, splendeurs du Japon impérial (1868-1912) au Musée Guimet et Manga ↔ Tokyo à la Grande Halle de la Villette. Or, des trois, c’est bien la dernière qui s’est révélée être la plus intéressante, peut-être parce que c’était celle dont j’en attendais le moins (du fait de son positionnement supposé grand public), les deux autres se révélant être plus ou moins décevantes (Jômon pour sa petitesse, son manque de variété et de mise en contexte, Meiji pour son déséquilibre entre une première partie intéressante, une deuxième répétitive et une dernière un peu gavante).

Une introduction monumentale

La première salle (autour de laquelle toute l’exposition s’organise) en jette, et pas qu’un peu. En effet, une maquette au 1/1000de la ville de Tokyo (de sa partie principale, plus exactement, ce qui représente tout de même une surface de 16 mètres sur 22) surplombée par un écran géant passant en boucle des extraits de films de jeux vidéo et d’animés. Impressionnant ! Plusieurs cartels et écrans sont positionnés autour de la maquette, situant lesdits extraits dans la ville et les présentant. Efficace ! Après en avoir fait le tour, admiré la tour de Tokyo, et les différents cours d’eau qui traversent la mégapole, il ne reste plus qu’à rejoindre le premier des cinq îlots thématiques situés à l’étage.

Une exposition en mezzanine

En effet, il faut aller en mezzanine pour entrer dans le vif du sujet. La première zone nous présente un petit groupe de destructeurs de la ville de Tokyo, à commencer par le célèbre Godzilla. En effet, la capitale du Japon a subi plusieurs destructions (et donc reconstructions) au cours des siècles passés, de l’incendie d’Edo en 1657 au tremblement de terre de 1923, sans oublier les bombardements américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Par le biais de différentes reproductions (il y a très peu d’originaux d’exposés), malheureusement parfois un peu trop petites (surtout quand il s’agit de photos), l’exposition nous montre comment le passé se retrouve dans la pop culture actuelle, que ce soit les films, l’animation et des jeux vidéo. Je dois avouer que j’ai eu très peur que le manga (papier) soit le grand oublié et que sa présence soit uniquement liée à ses adaptations sur d’autres supports, tel l’incontournable Akira. Heureusement, mes doutes ont été rapidement dissipés, et même se sont révélés sans fondements, tant la bande dessinée est présente et variée dans les trois zones suivantes. Il faut aussi avoir en tête que le terme « manga » est à comprendre ici au sens large, c’est-à-dire englobant toute la « culture manga ».

Une exposition manga très pointue

L’exposition a pour ambition de présenter, certes de façon rapide, l’origine du manga, en remontant aux peintures sur rouleau, puis en proposant des reproduction d’estampes figurant Edo, et enfin en revenant sur l’apparition des bandes dessinées proprement dite au début du XXsiècle. Les visiteurs d’expositions d’estampes comme notre petit groupe ont déjà vu à de nombreuses reprises les œuvres de Hiroshige, mais il est toujours plaisant de revoir quelques illustrations d’époque. La partie la plus intéressante est incontestablement constituée des trois espaces consacrés à la vie à Edo puis Tokyo par le biais de nombreuses planches de manga (ainsi que quelques jeux vidéo sans grand intérêt et quelques films et séries d’animation réputés).

Plus d’une trentaine de mangaka nous sont présentés par le biais de planches au style varié (des reproductions d’originaux). Concernant les ouvrages (plus ou moins) disponibles en français, nous avons là une belle brochette d’auteur·e·s : Osamu Tezuka (L’Arbre au soleil), Taiyou Matsumoto (Le Samouraï bambou), Hinako Sugiura (Oreillers de laque), Shotaro Ishinomori (Sabu et Itchi), Moyoko Anno (Sakuran), Nobuhiro Watsuki (Kenshin le vagabond), Yu Takita (Histoires singulières du quartier de Terajima), Asao Takamori / Tetsuya Chiba (Ashita no Joe), Tsukasa Hojo (City Hunter), CLAMP (Cardcaptor Sakura), Chica Umino (March comes in like a lion), Inio Asano (Solanin), Kyoko Okazaki (River’s Edge), Jirô Taniguchi (Au temps de Botchan et Le Gourmet solitaire), Mazayuki Kusumi / Estsuko Mizusawa (Mes petits plats faciles by Hana) et Shimoku Kio (Genshiken).

Cependant, pour les amatrices et amateurs de manga, le plus intéressant se trouve sans aucun doute dans les nombreuses planches de titres non traduits chez nous : Hinako Sugiura (Sarusuberi), Erica Sakurazawa (Love so special et Lovely!), Kei Ichinoseki (Hanagami Sharaku), Ei Hirosasawa / SatooTomoe (Ai to honô),  Ryohei Saignan (San-chôme no yûhi), Shinji Nagashima (Fu-ten), Waki Yamato (Haikarasan : Here come Miss Modern), Osamu Akimoto (Kochikame pour faire court), AtsushiKamijo (To-Y), Seizo Watase (Tokyo Eden), Takashi Ikeda (34-sai Mushoku-san),  Jigu Takao (Kûneru Maruta), Ken Wakui (Shinjuku Swan) et Yori Kurokawa (Hitorigurashi no OL wo kakimashita).

Cela représente beaucoup d’œuvres couvrant les années 1960 à 2010, avec une belle représentation du pan féminin du manga, ce qui est très rare dans les expositions mangas présentées en France, y compris au Festival d’Angoulême, qui est pourtant la référence en matière de qualité et d’érudition. On voit à ce qui n’est pas un détail que le commissariat est ici japonais.

Une dernière partie plus grand public

La partie dédiée aux personnages dans la ville permet de voir de nombreuses représentations de la pop-culture japonaise que l’on peut voir dans la ville de Tokyo. Cela va des statuettes traditionnelles comme les maneki-neko ou un tanuki à la figurine géante de Gundam (20 m. de haut, ce qui n’est pas le cas de la maquette proposée ici, bien entendu) ou celle de Rei Ayanami (à taille plus humaine). Il est aussi possible de faire un tour virtuel de métro tokyoïte, de visualiser une vidéo du Comiket d’été ou de se faire une petite idée de ce que l’on peut trouver dans un combini. Amusant mais vite expédié…

Manga alternatif

Le manga alternatif (3/4)

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Comme déjà dit, le manga est une industrie du divertissement qui a été longtemps florissante au Japon et qui s’est développée dans de nombreuses directions au fil du temps, se segmentant toujours plus et créant petit à petit un grand nombre de genres éditoriaux liés aux magazines dans lesquelles les œuvres sont prépubliées tels que le shônen, le shôjo, le seinen, le josei, le boys love, le hecchi, etc. Mais de tout temps, des auteurs, aidés par des éditeurs « différents », n’ont pas voulu s’exprimer dans le cadre souvent trop formatés de ces genres. Ce sont de ces bandes dessinées « autres » dont nous allons parler ici.

Une recherche de définition

Tout d’abord, il est important de bien préciser ce que l’on entend par manga « alternatif ». Pour ma part, je place dans cette catégorie floue et un peu fourre-tout les mangas qui ont été publiés dans des supports pour un lectorat de jeunes adultes que l’on ne peut rattacher que difficilement aux catégories éditoriales à destination du grand public. On peut d’ailleurs tout à fait considérer que le manga alternatif n’existe pas en tant que tel et qu’il s’agit d’une sous-catégorie du seinen. Il faut reconnaître que la frontière est souvent floue.

Il faut évacuer l’idée du manga d’auteur qui est une notion qui ne veut pas dire grand-chose. Même les tâcherons de chez Shônen Gaosha sont des auteurs. Il peut être parfois plus difficile de créer dans le cadre de contraintes éditoriales (et de les contourner) que de pouvoir faire ce que l’on veut. Plus sérieusement, le terme de bande dessinée d’auteur fait penser à des œuvres sérieuses, voulant faire passer un message, ne cherchant pas à simplement divertir le plus grand nombre. Or, les exemples de mangas grand public à messages (ou originaux) ne manquent pas. Par exemple, on peut trouver du shônen (Gen d’Hiroshima), du shôjo (Le Pavillon des hommes), du seinen (L’Homme qui marche), du josei (Diamonds), etc. qui peuvent tous répondre à cette définition.

De même, on ne peut pas parler de manga underground, le terme « underground » étant trop représentatif d’un genre très précis de comic books, nommés comix pour les distinguer des publications grand public, qui sont (principalement) publiés dans les années 1950-1970, inspirés par la contre-culture américaine des années 1960 et le plus souvent auto-publiés.

On ne peut pas non plus les rattacher au monde du fanzinat, le dôjinshi, car le manga alternatif est, comme on le verra, commercialisé par les canaux habituels de l’édition japonaise professionnelle. On pourrait peut-être parler de manga indépendant, c’est-à-dire indépendant des grandes maisons d’éditons sauf qu’il y a des « petits » éditeurs qui font du manga grand public (ex. Gentosha) et qu’un magazine comme Ikki, que l’on considèrera comme alternatif, est édité par Shôgakukan, une des plus grosses maisons d’édition de manga au Japon.

L’originalité n’est pas non plus un critère fiable et suffisamment pertinent. Certains titres sont originaux sans être pour autant du manga alternatif (ex. FLCL, un seinen de chez Kodansha, les premiers travaux de Tayou Matsumoto prépubliés dans Big Comic de Shôgakukan). Cependant, il est certain que le manga alternatif n’est pas formaté pour un public précisément ciblé, les éditeurs ne sont pas là pour faire suivre aux auteurs une ligne éditoriale bien définie. Comme le disait Noriko Tetsuka, directrice du magazine Ax, lors de l’édition 2006 du festival d’Angoulême, les responsables éditoriaux du magazine ne disent rien, n’interviennent pas auprès des auteurs, ils les laissent libres de créer sans soucis de rentabilité ou de succès. Ceci dit, les ventes s’en ressentent. Ainsi, en 2010, Comic Beam tire à moins de 25 000 exemplaires, Ikki à moins de 15 000 et Ax à 4 000 ex. Voilà peut-être le critère le plus objectif : si ça ne se vend pas, c’est alternatif !

En fait, décider si un manga est alternatif ou pas revient à juger si le support de prépublication l’est. Et pour décider si un mangashi est alternatif ou pas, il n’y a pas de réponse évidente. On utilise un faisceau d’indices et on laisse une certaine part à la subjectivité. Et comme déjà dit, on peut tout à fait considérer qu’il n’y a pas de genre éditorial alternatif, qu’il s’agit uniquement d’une catégorie de seinen. Pour ma part, j’aurais tendance à pense qu’il s’agit bien d’un genre éditorial à part entière puisqu’il bénéficie de ses propres supports de prépublications, ou plutôt d’un support de prépublication.

Pour moi, mais j’y reviendrais un peu plus tard, Garo, puis son successeur Ax, ainsi que COM (le concurrent de Garo lancé par Osamu Tezuka dans les années 1960) sont les magazines de prépublications de mangas alternatifs par excellence. On peut éventuellement y rajouter quelques mangashi qui sont réputés pour laisser assez libres leurs auteurs, tels que Ikki, Manga Erotics F ou Comic Beam. Malheureusement, ils ont pour la plupart disparu, ne laissant plus qu’Ax et (éventuellement) Comic Beam proposer du manga « autre ».

 

Les premiers mangas alternatifs et le gekiga

Les akahon tiennent leur nom au fait que c’était (au début) des petits livres à la couverture rouge (ils furent édités durant une période allant de la fin du XVIIe siècle jusqu’au mitan du XXe siècle) proposant une littérature populaire à des prix très bas, généralement illustrée de gravures. Il existe une variante d’akahon proposant du manga, éditée principalement dans la région d’Osaka entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1950. Osamu Tezuka y a débuté sa carrière professionnelle de mangaka avec La Nouvelle île au trésor (Shin takarajima) en 1947.

C’est ainsi que de nombreux petits éditeurs locaux font leur apparition avec une production à très bas coût en se situant à l’écart des histoires issues des revues ou journaux basés à Tokyo, ces derniers regroupant la soi-disant élite des auteurs, et qu’une autre forme de diffusion du manga se met en place. Les éditeurs sont peu exigeants sur les thèmes, le récit et la réalisation, tant que ça plait au public. Les auteurs ont ainsi une liberté de création certaine. Cependant, ces œuvres sont très mal rémunérées et les auteurs réalisent aussi des illustrations destinées au circuit des kamishibai, même si leur travail est là aussi en général très mal payé. Le kamishibai est un art populaire ancien, une sorte de spectacle de rue où des images sont montrées à un public composé d’enfants, servant de support au conte oral.

Cependant, pour nombre de lecteurs (souvent très jeunes), les akahon sont encore trop chers. Pour contourner le problème du coût d’achat trop élevé des mangas, un réseau de librairies de prêt, les kashibonya, se développe, là aussi à partir de la région d’Osaka, atteignant même le nombre de 300 000 au milieu des années 1950. Les éditeurs d’akahon se mettent d’ailleurs à produire pour les kashibonya afin de se trouver un autre marché que celui, déclinant, du manga populaire à faible prix. Les librairies de prêt éditent leurs propres œuvres (les kashibon manga), destinées non pas à être vendues mais louées. Ainsi, toute une série d’auteurs majeurs vont venir de ce circuit de distribution.

Le plus connu d’entre eux est Osamu Tezuka. En proposant un graphisme plutôt rond, révélant ainsi ses influences disneyenne, et une narration totalement différente de ce que l’on pouvait voir jusqu’ici, Shin takarajima se distingue des productions de l’époque et le succès est immédiat. Loin des scènes figées proposées alors par la plupart des mangas de l’époque, l’œuvre propose un dynamisme issu des films occidentaux, principalement d’origine américaine. Le succès est considérable car on estime qu’il s’est vendu 400 000 exemplaires du titre.

C’est ensuite sur un rythme endiablé que Tezuka continue à sortir allègrement des récits complets à commencer par King Kong, inspiré par le film éponyme de 1933. En quelques années, il touche à tout, du Japon médiéval à la science-fiction en passant par les récits d’aventures et même le western. De nombreux auteurs d’akahon le copient alors plus ou moins servilement, certains allant jusqu’à le plagier purement et simplement. Par toutes ses œuvres, il a déjà influencé la bande dessinée japonaise au point de l’avoir définitivement transformée alors qu’il n’a pas encore 25 ans. Cependant, c’est à la fin des années 1950 que Tezuka Osamu prend la stature qui fait de lui le «dieu du manga», lorsqu’il quitte le monde des akahon pour celui des éditeurs de magazines de la capitale.

Toutefois, en 1957, en réaction aux mangas pour enfant et au style issu des séries d’Osamu Tezuka, un nouveau genre de bande dessinée fait son apparition. Il s’agit du gekiga, terme inventé par Yoshihiro Tatsumi. Il faut un certain temps pour que ce nouveau style ne connaisse le succès, à partir de 1965. Cependant, l’influence du gekiga est énorme, jusqu’à faire évoluer profondément l’œuvre du « dieu du manga » lui-même dans les années 1970. Ce nouveau genre de manga veut privilégier l’aventure ou dépeindre une certaine réalité de la société, celle de la rude vie des gens du peuple, en les dessinant dans style réaliste (et non pas comique comme dans les mangas « à la Tezuka », qui s’adressent aux enfants). Il s’agit ici d’éviter un trop grand manichéisme, notamment en ne cachant pas le côté sombre du personnage principal de l’histoire. Le cinéma néoréaliste européen et le film noir américain, aussi bien au niveau des thèmes que de la narration, influencent énormément les auteurs de gekiga.

Ce mouvement nait donc au sein du circuit de distribution des librairies de prêt et va lancer nombre d’auteurs qui marqueront l’histoire du manga lorsqu’ils seront publiés par Garo ou par différents éditeurs plus traditionnels comme Shirato Shampei (Kamui den), Yoshiharu Tsuge (L’homme sans talent), Yoshihiro Tatsumi (L’Enfer), Takao Saito (Golgo 13), Hiroshi Hirata (La Force des humbles). Mais l’économie florissante du début des années 1960 porte un coup fatal au marché de la location de mangas, le public ayant les moyens de les acheter et non plus de les louer.

 

Garo, Ax, sans oublier le cas Ikki

En 1963, les éditeurs fournissant les kashibonya ont pratiquement tous disparu alors que leurs meilleurs auteurs se retrouvent à publier dans des grands magazines comme Shônen Magazine de Kôdansha. Ce dernier leur a ouvert grandes ses portes afin de lutter contre ses concurrents qui avaient pris le dessus en termes de part de marché. Le résultat est une grande réussite commerciale pour l’éditeur. Cependant, le rythme de travail est intense et très dirigé. Le refus d’un certain nombre d’auteurs de se plier aux contraintes d’une publication hebdomadaire dans une revue pour jeunes garçons entraîne alors la création de Garo. En effet, Shirato Shampei connaît un très grand succès avec ses séries publiées dans Weekly Shônen Magazine. Mais il supporte assez mal de ne plus avoir la liberté qu’il avait connue avec les éditeurs du réseau de kashibonya.

C’est pour sa nouvelle série, Kamui den, que Katsuichi Nagai, ancien membre des kashibonya de Tokyo devenu éditeur, crée Garo en 1964. Pendant plus de trente ans, le magazine va permettre à de nombreux auteurs de débuter et de s’exprimer beaucoup plus librement qu’ils n’auraient pu le faire autrement, enrichissant ainsi considérablement le manga et même la bande dessinée mondiale. C’est ainsi que nombreux styles ont pu cohabiter au sein de la revue comme le gekiga avec Shirato Shampei et Yoshihiro Tatsumi, le surréalisme et l’expérimentation avec Yoshiharu Tsuge, l’ero-guro avec Suehiro Maruo, l’heta-uma avec King Terry, etc. Plusieurs titres issus de Garo ont été traduits en français, mais malheureusement, la plupart ne sont plus commercialisés. C’est le cas, par exemple, de Kamui den, d’Un gentil garçon, d’Oreillers de laque. Heureusement, l’œuvre de Yoshiharu Tsuge va être intégralement disponible chez nous en 2019 grâce à Atrabile et à Cornélius.

Garo a arrêté sa parution en 2002 après une longue agonie, le magazine ayant connu deux arrêts d’activité entre 1996 et 1997 (notamment à cause de la mort de Katsuichi Nagai) et entre 1998 et 2000. On était alors loin du pic de 1971, année record qui avait vu le magazine tirer à 80 000 exemplaires. Mais l’esprit d’avant-garde de Garo a pu subsister dans Ax, magazine fondé par des personnes issues de ce qui reste une référence majeure dans l’histoire du manga.

Ax est édité par Serinkogeisha depuis 1997 par Noriko Tetsuka et quelques anciens de Garo, c’est-à-dire à la suite du premier arrêt de ce dernier mangashi. Actuellement, le magazine parait tous les deux mois et compte environ 300 pages. Il n’y a pas réellement de ligne éditoriale, ce qui permet à une grande variété d’histoires d’être publiées, proposant ainsi une niche pour les auteurs recherchant une totale liberté créative. En France, IMHO et Le Lézard Noir sont les deux principaux éditeurs d’histoires tirées de ce magazine. Les lectrices et lecteurs curieux se heurteront malheureusement à la difficulté de les trouver en librairie. Toutefois, pour se donner une idée des œuvres que propose Ax, le mieux est de lire AX Anthologie Vol.1 qui regroupe sur 400 pages le travail d’une trentaine d’artistes différents. N’attendez pas de deuxième volume, les ventes du premier ayant été trop faibles aussi bien aux USA (édité par Top Self) qu’en Francophonie (édité par Le Lézard Noir).

Démontrant la difficulté de mettre dans des petites boites certains magazines, Ikki pose la question des limites, des frontières. Édité par un des plus gros éditeurs japonais, son tirage a été de tout temps très faible, comparé aux autres mangashi proposant du manga seinen. Il faut dire que nombre de ses œuvres tendent vers le manga alternatif avec une certaine recherche d’originalité, que ça soit dans le ton, le récit ou le graphisme. Cela n’empêche pas la présence au sommaire de séries comme Bokurano ou Dorohedoro qui ont connu au Japon un réel succès public. Malgré son statut de revue-laboratoire, le magazine s’arrête en septembre 2014, le tirage étant tombé en dessous des 10 000 exemplaires.

 

Quelques cas particuliers

L’ero-guro (érotique / grotesque – au sens horrible) est un thème que l’on retrouve souvent dans Garo et dans Ax. À l’origine, il s’agit d’un courant artistique japonais, littéraire puis cinématographie qui date des années 1930. On attribue la paternité de ce mouvement à Edogawa Rampo, un romancier japonais très connu qui a surtout officié dans le roman policier. La corruption sexuelle, érotisée, est au centre de toutes les déviances imaginables, mettant en avant la décadence des protagonistes et un nihilisme prononcé.

En manga, le maître de l’ero-guro est Suehiro Maruo, abondamment traduit en français par Le Lézard Noir. En effet, l’auteur réussit à concilier les différences caractéristiques du mouvement dans son travail qu’il a publié dans Garo puis Ax. Il n’est pas le seul : Kazuichi Hanawa est connu aussi pour ses œuvres outrancières (toujours au Lézard Noir), issues de Garo. Cependant, le plus extrême reste Jun Hayami avec son Labyrinthe des rasoirs qui pousse le plus loin possible le mélange éros et thanatos (disponible chez IMHO).

Junko Mizuno est une auteure particulière. Ses mangas mélangent un style tendant vers le kawaï (mignon), vers l’érotique (du fait de ses personnages féminins peu habillés et aux poitrines développées) et vers le gore. Ses histoires se révèlent être plus sordides les unes que les autres. Son travail catégorisé comme gothique-kawaï se décline sur plusieurs supports, pas uniquement en bande dessinée (celles-ci sont publiées ici par IMHO). Elle vit depuis plusieurs années aux États-Unis.

Hideshi Hino ne fait pas réellement dans l’érotique. Il faut dire que ses personnages difformes, malades, ne sont pas très émoustillants. Il a débuté en 1967 dans COM avant de poursuivre sa carrière dans Garo, mais aussi dans des magazines shôjo d’horreur et même chez des éditeurs plus grand public. Ses mangas les plus réussis ont été publiés en français chez IMHO.

Néanmoins, le manga alternatif ne se limite pas à l’horreur et au sexe, il existe des œuvres beaucoup plus douces, poétiques, oniriques, surréalistes telles que Tohu-Bohu et Souvenirs de la mer assoupie de Shin’ya Komatsu ou Promenades dans la ville de la boîte à biscuits de Rokudai Tanaka, sans oublier Le Piqueur d’étoiles et Le Semeur d’étoiles de Shizuka Nakano, toutes disponibles chez IMHO (une fois de plus).

À ce propos, arrêtons-nous un court instant sur trois auteur·e·s atypiques dans le monde du manga. Naohisa Inoue et Aya Takano sont avant tout des artistes protéiformes : illustration, peinture, bande dessinée, cinéma, etc. sont autant de supports qui déclinent un univers personnel : Iblard pour le premier, une variation du mouvement superflat pour la seconde. Chroniques d’Iblard et Space Ship EE sont deux mangas très originaux dans leur forme (moins dans leur narration) mais ne sont plus trouvables qu’en occasion. Le travail de Yoriko Hoshi est totalement différent. L’auteure de Nekomura-san raconte la vie quotidienne d’une chatte de ménage qui ne rêve que d’une chose : retrouver son jeune maître parti à l’étranger avec ses parents. À raison d’une case par jour publiée sur Internet, le manga est proposé gratuitement (en japonais) aux lectrices et lecteurs inscrits. Kana nous propose la version reliée qui connaît un grand succès dans son pays d’origine, mais qui est un énorme échec dans nos contrées. Il faut dire que l’œuvre est très loin de l’idée que l’on se fait du manga, malgré un récit profondément ancré dans la société japonaise.

Toutefois, nous avons la chance de pouvoir lire en français une grande partie des différents aspects récents (c’est-à-dire à partir des années 1970-80) du manga alternatif, même s’il ne faut pas rater la période de leur commercialisation, les faibles tirages de ce type d’œuvres ne permettant qu’une disponibilité assez restreinte. Cela est aussi vrai au Japon, où le manga alternatif disparait assez rapidement des rayonnages des librairies spécialisées, obligeant les lectrices et lecteurs curieux à se rabattre sur l’occasion.

La diversité du manga (2/4)

Le manga 2

Comme nous l’avons vu lors de la première partie, le manga est un marché très segmenté au Japon. Combiné à la forte diffusion des magazines de prépublication, il y a, de fait, une très grande diversité à la fois dans les thèmes, la narration et dans le graphisme, chaque niche étant exploitée : il y a du manga pour tout le monde et pour tous les âges.

La prépublication, chapitre par chapitre, de plusieurs séries en parallèle permet en effet de fournir une grande diversité d’histoires aux lecteurs et lectrices. Quand un mangashi contient plus de 400 pages de mangas, soit une vingtaine de séries, à chaque numéro, il est assez facile de proposer des créations différentes. Il est important, commercialement, de toucher le plus vaste public possible dans le segment visé, ce qui est encore plus vrai depuis le retournement du marché manga qui a eu lieu une vingtaine d’années au Japon. À cela, s’ajoute un système des votes permettant de savoir quelles séries plaisent le plus et surtout celles qui plaisent le moins, ce qui donne la possibilité de prendre des risques : si ça ne trouve pas son public, on arrête et on propose autre chose.

Le marché français, en plus de 25 années d’éditions francophones, a réussi plus ou moins, sauf peut-être pour le shôjo, à représenter cette diversité. Nous allons chercher à illustrer celle-ci par le biais d’une grosse cinquantaine de séries remarquables. Le souci rencontré est que de nombreux titres ne sont plus commercialisés (une licence doit être généralement renouvelée tous les 3 ou 5 ans) et ne sont plus disponibles qu’en occasion ou en bibliothèque. C’est pour cela que certains mangas évoqués ici ne sont plus trouvables en neuf, les librairies ayant dû retourner leurs invendus qui ont été ensuite détruits (quelques éditeurs préfèrent la solderie au pilonnage, ceci dit).

Il faut avoir à l’esprit qu’un manga ne se contente pas d’avoir un seul thème mais en mélange plusieurs (deux, trois, voire plus). La classification effectuée ci-après est donc personnelle, subjective, en se faisant à partir du thème considéré comme étant le principal. Quelques titres sont aussi un peu plus mis en avant en bénéficiant d’un petit commentaire.

L’aventure / action

Ce genre d’histoires est surtout présent dans le shônen manga. Basé sur l’action, l’apprentissage et (souvent) l’humour, avec un récit généralement centré sur un protagoniste masculin (un collégien ou un lycéen le plus souvent) qui peut être entouré d’un groupe de personnages secondaires, la série va proposer une aventure trépidante où il est nécessaire de progresser pour vaincre des ennemis de plus en plus puissants. Cet apprentissage est nécessaire pour atteindre un but, généralement fixé dès le début. Ces récits initiatiques sont merveilleux, dépaysant et rythmés. Parmi les six titres proposés à titre d’exemple, quatre méritent d’attirer encore plus notre attention.

 

Library Wars : Love & War (shôjo) – Titre mélangeant action (les protagonistes sont des militaires), romance (très classique) et humour. Il s’agit de l’adaptation en manga d’une série de light novels (romans courts plutôt pour ados). C’est aussi un titre à la gloire des bibliothèques et à la liberté d’écrire.

Sky-High Survival (web) – Prépublié en ligne sur Internet et non dans un magazine papier, conçu sur le principe de fonctionnement des jeux vidéo japonais, avec un graphisme soigné, la série représente en quelque sorte le « nouveau » manga grand public. Elle met en scène un groupe de personnages qui doit survivre puis s’échapper d’un monde composé de gratte-ciels dans un récit inspiré des jeux de rôle/aventure.

Le Sommet des dieux (seinen) – Ici, l’ennemi est la montagne, celle des hauts sommets qu’il faut vaincre. Nul besoin d’ennemi surpuissant lors que la Nature entre en scène. Ce titre est la démonstration que l’aventure n’a pas besoin d’être située dans un autre monde ou dans une autre époque, la « réalité » actuelle peut suffire pour captiver les lecteurs et les lectrices.

Yona, princesse de l’aube (shôjo) – Le shôjo manga en français ne propose que trop peu de mangas d’aventure ou d’action épique. Après la série Basara publié par Kana il y a quelques années, Yona, princesse de l’aube en est la digne successeuse. Le succès, au moins d’estime, rencontré par le titre suffira-t-il à ouvrir la voie à d’autres sorties ? Espérons-le.

La romance

Les histoires d’amour sont associées aux mangas pour fille. Ce n’est pas faux mais ce n’est certainement pas exact. En fait, depuis la fin des années 1960, il s’agit du thème principal des séries qui sortent dans les magazines shôjo. Avant, il était interdit d’évoquer l’amour, même simplement sentimental. Ceci dit, il y a aussi de la romance dans les mangas pour garçon, même s’il s’agit le plus souvent d’un thème secondaire. Néanmoins, il existe des shônen où la relation amoureuse tient un rôle central dans l’histoire. Dans ce cas, le jeune garçon est maladroit, il ne sait pas aborder les filles qui sont pourtant nombreuses à lui tourner autour. On parle dans ce cas de « harem manga ».

 

Aromantic (Love) Story (web) – Autre représentant du « nouveau » manga issu de la prépublication sur Internet, ce titre se veut en prise avec la société actuelle, en traitant du célibat de plus en plus développé au Japon. Cependant, après les propos très féministes du tome 1, l’histoire propose surtout une romance basée sur un triangle amoureux des plus classiques.

Blue (de Kiriko Nananan, josei) – L’amitié entre deux lycéennes se transforme petit à petit en amour où les non-dits tiennent une grande importance dans les relations entre les protagonistes. Le traitement réaliste et subtil des sentiments des jeunes filles était une grande nouveauté dans le paysage francophone lors de sa première parution en 2004.

Love, Be loved, Leave, Be left (shôjo) – Basé sur l’incontournable triangle amoureux des romances lycéennes, la série propose plus que la simple problématique de trouver l’amour lorsqu’on est une adolescente. Il y a aussi celle de l’amitié, un thème que l’on trouve plutôt dans les shônen d’aventure. Il y a aussi la nécessité d’être honnête avec les autres et surtout avec soi-même.

Love Hina (shônen) – Le harem manga de référence. Adulé par certains, décriés par d’autres, la série n’a pas laissé indifférent lors de sa publication française. Il faut dire qu’il était précurseur dans le genre. La couverture montre bien qu’il ne s’agit pas ici d’un manga romantique pour fille. En effet, la taille de la poitrine des personnages féminins est un marqueur fort pour distinguer shônen romantique et shôjo.

Sport / Métier

C’est un des nombreux genres réputés peu vendeur en France. Le héros ou l’héroïne pratique un sport, généralement au lycée et va devoir devenir un·e champion·ne grâce à son entrainement, ses efforts et son courage. Bien entendu, différents obstacles vont surgir durant sa progression. Il y a souvent une intrigue secondaire qui est une romance avec un·e camarade d’école. Les mangas sportifs sont nombreux au Japon. De plus, le sport est à considérer ici au sens large et inclus les jeux de stratégie comme le go ou les échecs.

Sous le vocable manga de métier, on regroupe les titres où le personnage principal se découvre des qualités et une vocation pour un métier dans lequel il va s’épanouir grâce à l’apprentissage et en surmontant les embûches semées sur son chemin. En cela, les mangas de métier sont très proches de ceux de sport.

 

Chihayafuru (josei) – Une fillette se prend de passion pour le karuta après sa rencontre avec un gamin de son âge et joueur très talentueux. Le karuta est un jeu de cartes basé sur la rapidité, la mémoire et la connaissance de courts poèmes. Le sport n’est pas très physique ici, à l’instar des jeux cérébraux comme les échecs ou le go.

Jumping (shôjo) – Une hikonomori (personne s’isolant de la société, ce qui est souvent liée à une phobie) réussit à vaincre ses peurs et ses complexes grâce aux chevaux et à l’équitation. Chose amusante, la classification est à l’inverse de Chihayafuru (josei mettant en scène une lycéenne) car c’est ici un shôjo alors que la protagoniste est une étudiante. D’ailleurs, même si la démonstration inverse est faite ici, l’âge des personnages donne généralement un indice précieux pour la classification, surtout à la frontière des genres : shônen / young seinen / seinen, ou shôjo / josei.

Real (young seinen) – Le young seinen n’est pas que baston, grosses poitrines féminines et rythme effréné. Il existe un manga handisport de grande qualité. En effet, le handicap y est abordé de façon plutôt réaliste par le biais du sport : le basketball.

Une vie au zoo (josei) – Cette courte série montre la difficulté qu’il y a à s’occuper d’animaux : dire qu’on les comprends, qu’on les aime ne suffit pas. Cependant, si on s’accroche à sa vocation et que l’on est sincère, on peut arriver à devenir une soigneuse compétente et à s’épanouir dans son métier.

Humour

Les mangas d’humour pur sont aussi réputés pour mal se vendre en version française. Il faut dire que l’humour japonais est très 1er degré, très burlesque. Pourtant, les mangas ne sont pas tous basés sur un humour spécifiquement japonais comme l’est le manzai, un système basé sur un duo comique formé par le tsukkomi (le sérieux) et le boke (le personnage fruste, outrancier et désordonné). Si le couple comique (le sérieux et l’idiot) est un classique de l’humour dans tous les pays (Laurel et Hardy, Astérix et Obélix), c’est ici un humour qui repose beaucoup sur les quiproquos et les jeux de mots, ce qui fait que nombre de mangas relevant du genre sont réputés intraduisibles en français.

 

Dr Slump (shônen) – Un des premiers grands succès d’Akira Toriyama avant DragonBall. C’est un humour basé sur le grand n’importe quoi et l’exagération. C’est aussi assez scatologique, ce qui en fait un titre très japonais. Sa réussite commerciale en France tient sûrement autant à ses qualités qu’au fait qu’il est sorti avant que l’on ne croule sous les sorties.

Les vacances de Jésus et Bouddha (seinen) – Manga basé sur un duo comique et le décalage entre l’état de déité et la vie de tous les jours dans le Tokyo actuel. C’est aussi un humour très référencé qui demande un peu de culture générale, au moins dans le domaine religieux, pour pouvoir pleinement l’apprécier. Heureusement, l’adaptation française est de qualité.

Switch Girl (shôjo) – L’humour de situation repose ici sur le décalage entre la façon dont l’héroïne se présente au lycée / en société et la façon dont elle s’habille et se comporte chez elle. Alors qu’elle fait très attention à son apparence et à sa façon de se comporter dès qu’elle est en dehors de chez elle, une fois dans le cocon de son domicile, elle se relâche totalement.

Science-fiction / Fantastique

La SF et le fantastique sont des genres très prisé au Japon (notamment dans les romans et le cinéma), ce qui se retrouve logiquement dans le manga. Il existe même des magazines de prépublication spécialisés. Cependant, la plupart du temps, il ne s’agit pas du thème principal, surtout dans le shônen. La SF ou le fantastique sont le plus souvent un cadre dans lequel les auteur·e·s vont développer leur histoire. C’est dans le seinen que l’on trouve les œuvres les plus « pures » SF. C’est aussi un genre assez développé dans le shôjo notamment grâce à Moto Hagio, précurseure du genre dans les années 1970 : la longue nouvelle « Nous sommes onze » disponible dans Moto Hagio Anthologie (shôjo) est particulièrement représentative de la SF des années 1970 et a montré que cette voie était possible à nombre des consœurs de la mangaka.

 

Les enfants de la baleine (shôjo) – Présenté comme un seinen par Glénat, il s’agit en réalité d’un shôjo prépublié dans Mystery Bonita. Il est assez habituel que les éditeurs francophones fassent passer des shôjo qui ne sont pas des romances lycéennes pour un autre genre de manga (ici, du seinen), afin de moins mal les vendre. De ce fait, il est possible de lire plus de shôjo manga (et de josei) qu’on pourrait le croire de prime abord. Cependant, cela fausse aussi la perception que l’on peut avoir du manga réalisé par les mangaka femmes ainsi que du genre shôjo (ou josei) en général.

Planètes (seinen) – Proposant une SF « hard science », la courte série nous fait vivre le quotidien d’une équipe d’éboueurs spatiaux, c’est-à-dire des hommes et des femmes chargés de récupérer les innombrables débris qui sont en orbite et pouvant menacer l’intégrité de la structure de la station spatiale qui les emploie.

Monde post-catastrophe ou apocalyptique

Ce genre se distingue de la SF par une ambiance beaucoup plus sombre et une action plus trépidante. En règle générale, une catastrophe s’est produite et les protagonistes doivent survivre, coûte que coûte. La mise en scène de l’angoisse des personnages et la dramatisation du récit sont deux des principales caractéristiques du genre. Il faut aussi avoir à l’esprit que le Japon est situé dans une zone sismique, que les tremblements de terre sont fréquents, tout comme les ouragans et les tsunamis. Les catastrophes comme celles survenues à Kobe ou à Fukushima montrent que ces récits ne sont pas si éloignés de la réalité que vivent les japonais.

 

Dragon Head (young seinen) – Premier manga du genre à avoir frappé les esprits du lectorat francophone. Dans une sorte d’huis-clos étouffant, trois jeunes lycéens essayent de survivre à une catastrophe qui a ravagé Tokyo et fait déraillé dans un long tunnel le Shinkansen qui les ramenait chez eux d’un voyage scolaire.

Gunnm (seinen) – Il s’agit du manga de SF post-catastrophe par excellence. Celle-ci a été causé par la collision avec une météorite. Les sociétés humaines ont volé en éclat et n’existent plus que sous deux formes : une avancée technologiquement, située dans une ville géante suspendue dans les airs, et une autre, devenue littéralement une décharge où tentent de survivre une population fruste et ultra-violente.

Highschool of the Dead (shônen) – Une maladie mystérieuse a frappé l’humanité qui transforme les gens en zombie. Dans un lycée au Japon, un groupe de personnes épargnées par le phénomène doivent à la fois survivre à l’écroulement de la civilisation, mais aussi aux attaques des zombies. Un titre qui mélange érotisme (il suffit de voir la taille des poitrines féminines et les nombreuses scènes de fan service) et horreur (les scènes gores ne manquent pas, bien au contraire).

Société japonaise / tranche de vie

À la différence des BD franco-belge et américaines, le manga grand public propose depuis de nombreuses années des histoires se focalisant sur la vie de tous les jours de personnages « normaux ». On retrouve ce thème dans tous les genres de mangas. Si dans le shônen, il ne s’agit pas du thème général le plus souvent, il est très l’élément central dans de nombreux josei et seinen. Mitsuru Adachi est le spécialiste du shônen mélangeant sport, romance lycéenne et vie de tous les jours, Touch (shônen) étant sa série référence. En centrant son récit sur des personnages ordinaires et les mettant en scène dans leur vie de tous les jours, il sait comme personne ancrer son histoire dans la société japonaise.

 

Éclat(s) d’âme (web) – Kamatani Yuhki est une auteure qui se définit comme étant ni femme (son genre biologique), ni homme, du genre neutre, donc. Son manga parle de la difficulté de s’accepter, surtout à cause du regard des autres, de leur moqueries, voire de leur ostracisation. C’est ainsi que le traitement de la question LGBT+ par la société japonaise est au centre de cette série paraissant sur le web suite à la disparition du magazine HiBana.

Kamakura Diary (shôjo) – Sorte de Touch au féminin, la série propose le même mélange sport / romance / vie de tous les jours. Néanmoins, le récit est moins humoristique et développe des sujets graves comme le handicap, la mort et la difficulté d’établir des relations sincères entre les personnes. Cette gravité des sujets abordés est assez habituelle dans nombre de shôjo.

Moving Forwards (shôjo) – Le quotidien et le mal être de jeunes japonais (une jeune lycéenne en l’occurrence), qu’ils cachent le plus souvent derrière un sourire de façade, est abordé ici avec finesse. Tout comme dans Kamakura Diary, la difficulté de s’épanouir et de se confronter à la mort de personnes de son entourage sont les thèmes principaux d’un récit sortant de l’ordinaire des romances lycéennes.

River’s Edge (josei) – Lorsque Kyôko Okazaki a débarqué dans le monde du manga dans les années 1980, le moins que l’on puisse dire est qu’elle a fait forte impression avec des œuvres sans concession sur la société japonaise et sa jeunesse désabusée, en perte de repères. La sexualité, présentée sans fard, y tient une place majeure tout comme le mal être de ses personnages, aussi bien féminins que masculins.

Historique

Tout comme la SF et le Polard, l’Histoire du Japon sert généralement de cadre à des fictions plutôt qu’être le thème principal. Pourtant, les titres dits « historiques » sont profondément enracinés dans l’époque où se déroule le récit et permettent d’avoir un véritable aperçu de la vie au Japon à travers les âges. Il faut aussi savoir que les Japonais ne sont pas très forts en Histoire, surtout que les manuels d’enseignement n’hésitent pas à occulter certains aspects peu glorieux du passé nippon.

 

Ayako (seinen) – Il s’agit d’une des œuvres les plus sombres d’Osamu Tezuka, se déroulant dans l’immédiat après seconde guerre mondiale. La série montre les excès du patriarcat qui sévissait alors dans la société semi-féodale persistant dans les campagnes.

Dans un recoin de ce monde (seinen) – Nous suivons le quotidien d’une jeune mariée qui a rejoint son mari dans la famille de ce dernier, vivant dans une grande ville portuaire et militaire située à une heure de Hiroshima alors que la guerre fait rage contre les USA.

Kenshin le vagabond (shônen) – Après la chute des Tokugawa et l’arrivée de l’ère Meiji (fin du 19e  siècle), la vie est difficile pour les samouraïs sans maître ! Manga de samouraï à succès, le titre est la preuve que l’on peut concevoir une histoire pleine d’action tout en restant fidèle au contexte historique de l’époque.

Le Pavillon des hommes (shôjo) – Et si l’Histoire avait effacé le fait que des femmes avaient été shôgun à l’époque des Tokugawa ? Récit féministe avec une déconstruction des préjugés par inversion des rôles des hommes et des femmes au sein de la société japonaise pendant l’époque d’Edo (et par la même occasion, des inégalités actuelles au sein de la société japonaise).

Guerre / Policier

La guerre, surtout la Seconde Guerre Mondiale, a frappé les esprits au Japon, la défaite ayant été vécue comme un traumatisme, amplifié par l’horreur de la bombe atomique. Néanmoins, le refus de reconnaître les atrocités commises par l’armée impériale dans toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est est toujours présent, ce qui se retrouve (ou plutôt ne se retrouve pas) dans les mangas traitant du sujet.

Le manga policier est assez développé au Japon, mais ne connais pas le succès chez nous. Que ce soit du thriller, du judiciaire, du crime à élucider, les thèmes sont variés. Il y a quelques années, Soleil Manga a créé une collection comprenant des adaptations mangas dédiées à un auteur de romans policiers à succès au Japon (Hiroshi Mori), mais cela n’a pas fonctionné.

 

 

Peleliu (young seinen) – Peleliu, une petite île perdue dans le Pacifique, a été le lieu d’une grande bataille entre l’armée impériale et les forces américaines. Pourtant, cette île n’a pas eu une grande importance stratégique malgré son aérodrome. Le manga fait  immanquablement penser au film Lettres d’Iwo Jima.

Rising Sun (seinen) – Manga sur les forces japonaises d’auto-défense. Si le Japon a vu son armée et sa marine être supprimées après la défaite en 1945 par la Constitution de 1946 qui le force à renoncer « à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation », le pays a toutefois maintenu des forces terrestres, navales et aériennes afin de pouvoir se défendre de toute agression étrangère.

Détective Conan (shônen) – On arrive bientôt au 100ème tome en version française (la parution japonaise a été rattrapée). Il est habituel au Japon que les séries dépassent les 100 volumes, même si ce n’est pas fréquent. Il s’agit d’un manga où un jeune détective doit résoudre des meurtres mystérieux grâce à son génie et malgré son âge.

Le Secret de l’ange (shôjo) – Il s’agit d’un polar reposant sur la recherche de la vérité concernant la mort passée d’une professeure de dessin de quartier. Refusant les conclusions de l’enquête, une jeune lycéenne et ancienne élève décide de reprendre cette affaire de meurtre avec l’aide du frère de la défunte, n’arrivant pas à croire que l’assassin désigné est réellement coupable.

Érotique / Yaoi

Si l’érotisme est souvent présent dans le young seinen, c’est généralement de façon secondaire. Il s’agit de placer très régulièrement des scènes à caractère érotique, généralement sans nudité explicite mais avec une sexualisation exagérée des personnages féminins (par exemple, avec des poitrines surdimensionnées). Cependant, il existe des magazines dédiés, allant du simple érotisme (l’acte sexuel n’est pas explicite) à la pornographie la plus débridée. Et cela n’existe pas que pour le public masculin. Il existe un genre de manga, le yaoi ou boys love, qui met en scène des amours homo-érotiques entre hommes écrit par des femmes à destination d’un public féminin hétérosexuel. Il existe aussi les shôjo dit matures où les relations sexuelles entre homme et femme ne sont pas simplement suggérées.

 

Mises à nu (seinen) – Si la plupart des mangas hentai (pornographiques) ont leurs magazines spécialisés, les titres ecchi (érotiques) sont plutôt diffusés dans les magazines plus grand public. Qui aurait cru en France que le Young Animal proposerait un titre aussi « chaud » avant que Taifu nous le propose ?

Prison School (young seinen) – Les mangas destinés aux jeunes adultes (16 ans et plus) sont réputés pour proposer de nombreuses histoires cherchant à émoustiller un lectorat masculin en multipliant les scènes érotiques (sans être trop explicites) où les personnages féminins ont des poitrines très développées et des dessous affriolants.

Tango (yaoi) – est em, l’auteure de cette compilation de nouvelles, est tout à fait représentative d’une nouvelle génération de mangaka femmes venues du monde du yaoi en refusant de se plier aux canons du  genre. Après avoir renouvelé le boys love à la fois thématiquement et graphiquement, elles apportent maintenant un souffle nouveau dans le shôjo et le seinen.

Virgin Hotel (shôjo) – L’érotisme n’est pas réservé aux garçons, les jeunes filles et les femmes ont  aussi leurs mangas « de cul », pour le dire vulgairement. À une époque pas si lointaine, il existait des magazines ladies comics destinés aux femmes au foyer où le sexe était très présent. S’ils ont disparu, ils ont été en quelque sorte remplacés par les magazines de shôjo dits « matures » (ou « shôjo pouffe » par les détracteurs) qui s’adressent plutôt aux adolescentes.

Une petite initiation au manga (1/4)

Ayant débuté en octobre un cycle de conférences sur le manga au C.D.I. du Lycée Jean Monnet de La Queue-lez-Yvelines, je me suis dit qu’il ne serait pas inintéressant de le proposer aussi sur Internet. Voici donc le texte de ma première intervention.

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Qu’est-ce que le manga ?

Le terme manga est le terme donné à la bande dessinée japonaise. Pour beaucoup, cela englobe aussi les dessins animés (au Japon, on ne parle pas d’anime mais plutôt de terebi manga), les illustrations d’inspiration « manga », le cosplay, etc. c’est-à-dire tout ce que l’on pourrait regrouper dans un ensemble nommé « culture manga ». Au Japon, pour la bande dessinée, on parle souvent de comics (komikku).

Si en France, on connait les mangas principalement sous forme reliée, au Japon, les mangas sortent généralement dans des magazines de prépublication (comme cela se faisait pour la BD franco-belge, notamment dans les années 1950-1960 avec Pilote, Tintin, Spirou). Ensuite, une fois qu’il y a assez de chapitres, le manga sort en format relié, c’est-à-dire sous la forme d’un livre (tankobon). Certains magazines sont hebdomadaires, d’autres bimensuels, mensuels, trimestriels, voire annuels (les « spéciaux »).

Il y a de très nombreux magazines de prépublication (mangashi) et ils visent tous une tranche d’âge et un genre différents. C’est un marché très segmenté et c’est donc en fonction du public principalement visé que l’on va pouvoir les classifier. Voici les principales catégories :

Garçons : shônen (pré-ado, ado) – young seinen (post-ado)
Filles : shôjo (pré-ado, ado, post-ado)
Adultes : seinenjosei / ladies comics – alternatifs (étudiant·e·s, salarié·e·s, femmes au foyer)

Il s’agit là de cœurs de cible, le lectorat est plus étendu et les limites des catégories sont parfois assez floues. Les filles ou les adultes peuvent lire du shônen là où on ne verra quasiment aucun garçon lire du shôjo. Toutefois, les magazines récents, notamment ceux disponibles uniquement en ligne, sont de plus en plus multi audiences.

Il y a aussi de nombreux genres qui sont abordés dans des magazines spécialisés. Ils ont aussi un cœur de cible axé sur le thème qui compte plus que la tranche d’âge et le sexe. Voici quelques exemples de mangas de genre : horreur / fantastique, mah-jong, Gundam (franchise à succès mettant en scène des robots géants) , boys’ love (yaoi), érotisme ou pornographie, lolicon (lolita complex) / moe (mignon), yonkoma (gags en quatre cases), etc.

 

 

Quelques grandes dates de l’histoire du manga au Japon :

1902 : Première véritable bande dessinée japonaise. À l’époque, la BD est quasi- exclusivement diffusée dans la presse, notamment satirique.
1914 : Création du Shônen Club, magazine (mensuel) pour les garçons. Il y a peu de BD à l’intérieur, surtout du rédactionnel, des prépublications de romans courts, des illustrations. Au fil des années, le manga va prendre de plus en plus de place dans les magazines pour enfants.
1923 : Arrivée du Shôjo Club pour les filles.
1947 : Sortie de La Nouvelle île au trésor d’Osamu Tezuka et de Shichima Sakai, un akahon (manga au format livre à petit prix surtout diffusé dans la région d’Osaka) qui connait un grand succès et lance le story manga (c’est-à-dire une histoire longue, dynamique, épique).
1955 : Des tankobon reprenant les histoires prépubliées rencontrant le plus de succès sont édités pour la première fois en ce qui concerne le manga moderne (mais le système existait déjà dans les années 1920, notamment pour les romans et les illustrations).
1956 : Passage au rythme hebdomadaire de plusieurs magazines, ce qui entraine un développement du manga et une forte demande d’auteurs, ce qui permet à la profession de se féminiser durant les années 1960. Auparavant, il n’y avait pratiquement que des hommes auteurs de manga, même pour les magazines qui s’adressaient aux filles.
1959 : Lancement du Weekly Shônen Magazine de Kodansha et du Weekly Shônen Sunday de Shôgakukan, les deux plus gros éditeurs de livres et de magazines au Japon.
1963 : Lancement du Margaret de Shueisha (principal mangashi pour les filles, qui a joué un rôle très important dans le développement du manga au féminin).
1965 : Arrivée de Garo, premier magazine alternatif proposant du gekiga (manga sombre, se voulant plus ou moins social, pour un public plus âgé).
1967 : Lancement du Manga Action Weekly de Futubasha, premier magazine seinen.
1968 : Lancement du Weekly Shônen Jump de Shueisha (principal mangashi pour les garçons) et du Big Comic de Shôgakukan (seinen).
1994 : Le Weekly Shônen Jump est au sommet avec un peu moins de 6,5 millions d’exemplaires imprimés chaque semaine. Le tirage est inférieur à 2 millions depuis 2017 mais il reste de loin le plus important de tous les magazines de manga.
1996 : Début de la crise du marché du manga.
2005 : Le chiffre d’affaire des tankobon dépasse celui des mangashi. Les magazines papier ont vu leurs ventes chuter, beaucoup ont disparu et la prépublication se fait de plus en plus sur Internet, surtout depuis le début des années 2010. Par contre, les ventes de mangas reliés restent relativement stables, preuve d’un changement de consommation du manga par les lecteurs.

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Comment sont faits les mangas au Japon ?

Tout part du magazine de prépublication (sauf rares exceptions comme celle des anthologies). Chaque magazine a un rédacteur en chef qui dirige le mangashi et qui définit la ligne éditoriale. Il y a surtout une équipe d’éditeurs (tanto), ceux-ci étant chargés de superviser un certain nombre d’auteurs (mangaka). Ce sont les tanto qui vont voir avec chaque auteur·e dont ils ont la charge comment réaliser un chapitre pour le prochain numéro à paraitre. Le rythme de parution du magazine conditionne la taille du chapitre et la fréquence des réunions. Pour un hebdomadaire, l’auteur·e doit produire généralement 16 pages. Pour un bimensuel, on est généralement à 20-30 pages, pour un mensuel, c’est entre 40 et 60 pages.

Les mangaka travaillent rarement seul·e·s, ils ou elles montent un studio et réalisent leur manga en équipe (payée sur les propres revenus des auteur·e·s). Ils ou elles sont généralement assisté·e·s par des personnes (les assistant·e·s) qui vont réaliser des tâches précises (gommer les crayonnés, poser des trames, dessiner telle ou telle partie du décor, etc.). Le nombre d’assistant·e·s est très variable, il dépend du nombre de pages à rendre, des séries en cours. Cela peut aller de un à plus d’une dizaine. Généralement, plus on s’approche de la date de rendu, plus il y a d’assistant·e·s. Dans les années 1970, Osamu Tezuka avait mis en place les 3 × 8 : il avait trois équipes d’assistants qui se relayaient 24 heures sur 24 dans les locaux de l’auteur. Le studio est généralement situé dans un appartement loué pour l’occasion (permettant de dormir sur place en période de bouclage) ou chez l’auteur·e dans une pièce dédiée à cet usage.

Un chapitre est généralement réalisé ainsi : L’auteur·e conçoit le scénario en réalisant un brouillon, une sorte de story-board qu’on appelle le name (namu). Ce brouillon contient les dialogues, les grandes lignes de la mise en page (la narration). Ensuite, l’auteur·e va rencontrer son ou sa tanto pour en discuter, soit dans les bureaux du magazine, soit dans un café. Les tanto peuvent demander des changements (et ne  s’en privent pas), estimant que telle ou telle partie n’est pas assez bonne, donnant ainsi des conseils pour rendre l’histoire plus attractive. Cela peut concerner un point de vue, un enchainement de cases, un dialogue, etc. Une fois que mangaka et tanto sont d’accord sur le chapitre, il est temps de passer au crayonné. C’est l’auteur·e qui s’en occupe et qui dessine toute les pages au crayon. Ensuite, c’est la phase de l’encrage. L’auteur·e peut s’en occuper entièrement ou déléguer une partie plus ou moins importante du dessin à encrer (les décors, les onomatopées, une partie des personnages). Les trames sont généralement posées par les assistant·e·s, tout comme la typographie des dialogues (qui peut aussi être faite par l’imprimeur). Une fois que tout est terminé (généralement juste à temps), les planches sont rendues au tanto qui les remet à l’imprimeur.

Pour un hebdomadaire, cela occupe généralement six jours sur les sept de la semaine. Le dimanche, l’auteur·e peut se reposer. Les assistant·e·s, pour un hebdomadaire, interviennent généralement les trois derniers jours. Mais cela peut varier d’un·e auteur·e à l’autre, selon sa façon de travailler. Créer des histoires pour un mensuel donne plus de temps pour s’organiser, mais il y a souvent plus de planches à produire. Il est à noter que certain·e·s passent d’un magazine hebdomadaire à un mensuel car ils ou elles n’arrivent pas à suivre le rythme ou que cela correspond mieux au récit. Il y a aussi la possibilité de paraitre un numéro sur deux.

De plus en plus, les mangashi ne sont plus imprimés mais sont disponibles uniquement sur Internet. La lecture sur téléphone portable est une façon de consommer du manga qui est de plus en plus  importante au Japon.

Lorsqu’il y a assez de chapitres pour faire un manga relié (entre 180 et 210 pages, généralement), un tome de la série est imprimé et mis en vente, éventuellement après des corrections voulues par l’auteur·e. Pour les séries à succès, il peut y avoir au fil des années des rééditions successives (à ne pas confondre avec une réimpression). Généralement, il s’agit d’une version poche (bunko) qui contient généralement un tome et demi (environ) de la série originelle. Il y a aussi des rééditions au format deluxe (plus grand avec les pages couleurs de la prépublication). Il existe d’autres formes de réédition (notamment pour des chaînes de magasin) qui contiennent généralement un nombre plus important de chapitres.

 

 

Comment devient-on mangaka ?

La plupart des auteur·e·s sont devenus mangaka en ayant gagné un des nombreux concours pour débutants qui existent dans de nombreux magazines de prépublication. C’est la voie privilégiée de recrutement des magashi. Mais auparavant, ces apprentis mangaka ont beaucoup dessiné depuis l’enfance et ont généralement fait partie du club manga de leur école (notamment au lycée, mais aussi à l’université). Ils ou elles ont ainsi fait du manga en amateur avant de tenter de passer professionnel. Ils ou elles peuvent aussi avoir passé plus ou moins de temps en tant qu’assistant·e dans un studio avant de réussir à placer une histoire ici ou là.

Il existe aussi des écoles préparant au métier de mangaka. Ce sont généralement des écoles privées post-lycée ou un enseignement que l’on suit en cours du soir lorsqu’on est étudiant. Depuis plusieurs années, être dojinshika à succès permet aussi de débuter une carrière professionnelle, surtout dans le domaine du shôjo manga sans avoir eu besoin de gagner le concours d’un magazine. Enfin, la recommandation est aussi une façon d’être engagé·e.

Avec la crise du manga qui dure depuis de nombreuses années, les rédacteurs en chef des magazines de prépublication (surtout shônen) ont été obligés de renouveler leur ligne éditoriale et surtout de chercher de nouveaux profils en dehors de la voie de recrutement privilégiée du concours de débutants, les histoires soumises étant souvent estimées par le jury comme étant d’un niveau trop faible et étant trop formatées.

Lorsqu’on a remporté le premier prix ou un des accessits d’un concours (il y en a un tous les ans ou tous les six mois, chaque magazine important ayant le sien), on reçoit une certaine somme correspondant au prix remporté. Surtout, on est remarqué et pris en charge par l’équipe rédactionnelle. L’histoire primée est généralement publiée dans le mangashi organisant le concours (ou une de ses déclinaisons), parfois dans un numéro spécial thématique,  parfois en bouche trou en cas de retard de remise d’un chapitre par un·e des auteur·e·s du magazine. Les tanto vont aussi commander une ou plusieurs histoires qui serviront éventuellement de bouche-trou ou seront publiées dans une des déclinaisons du mangashi (les numéros spéciaux permettent notamment de le faire). Si le succès est au rendez-vous, une série régulière est alors mise en place. C’est le début d’une carrière stable de mangaka… Enfin, stable tant que les histoires plaisent un minimum, chaque magazine demandant de noter les histoires publiées dans le numéro grâce à des cartes réponses.

Les auteur·e·s sont rémunéré·e·s pour la prépublication (parfois insuffisamment), puis touchent des droits d’auteurs sur les versions reliées. Surtout, ils ou elles gardent les droits pour les produits dérivés (sauf s’il s’agit d’un travail de commande, le manga étant alors lui-même un produit dérivé). De ce fait, il est très important pour les mangaka d’avoir une adaptation en animé car cela rapporte, financièrement parlant, et donne un coup de projecteur important sur la série.

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Les dôjin et le monde du manga « amateur »

Il est possible de faire du manga en dehors des maisons d’éditions déjà installées. Il existe un marché du manga « amateur » qui est devenu suffisamment important pour permettre d’en vivre. Les dojinshi sont apparus dans les années 1950 dans le cadre des clubs mangas qui existent notamment dans de nombreux lycées. Des « cercles » se forment, c’est-à-dire des groupes de personnes travaillant sur un même projet. Ces cercles sont sortis petit à petit du monde éducatif pour exister plus ou moins formellement en dehors, tout en se « professionnalisant ». Les mangas auto publiés sont généralement des one-shots (histoires auto conclusives) de quelques dizaines de pages racontant une histoire qui peut être la parodie d’une série à succès, ou être un récit original.

Beaucoup de dôjin sont à connotation sexuelle et peuvent être très explicites, notamment ceux reprenant les personnages de séries existantes. Si ces publications sont considérées comme illégales dans ce cas, elles sont (de moins en moins) tolérées par les éditeurs et les ayant-droits. Si la parodie a trop de succès commercial et rapporte trop aux dôjinshika, l’interdiction a de fortes chances de tomber.

La vente de ces ouvrages se fait par Internet et surtout par le biais des conventions. Il existe même des anthologie publiant du dôjin. La plus importante convention est le Comiket (comic market) qui se déroule deux fois l’an au au Tokyo Big Sight. On peut en avoir un petit aperçu en France en allant à Japon Expo, dans l’espace fanzine. Mais pour le Comiket, il faut imaginer un espace fanzine de plus de 30 000 stands (composés d’une simple table) accueillant plus de 500 000 visiteurs en trois jours. Il existe d’autres conventions au Japon, plus petites, comme le Comitia à Tokyo ou le Gataket à Niigata.

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Vous reprendrez bien un peu de japonisme ?

Japonismes2018

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’année 2018 est aussi celle des « japonismes » (il n’y a pas que le football dans la vie). En effet, depuis le mois de juillet, il se déroule (principalement sur Paris) une série d’activités culturelles liées aux 160 années des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Bien entendu, ce sont principalement les expositions qui m’intéressent. Elles sont nombreuses et variées, d’autant que celles en relation avec la culture ou la société japonaise ne sont pas toutes rattachées à Japonisme 2018 . D’ailleurs, je n’ai pas attendu cet ensemble de manifestations pour suivre de près celles qui sont en rapport avec le Japon.

Prenant conscience à la mi-aout qu’il y avait trois expositions (dont une seule fait partie du programme) qui allaient se terminer début septembre, je me suis retrouvé à me faire une sorte de grand week-end « japonisme ». C’est ainsi que je suis allé voir « teamLab : Au-delà des limites », « Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie » et « Junya Ishigami – Freeing  Architecture », soit une exposition d’art contemporain, une autre de bandes dessinées et, enfin, une d’architecture. Si ce n’est pas de la variété, ça… De plus, il devrait y avoir au programme d’ici la fin de l’année des visites à la MCJP, aux Arts décoratifs, à Guimet et à Branly, sans oublier un petit passage à Beaubourg.

teamLab : Au-delà des limites

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C’est la première exposition de la série, la seule des trois, donc, qui soit réellement rattachée à Japonismes 2018. J’y suis allé surtout pour pouvoir faire des photos sortant un peu de l’ordinaire. Mission réussie même si elles sont assez banales, les plus intéressantes étant quelques portraits de Shermane, que vous ne pourrez pas voir, cette dernière désirant garder un certain anonymat. Seul·e·s quelques privilégié·e·s ont pu voir ces fameux portrait bariolés de couleurs.

En effet, quand je compare mes création aux meilleures photos disponibles sur Instagram, je ne peux constater que, si une grande majorité sont plus mauvaises que les miennes (mais d’un point de vue technique uniquement), il y en a beaucoup qui sont largement plus réussies, tant sur le plan artistique que sur celui de la réalisation (elles n’ont pas dû être prises au smartphone).

À part ça, j’ai quand même trouvé l’exposition trop chère pour ce qui nous était présenté. Il n’y a que sept « salles » et il est nécessaire de rester longtemps dans chaque, d’avoir la patience de voir évoluer les scènes projetées, de réussir à s’immerger dans l’ambiance proposée par les artistes qui ont conçu les installations. Je n’ai eu rien de tout ça et je me suis relativement rapidement ennuyé malgré le côté spectaculaire des vidéo projections. Néanmoins, ça reste une expérience intéressante ; j’ai fait des expositions d’art contemporain qui m’ont bien plus déplu que celle-ci (Cy Twombly, par exemple).

(teamLab : Au-delà des limites à La Grande Halle de la Villette, du 15 mai au 9 septembre 2018)

Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie

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Ambiance totalement différente avec l’exposition Mangasia. Certes, j’avais acheté en son temps l’ouvrage éponyme de Paul Gravett (commissaire de la présente manifestation). Cependant, rien ne vaut la possibilité de voir réellement les ouvrages, de pouvoir apprécier leur taille, leur ancienneté, et de profiter d’une certaine mise en ambiance. Pour le coup, il fallait être motivé car il était nécessaire d’aller à Nantes (pour une fois qu’une exposition BD d’importance ne se déroule pas à Paris ou à Angoulême). Heureusement que ma complice de bande dessinée a-yin est toujours partante pour des virées plus ou moins lointaines dès que ça concerne un de ses sujets de prédilection.

Le point fort de cette exposition est la présence de nombreuses bandes dessinées venues de pratiquement toute l’Asie (principalement de l’Est et du Sud-Est, mais aussi du Sud). Il est vraiment intéressant de voir la production thaïlandaise ou philippine (par exemple), totalement ignorée par l’Occident. Si la Corée du Sud était peu présente, il y avait une place assez importante donnée aux Chines (RPC, HK, Taïwan), plutôt dans une perspective historique et il y avait une prépondérance du manga. De ce fait, il y avait un réel déséquilibre entre les différentes nationalités. Toutefois, il est facile de comprendre la raison de cette hégémonie du Japon. Comme j’en ai convenu dans la partie commentaires avec Rémi I., l’auteur d’un billet sur l’exposition, le Japon a phagocyté les marchés BD de toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est, les Philippines étant bien le seul pays à rester sous l’influence des comics (au point que la BD s’appelle Komiks, là-bas). Et cette prédominance s’est faite aussi stylistiquement. Il suffit de voir le nombre de « manga-like » produit en Corée du Sud, à Hong-Kong ou à Taïwan (pour parler des marchés que l’on connait le mieux en France par leurs traduction et la présence de ces pays au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême).

De l’exposition « Mangasia », outre un aspect légèrement « foutraque » de l’exposition qui mélangeait assez allégrement les époques et les origines géographiques à l’intérieur de zones thématiques, je retiens surtout une belle diversité, une volonté de laisser une place certaine à la bande dessinée féminine (c’est surtout vrai pour le manga) et une belle section dédiée au sexe dans la bande dessinée asiatique. Ainsi, Paul Gravett n’a pas laissé de côté les représentations érotiques (voire pornographiques) à destination d’un public masculin (hétéro ou homo) ou à destination des femmes (hétéro ou homo, là aussi). Les expositions de BD (ou les articles de presse) ont tendance à oublier les femmes (les homos aussi, sans parler des autres minorités) dès que cela fait sortir d’une vision masculine du sexe. Notons que ce pan de la bande dessinée est très largement absent de l’ouvrage Mangasia.

Sinon, mention spéciale pour les planches d’est em, de Takako Shimura et de bien d’autres qui ont comblé de joie a-yin. Par contre, ça « manquait grave » d’œuvres de Moto Hagio et ça mériterait presque un carton jaune, là… ha ha ! Un autre point très appréciable de l’exposition est la tentative de montrer le manga au-delà de sa forme papier. Si l’évolution vers le net n’est pas très développée (les webtoons coréens, la prépublication en ligne au Japon, etc.), les trois projections d’extraits d’animés et de drama (série en prises de vue réelle), le petit jeu avec un Gundam et la projection de deux reportages tirés de la série Urasawa Naoki no Manben (des rencontres entre Naoki Urasawa et un·e mangaka), surtout celui consacré à Akiko Higashimura, proposent une diversité intéressante.

(Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie au Lieu Unique à Nantes, du 30 juin au 16 septembre 2018)

Junya Ishigami – Freeing  Architecture

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Passons à un domaine complètement différent, celui de l’architecture, japonaise en l’occurrence. Ce n’est pas la première fois que nous nous intéressons à l’architecture (il s’agit d’un des beaux-arts après tout). Je me souviens de l’excellente exposition photo « Japon, l’archipel de la maison » à la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris en 2015. Junya Ishigami est un jeune architecte qui a une vision très personnelle de ce à quoi doivent ressembler les bâtiments. Il réussit à allier design et architecture, ce qui donne des résultats assez époustouflants (pratique, je ne sais pas, mais impressionnant, c’est certain).

En règle générale, les expositions de la Fondation Cartier sont intéressantes car sortant souvent des sentiers battus. Il s’agit d’art contemporain loin des « fumisteries » (selon mon point de vue tranché et un peu fermé) que l’on peut voir régulièrement au Palais de Tokyo ou à Beaubourg. Celle-ci ne nous a pas déçus, avec de nombreuses maquettes expliquées par des cartels bien remplis, sans oublier des plans, vidéos ou photos et autres supports visuel. Comme le faisait remarquer manu, un des membres du petit groupe de mangaversiens fans d’exposition, on est cependant en droit de se demander si nombre des œuvres exposées ne risquent pas de rester à l’état de projet. En effet, la plupart ne sont pas achevées et ne semblent même pas être commencées.

La petite salle du sous-sol est parfaite pour s’endormir tant elle est sombre et qu’une des deux vidéos (41 minutes) nous berce de sa voix monotone (une Chinoise parlant un anglais très clair, rendant le sous-titrage en français inutile) et parfaitement soporifique. L’entretien (en japonais, sous-titré en français et en anglais), d’une durée de 21 minutes, passe heureusement nettement mieux. Quoi qu’il en soit, j’ai pu faire des photos intéressantes, malgré la foule (pourtant nous sommes venus tôt un dimanche matin). Voilà qui prouve, s’il le fallait, le succès de l’exposition, succès claironné par la Fondation Cartier, succès valant une prolongation qui nous a permis d’y aller !

(Junya Ishigami – Freeing Architecture à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, du 30 mars au 9 septembre 2018)