L’Art est aussi une question de sensations

2018-05-Enfers-Kupka

Récemment, sur un même week-end, j’ai eu l’occasion de faire deux expositions qui proposaient une « expérience » totalement différente. En effet, passer de la chaleur (au sens propre comme au sens figuré) asiatique à la froideur slave s’est révélé être un changement assez marquant, notamment sur le plan des perceptions . Pourtant, le sens commun associe plutôt l’art aux émotions et l’on ne s’attend pas à devoir ressentir littéralement des sensations physiques en visitant une exposition. C’est peut-être pour cela que visiter deux expositions aux environnements si opposés m’a permis de mieux comprendre que l’art n’est pas qu’intellectuel ou émotionnel. Certes, des performances ou des installations immersives peuvent chercher à solliciter les sens des spectateurs. De plus, il n’est pas interdit de penser que le commissaire et les scénographes d’Enfers et fantômes d’Asie aient aussi pensé leur manifestation comme devant être immersive et spectaculaire. À l’inverse, l’exposition consacrée à Kupka ne doit-elle pas être à l’image que l’on pourrait se faire de l’artiste, c’est à dire une vision de l’art surtout intellectualisée ?

Enfers et fantômes d’Asie

Musée du quai Branly – Galerie Jardin – Jusqu’au 15 juillet 2018

Aller à Branly un samedi après-midi n’est pas une bonne idée (habituellement, nous y allons le dimanche matin, à l’ouverture) tant il y a la foule pour visiter le musée à cette période de la journée. Certes, j’ai vu bien pire au Grand Palais ou à Orsay (par exemple) mais côtoyer autant de monde (l’exposition semble rencontrer un franc succès) dans un lieu aussi exigu peut rendre la visite assez éprouvante. Chaleur, manque de lumière, bruit, cris et pleurs, foule entassée : pas de doute, nous étions bien en enfer !

Il faut d’ailleurs saluer la mise en situation des visiteurs : couleurs rouge et noir pour la partie dédiée aux enfers, avec une certaine difficulté pour circuler et à accéder aux œuvres, couleurs grises et noir pour les fantômes, esprits et autres revenants, et enfin blanche (ou orangée) et noir pour la fin, celle des gardiens des sépultures. La partie la plus marquante est sans conteste la première avec ses nombreuses vidéos et représentations « réalistes » de supplices, sans oublier le passage de la porte des enfers. La zone des diverses représentations des fantômes et compagnie, notamment japonais, est plus « classique ». Toutefois, l’apogée du repoussant est sans conteste atteinte avec la l’espace dédié à la représentation des spectres thaïlandais. Âmes sensibles s’abstenir (et enfants, à écarter), hé hé !

À l’arrivée, nous avons là une bonne exposition, variée, avec une scénographie spectaculaire mais un peu pauvre en information et en contextualisation. En tant que fans de bande-dessinée (notamment asiatique), il est difficile de ne pas être déçu par la partie manga bien trop focalisée (donc trop restreinte) sur quelques noms comme Mizuki et Umezzu. De plus, le catalogue est assez décevant car trop d’œuvres n’y sont pas reproduites. Dommage car les textes semblent être de qualité…

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Kupka, pionnier de l’abstraction

Grand Palais – Entrée Champs-Élysées – Jusqu’au 30 juillet

Changement de décor radical avec l’exposition événement du Grand Palais : une grande rétrospective retraçant l’œuvre de František Kupka, de ses débuts à ses dernières créations. Il n’y a pas grand monde pour arpenter les travées, ce qui n’est pas étonnant en y allant un lundi, de plus journée à moitié fériée. S’il fait chaud dehors, ce n’est pas le cas dans l’aile Champs-Élysées à la climatisation pour le moins « efficace ». Ainsi, la faible température se retrouve être en accord avec les grands murs blancs et une certaine froideur des œuvres (même si l’artiste semblait beaucoup apprécier le jaune et l’orange), notamment dans le cas des illustrations et des peintures, ces dernières n’étant pas nécessairement abstraites.

Le classicisme de la scénographie tranche avec l’exposition du samedi précédent, son « efficacité » et sa pédagogie aussi. Sur une base chronologique, ce qui est toujours plus simple à présenter, les visiteurs découvrent ainsi l’évolution de l’artiste. Cela n’enlève rien à l’intérêt de la manifestation, bien au contraire. Il est toujours enrichissant de voir (et comprendre) comment un artiste peut passer du figuratif à l’abstraction, de voir son œuvre se construire au fil du temps. De même, les travaux de Kupka en tant qu’illustrateur « anticapitaliste » sont intéressants à observer, d’autant plus qu’ils sont particulièrement mis en valeur. Pour en revenir à la froideur, certes, les tableaux sont souvent très colorés, mais cela reste froid car manifestement réfléchi, posé, grâce à une représentation géométrique de l’abstraction. Pourtant, de la passion, l’artiste en avait, mais il la maîtrisait, manifestement !

Une excellente exposition, certes conventionnelle, mais qui permet de mieux comprendre, et donc de mieux apprécier, l’abstraction dont Kupka est devenu un des maîtres. Les grands formats présentés sont superbes et pourraient bien provoquer un sentiment esthétique même chez les plus réfractaires au non-figuratif.

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