La Cantine de minuit

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Un restaurant sans prétention situé au fond d’une ruelle du quartier de Shinjuku a pour particularité d’être ouvert uniquement le soir, généralement de minuit à sept heures du matin. Le patron a pour habitude de servir ce que lui demande sa clientèle, à condition qu’il ait les ingrédients. Et il propose aussi du saké, ce qui est important, vu la faune disparate qui fréquente son établissement.

La placidité du patron combinée à sa dextérité pour confectionner n’importe quel plat simple mais typique de telle ou telle région du Japon font du restaurant le lieu privilégié pour finir la nuit, que l’on soit yakuza, policier, prostituée, amateur/e de bon petits plats, fêtard, artiste, artisan ou simple passant. Les habitués savent recevoir les nouveaux venus, tout comme le tenancier. Ainsi, on finit toujours par y revenir, du moins, tant qu’on est à Tokyo.

La Cantine de minuit est une série toujours en cours au Japon, chaque tome français compilant deux tomes de la version originale (18 volumes sortis à mai 2017). Elle composée de petites histoires indépendantes mettant en scène un cuisinier et ses clients. Ces derniers viennent souvent exposer leurs soucis ou leurs petits bonheurs. Il en résulte une mosaïque de tranches de vies, celles des personnes qui passent par le restaurant…

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Yaro Abe est un mangaka atypique du fait de son parcours professionnel et artistique. Né en 1963, il ne débute sa carrière d’auteur professionnel de bandes dessinées qu’à l’âge de 41 ans, après avoir passé vingt années à être directeur artistique dans une société spécialisée dans la publicité. Il connait le succès assez rapidement après avoir gagné un prix réservés aux débutants organisé par l’éditeur Shôgakukan.

La Cantine de minuit est en permanence adaptée pour la télévision et le cinéma en Asie du Sud-Est : un drama de 10 épisodes en 2009, un autre en 2011 et un troisième en 2016 (par Netflix pour ce dernier) au Japon, une série TV en Corée en 2015 et une autre en Chine en 2017. À cela, s’ajoutent deux films long métrage en 2016 et 2017 au Japon. Il faut dire que le format du manga (des saynètes) se prête bien à ce type d’adaptation.

Sur un dessin personnel, faussement naïf, Yaro Abe dessine par petites touches un Japon peu connu, celui des petites gens, et décrit leur vie de tous les jours, avec les joies et tristesses qui en découlent. Chaque chapitre, auto conclusif, est une réussite grâce à des dialogues emprunts de compassion et de subtilité. Alors, certes, il ne se passe pas grand-chose, mais ce pas grand-chose est traversé par une joie de vivre calme, paisible et enchanteresse…

Chronique manga : Ranma ½

RANMA EDITION ORIGINALE

Fils de Genma Saotomé, fondateur de l’école en arts martiaux mixte et sans complexe à la mode « Saotomé », Ranma est revenu d’un entraînement en Chine avec son père. Il doit épouser une des trois filles du maître du dojo Tendo afin d’en prendre plus tard la responsabilité. C’est décidé, ça sera Akané, véritable garçon manqué et combattante hors pair. Néanmoins, il y a un petit problème : Ranma est une fille ! Du moins lorsqu’elle a été exposée à de l’eau froide. Chaude, l’eau la fait redevenir le garçon qu’elle était avant de tomber dans la source maléfique de la jeune fille. Quant à son père, il est tombé dans la source maléfique du panda. Depuis, ils sont victimes d’une malédiction et changent de forme au contact de l’eau. La vie d’expert en arts martiaux est décidément tout sauf tranquille. Ah, et autre problème : Ranma et Akané n’arrivent pas à s’entendre et passent leur temps à se chamailler.

Longtemps attendue par les fans de la série, la réédition de Ranma ½ est enfin là, en volumes doubles ! Bénéficiant d’une nouvelle traduction, d’une nouvelle adaptation graphique avec un sens de lecture japonais et d’une impression plus aux normes actuelles, il ne reste plus qu’à espérer qu’elle trouvera un nouveau public, dépassant celui des fans de l’animé qui était diffusé dans les années 1990 dans le fameux « Club Dorothée », et des lecteurs de la première heure (Glénat a édité les 38 tomes de la série entre 1994 et 2002). Quinze années plus tard, alors que le marché et le lectorat du manga francophone ont profondément changé, la réussite commerciale n’est pas assurée, surtout que la première édition était déjà un demi-échec.

Pourtant l’œuvre ne manque pas de qualité : le rythme est élevé, grâce à sa prépublication originelle dans un hebdomadaire. En effet, chaque chapitre, à l’exception du premier, fait une vingtaine de page et ils sont regroupés en petits arcs narratifs, ce qui permet de développer le récit par petites touches. Grâce à l’arrivée de plusieurs personnages emblématiques comme Kuno et Ryoga, les lecteurs et lectrices ne s’ennuient pas un seul instant. L’humour est omniprésent sans être burlesque ou grossier. Il nait de la confrontation des personnalités, toutes assez déjantées et loufoques, et repose sur des running-gags efficaces. Ranma ½ est ainsi dans la droite ligne d’Usurei Yatsura – Lamu, sa précédente série pour jeunes garçons.

Il faut dire que Rumiko Takahashi a une spécificité : bien que femme, elle est publiée dans un magazine shônen, c’est-à-dire pour jeunes garçons. Sans être véritablement pionnière, elle montre toutefois une voie à ses consœurs car elle est la première à rencontrer un énorme succès critique et commercial en ne s’exprimant qu’en dehors des mangas shôjo (pour jeunes filles). En 2017, elle vient de fêter ses 60 ans, dont presque 40 au service du manga. Elle a vendu plus de 200 millions d’ouvrages, ce que peu d’auteurs BD ont réussi dans le monde. Pourtant, si elle a été traduite dans de nombreuses langues occidentales et asiatiques, que ses adaptations en dessins animés ont marqué des générations de téléspectateurs à travers le monde, elle n’a pas l’aura d’un Tezuka, d’un Toriyama, d’un Otomo ou même d’un Oda chez le grand public.

En effet, son humour est trop spécial, reposant peut-être trop sur la culture et l’imaginaire japonais sans pour autant faire explicitement référence à mythologie asiatique. De même, son dessin n’a pas fait explicitement école. Il faut avouer qu’il n’est pas réellement original, notamment à l’époque, c’est-à-dire dans les années 1980-1990. En nos contrées, il n’y a qu’Elsa Brants qui a revendiqué son influence pour sa série Save me Pythie. Il ne reste plus qu’à espérer que la présente réédition remette sur le devant de la scène francophone une auteure qui a permis la féminisation du manga à destination d’un public masculin, au point d’avoir maintenant (sans qu’aucune étude ne permette de le calculer) un pourcentage non négligeable d’auteures s’exprimant dans des supports shônen et seinen (pour jeunes hommes).

Chronique BD : Oualou en Algérie

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Nadir (et pas Madir !) Oualou est détective privé dans la banlieue nord-est de Paris (le 9-3, quoi…) et il n’est pas débordé par le travail. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir refuser une mission : aller en Algérie retrouver la fille de Nicole Benhamou qu’elle n’a pas pu ramener en France. En effet, son mari est resté pour aider le Front Islamiste du Salut et n’a pas permis à la petite Mina de quitter le pays. Il faut dire que notre détective a toujours détesté aller au bled. Cependant, ce refus devient impossible avec l’irruption de la propre mère de Nadir qui lui ordonne d’aller à Alger commencer son enquête : la famille l’aidera sur place. Et le voilà parti pour le pays de ses ancêtres, lui qui est français… comme Zidane !

Oualou en Algérie n’est pas une réelle nouveauté car l’œuvre a été autoéditée en 2011 par le dessinateur Lounis Dahmani. Elle a été colorisée par Drac (aidée de Reiko Takaku) pour la présente réédition. Lounis Dahmani n’est pas totalement inconnu en France, il a dessiné notamment deux tomes de Lost Conquistadores chez Tartamudo il y a quelques années et avait publié auparavant un recueil de gags chez Bethy. Ancien dessinateur de presse en Algérie, il est revenu en France (il y est né avant de suivre ses parents en Kabylie à 16 ans). La guerre civile algérienne des années 1990 rendait en effet la vie impossible aux humoristes et caricaturistes. Après quelques années de galères, il réussit à se reconvertir dans le multimédia.

Le scénariste, Gyps a, lui aussi, été dessinateur de presse en Algérie avant de devoir fuir en France. Pourtant, sa première carrière professionnelle dans une entreprise d’état d’hydrocarbures ne l’avait pas disposé à devenir une cible pour les islamistes du fait de ses dessins politiques. En France, il doit lui aussi vivre de petits boulots avant de se trouver une nouvelle voie : comédien, notamment au sein d’une compagnie proposant des spectacles pour enfants. Il crée aussi un one-man show « Algé-rien » qu’il joue régulièrement. Il a aussi publié entre 1996 et 2009 plusieurs recueils de gags épinglant les Algériens des deux côtés de la méditerranée avant de créer le personnage de Oualou avec Lounis Dahmani qu’il connaissait depuis de longues années.

L’éditeur La Boite à Bulles n’hésite pas à invoquer Pétillon et son Enquête corse pour présenter Oualou en Algérie. Il faut dire que le parallèle fait avec la fameuse bande dessinée de Jack Palmer est pertinente. Ici, le peuple algérien, et surtout ses petits travers, est souvent moqué avec beaucoup de tendresse, les auteurs sachant toutefois rester critique sur certains comportements masculins, notamment envers les femmes. Par contre les auteurs sont sans la moindre gentillesse envers les radicalisés, les terroristes. Il faut dire que c’est à cause de la guerre civile algérienne que les deux auteurs ont dû s’exiler en France, ce qui n’aide pas à trouver une certaine aménité, il faut le reconnaître.

Oualou en Algérie est une réussite tant son propos est intelligent. Les traits d’humour s’insèrent parfaitement au récit, y compris les quelques running-gags comme ceux autour de Zidane ou de Madir. Les dialogues, les personnages et les situations sont particulièrement savoureux et ne demandent pas au lecteur d’être d’origine algérienne pour les comprendre et les apprécier. L’écriture est soutenue par un dessin plaisant et efficace. En effet, le dessin de Lounis Dahmani propose un trait semi-réaliste qui fait bien ressortir les expressions et qui n’est pas sans rappeler celui de Pétillon auquel il rend hommage dès la première planche. Il résulte de l’ensemble de ces 66 pages un véritable plaisir de lecture. On se laisse aller à rêver d’une suite. Oui, on a espoir que cette réédition débouche sur de nouvelles aventures de Nadir Oualou.

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Pourquoi WordPress ?

Nostalgique d’Internet d’il y a 15 ans, au moment de la multiplication des forums permettant aux passionnés de tel ou tel sujet de se retrouver virtuellement et de discuter, je suis resté réfractaire à son évolution allant toujours plus vers les réseaux sociaux et, pire, l’instantanéité et la recherche d’audience. C’est ainsi que j’ai refusé d’avoir un blog, puis un compte twitter, puis un compte Facebook, puis… etc. Pendant longtemps, écrire des chroniques/articles BD sur deux sites m’a suffit. Il faut dire que c’est une activité très chronophage.

Malheureusement, à part accepter de se couper du monde virtuel, impossible de ne pas suivre le mouvement. Après avoir mis en place un site perso, testé Google+, créé des comptes Facebook, linkedin, puis un Pinterest, puis un Instagram, puis un Tumblr… j’en arrive à créer un WordPress. Il s’agit d’un univers qui m’est plus familier (j’en avais installé un sur un de mes sites il y a longtemps, avant de me dire que je n’avais rien à y mettre et de tout supprimer) et permettant de s’exprimer de façon développée.

Néanmoins, je reste persuadé que « c’était mieux avant » 🙂

Pour répondre à la question, j’ai donc choisi WordPress (en gratuit pour le moment, je paye assez pour mes différents sites web) pour poster des textes en bénéficiant de la simplicité des blogs et de leur intégration simplifiée aux réseaux sociaux (enfin, j’imagine que c’est le cas ici). Après  avoir passé un peu de temps sur tumblr, je me suis aperçu que ce n’était pas adapté à mes propos, aussi bien techniquement que visuellement et « socialement ». On verra bien si j’arriverai à durer… 🙂