Manga alternatif

Le manga alternatif (3/4)

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Comme déjà dit, le manga est une industrie du divertissement qui a été longtemps florissante au Japon et qui s’est développée dans de nombreuses directions au fil du temps, se segmentant toujours plus et créant petit à petit un grand nombre de genres éditoriaux liés aux magazines dans lesquelles les œuvres sont prépubliées tels que le shônen, le shôjo, le seinen, le josei, le boys love, le hecchi, etc. Mais de tout temps, des auteurs, aidés par des éditeurs « différents », n’ont pas voulu s’exprimer dans le cadre souvent trop formatés de ces genres. Ce sont de ces bandes dessinées « autres » dont nous allons parler ici.

Une recherche de définition

Tout d’abord, il est important de bien préciser ce que l’on entend par manga « alternatif ». Pour ma part, je place dans cette catégorie floue et un peu fourre-tout les mangas qui ont été publiés dans des supports pour un lectorat de jeunes adultes que l’on ne peut rattacher que difficilement aux catégories éditoriales à destination du grand public. On peut d’ailleurs tout à fait considérer que le manga alternatif n’existe pas en tant que tel et qu’il s’agit d’une sous-catégorie du seinen. Il faut reconnaître que la frontière est souvent floue.

Il faut évacuer l’idée du manga d’auteur qui est une notion qui ne veut pas dire grand-chose. Même les tâcherons de chez Shônen Gaosha sont des auteurs. Il peut être parfois plus difficile de créer dans le cadre de contraintes éditoriales (et de les contourner) que de pouvoir faire ce que l’on veut. Plus sérieusement, le terme de bande dessinée d’auteur fait penser à des œuvres sérieuses, voulant faire passer un message, ne cherchant pas à simplement divertir le plus grand nombre. Or, les exemples de mangas grand public à messages (ou originaux) ne manquent pas. Par exemple, on peut trouver du shônen (Gen d’Hiroshima), du shôjo (Le Pavillon des hommes), du seinen (L’Homme qui marche), du josei (Diamonds), etc. qui peuvent tous répondre à cette définition.

De même, on ne peut pas parler de manga underground, le terme « underground » étant trop représentatif d’un genre très précis de comic books, nommés comix pour les distinguer des publications grand public, qui sont (principalement) publiés dans les années 1950-1970, inspirés par la contre-culture américaine des années 1960 et le plus souvent auto-publiés.

On ne peut pas non plus les rattacher au monde du fanzinat, le dôjinshi, car le manga alternatif est, comme on le verra, commercialisé par les canaux habituels de l’édition japonaise professionnelle. On pourrait peut-être parler de manga indépendant, c’est-à-dire indépendant des grandes maisons d’éditons sauf qu’il y a des « petits » éditeurs qui font du manga grand public (ex. Gentosha) et qu’un magazine comme Ikki, que l’on considèrera comme alternatif, est édité par Shôgakukan, une des plus grosses maisons d’édition de manga au Japon.

L’originalité n’est pas non plus un critère fiable et suffisamment pertinent. Certains titres sont originaux sans être pour autant du manga alternatif (ex. FLCL, un seinen de chez Kodansha, les premiers travaux de Tayou Matsumoto prépubliés dans Big Comic de Shôgakukan). Cependant, il est certain que le manga alternatif n’est pas formaté pour un public précisément ciblé, les éditeurs ne sont pas là pour faire suivre aux auteurs une ligne éditoriale bien définie. Comme le disait Noriko Tetsuka, directrice du magazine Ax, lors de l’édition 2006 du festival d’Angoulême, les responsables éditoriaux du magazine ne disent rien, n’interviennent pas auprès des auteurs, ils les laissent libres de créer sans soucis de rentabilité ou de succès. Ceci dit, les ventes s’en ressentent. Ainsi, en 2010, Comic Beam tire à moins de 25 000 exemplaires, Ikki à moins de 15 000 et Ax à 4 000 ex. Voilà peut-être le critère le plus objectif : si ça ne se vend pas, c’est alternatif !

En fait, décider si un manga est alternatif ou pas revient à juger si le support de prépublication l’est. Et pour décider si un mangashi est alternatif ou pas, il n’y a pas de réponse évidente. On utilise un faisceau d’indices et on laisse une certaine part à la subjectivité. Et comme déjà dit, on peut tout à fait considérer qu’il n’y a pas de genre éditorial alternatif, qu’il s’agit uniquement d’une catégorie de seinen. Pour ma part, j’aurais tendance à pense qu’il s’agit bien d’un genre éditorial à part entière puisqu’il bénéficie de ses propres supports de prépublications, ou plutôt d’un support de prépublication.

Pour moi, mais j’y reviendrais un peu plus tard, Garo, puis son successeur Ax, ainsi que COM (le concurrent de Garo lancé par Osamu Tezuka dans les années 1960) sont les magazines de prépublications de mangas alternatifs par excellence. On peut éventuellement y rajouter quelques mangashi qui sont réputés pour laisser assez libres leurs auteurs, tels que Ikki, Manga Erotics F ou Comic Beam. Malheureusement, ils ont pour la plupart disparu, ne laissant plus qu’Ax et (éventuellement) Comic Beam proposer du manga « autre ».

 

Les premiers mangas alternatifs et le gekiga

Les akahon tiennent leur nom au fait que c’était (au début) des petits livres à la couverture rouge (ils furent édités durant une période allant de la fin du XVIIe siècle jusqu’au mitan du XXe siècle) proposant une littérature populaire à des prix très bas, généralement illustrée de gravures. Il existe une variante d’akahon proposant du manga, éditée principalement dans la région d’Osaka entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1950. Osamu Tezuka y a débuté sa carrière professionnelle de mangaka avec La Nouvelle île au trésor (Shin takarajima) en 1947.

C’est ainsi que de nombreux petits éditeurs locaux font leur apparition avec une production à très bas coût en se situant à l’écart des histoires issues des revues ou journaux basés à Tokyo, ces derniers regroupant la soi-disant élite des auteurs, et qu’une autre forme de diffusion du manga se met en place. Les éditeurs sont peu exigeants sur les thèmes, le récit et la réalisation, tant que ça plait au public. Les auteurs ont ainsi une liberté de création certaine. Cependant, ces œuvres sont très mal rémunérées et les auteurs réalisent aussi des illustrations destinées au circuit des kamishibai, même si leur travail est là aussi en général très mal payé. Le kamishibai est un art populaire ancien, une sorte de spectacle de rue où des images sont montrées à un public composé d’enfants, servant de support au conte oral.

Cependant, pour nombre de lecteurs (souvent très jeunes), les akahon sont encore trop chers. Pour contourner le problème du coût d’achat trop élevé des mangas, un réseau de librairies de prêt, les kashibonya, se développe, là aussi à partir de la région d’Osaka, atteignant même le nombre de 300 000 au milieu des années 1950. Les éditeurs d’akahon se mettent d’ailleurs à produire pour les kashibonya afin de se trouver un autre marché que celui, déclinant, du manga populaire à faible prix. Les librairies de prêt éditent leurs propres œuvres (les kashibon manga), destinées non pas à être vendues mais louées. Ainsi, toute une série d’auteurs majeurs vont venir de ce circuit de distribution.

Le plus connu d’entre eux est Osamu Tezuka. En proposant un graphisme plutôt rond, révélant ainsi ses influences disneyenne, et une narration totalement différente de ce que l’on pouvait voir jusqu’ici, Shin takarajima se distingue des productions de l’époque et le succès est immédiat. Loin des scènes figées proposées alors par la plupart des mangas de l’époque, l’œuvre propose un dynamisme issu des films occidentaux, principalement d’origine américaine. Le succès est considérable car on estime qu’il s’est vendu 400 000 exemplaires du titre.

C’est ensuite sur un rythme endiablé que Tezuka continue à sortir allègrement des récits complets à commencer par King Kong, inspiré par le film éponyme de 1933. En quelques années, il touche à tout, du Japon médiéval à la science-fiction en passant par les récits d’aventures et même le western. De nombreux auteurs d’akahon le copient alors plus ou moins servilement, certains allant jusqu’à le plagier purement et simplement. Par toutes ses œuvres, il a déjà influencé la bande dessinée japonaise au point de l’avoir définitivement transformée alors qu’il n’a pas encore 25 ans. Cependant, c’est à la fin des années 1950 que Tezuka Osamu prend la stature qui fait de lui le «dieu du manga», lorsqu’il quitte le monde des akahon pour celui des éditeurs de magazines de la capitale.

Toutefois, en 1957, en réaction aux mangas pour enfant et au style issu des séries d’Osamu Tezuka, un nouveau genre de bande dessinée fait son apparition. Il s’agit du gekiga, terme inventé par Yoshihiro Tatsumi. Il faut un certain temps pour que ce nouveau style ne connaisse le succès, à partir de 1965. Cependant, l’influence du gekiga est énorme, jusqu’à faire évoluer profondément l’œuvre du « dieu du manga » lui-même dans les années 1970. Ce nouveau genre de manga veut privilégier l’aventure ou dépeindre une certaine réalité de la société, celle de la rude vie des gens du peuple, en les dessinant dans style réaliste (et non pas comique comme dans les mangas « à la Tezuka », qui s’adressent aux enfants). Il s’agit ici d’éviter un trop grand manichéisme, notamment en ne cachant pas le côté sombre du personnage principal de l’histoire. Le cinéma néoréaliste européen et le film noir américain, aussi bien au niveau des thèmes que de la narration, influencent énormément les auteurs de gekiga.

Ce mouvement nait donc au sein du circuit de distribution des librairies de prêt et va lancer nombre d’auteurs qui marqueront l’histoire du manga lorsqu’ils seront publiés par Garo ou par différents éditeurs plus traditionnels comme Shirato Shampei (Kamui den), Yoshiharu Tsuge (L’homme sans talent), Yoshihiro Tatsumi (L’Enfer), Takao Saito (Golgo 13), Hiroshi Hirata (La Force des humbles). Mais l’économie florissante du début des années 1960 porte un coup fatal au marché de la location de mangas, le public ayant les moyens de les acheter et non plus de les louer.

 

Garo, Ax, sans oublier le cas Ikki

En 1963, les éditeurs fournissant les kashibonya ont pratiquement tous disparu alors que leurs meilleurs auteurs se retrouvent à publier dans des grands magazines comme Shônen Magazine de Kôdansha. Ce dernier leur a ouvert grandes ses portes afin de lutter contre ses concurrents qui avaient pris le dessus en termes de part de marché. Le résultat est une grande réussite commerciale pour l’éditeur. Cependant, le rythme de travail est intense et très dirigé. Le refus d’un certain nombre d’auteurs de se plier aux contraintes d’une publication hebdomadaire dans une revue pour jeunes garçons entraîne alors la création de Garo. En effet, Shirato Shampei connaît un très grand succès avec ses séries publiées dans Weekly Shônen Magazine. Mais il supporte assez mal de ne plus avoir la liberté qu’il avait connue avec les éditeurs du réseau de kashibonya.

C’est pour sa nouvelle série, Kamui den, que Katsuichi Nagai, ancien membre des kashibonya de Tokyo devenu éditeur, crée Garo en 1964. Pendant plus de trente ans, le magazine va permettre à de nombreux auteurs de débuter et de s’exprimer beaucoup plus librement qu’ils n’auraient pu le faire autrement, enrichissant ainsi considérablement le manga et même la bande dessinée mondiale. C’est ainsi que nombreux styles ont pu cohabiter au sein de la revue comme le gekiga avec Shirato Shampei et Yoshihiro Tatsumi, le surréalisme et l’expérimentation avec Yoshiharu Tsuge, l’ero-guro avec Suehiro Maruo, l’heta-uma avec King Terry, etc. Plusieurs titres issus de Garo ont été traduits en français, mais malheureusement, la plupart ne sont plus commercialisés. C’est le cas, par exemple, de Kamui den, d’Un gentil garçon, d’Oreillers de laque. Heureusement, l’œuvre de Yoshiharu Tsuge va être intégralement disponible chez nous en 2019 grâce à Atrabile et à Cornélius.

Garo a arrêté sa parution en 2002 après une longue agonie, le magazine ayant connu deux arrêts d’activité entre 1996 et 1997 (notamment à cause de la mort de Katsuichi Nagai) et entre 1998 et 2000. On était alors loin du pic de 1971, année record qui avait vu le magazine tirer à 80 000 exemplaires. Mais l’esprit d’avant-garde de Garo a pu subsister dans Ax, magazine fondé par des personnes issues de ce qui reste une référence majeure dans l’histoire du manga.

Ax est édité par Serinkogeisha depuis 1997 par Noriko Tetsuka et quelques anciens de Garo, c’est-à-dire à la suite du premier arrêt de ce dernier mangashi. Actuellement, le magazine parait tous les deux mois et compte environ 300 pages. Il n’y a pas réellement de ligne éditoriale, ce qui permet à une grande variété d’histoires d’être publiées, proposant ainsi une niche pour les auteurs recherchant une totale liberté créative. En France, IMHO et Le Lézard Noir sont les deux principaux éditeurs d’histoires tirées de ce magazine. Les lectrices et lecteurs curieux se heurteront malheureusement à la difficulté de les trouver en librairie. Toutefois, pour se donner une idée des œuvres que propose Ax, le mieux est de lire AX Anthologie Vol.1 qui regroupe sur 400 pages le travail d’une trentaine d’artistes différents. N’attendez pas de deuxième volume, les ventes du premier ayant été trop faibles aussi bien aux USA (édité par Top Self) qu’en Francophonie (édité par Le Lézard Noir).

Démontrant la difficulté de mettre dans des petites boites certains magazines, Ikki pose la question des limites, des frontières. Édité par un des plus gros éditeurs japonais, son tirage a été de tout temps très faible, comparé aux autres mangashi proposant du manga seinen. Il faut dire que nombre de ses œuvres tendent vers le manga alternatif avec une certaine recherche d’originalité, que ça soit dans le ton, le récit ou le graphisme. Cela n’empêche pas la présence au sommaire de séries comme Bokurano ou Dorohedoro qui ont connu au Japon un réel succès public. Malgré son statut de revue-laboratoire, le magazine s’arrête en septembre 2014, le tirage étant tombé en dessous des 10 000 exemplaires.

 

Quelques cas particuliers

L’ero-guro (érotique / grotesque – au sens horrible) est un thème que l’on retrouve souvent dans Garo et dans Ax. À l’origine, il s’agit d’un courant artistique japonais, littéraire puis cinématographie qui date des années 1930. On attribue la paternité de ce mouvement à Edogawa Rampo, un romancier japonais très connu qui a surtout officié dans le roman policier. La corruption sexuelle, érotisée, est au centre de toutes les déviances imaginables, mettant en avant la décadence des protagonistes et un nihilisme prononcé.

En manga, le maître de l’ero-guro est Suehiro Maruo, abondamment traduit en français par Le Lézard Noir. En effet, l’auteur réussit à concilier les différences caractéristiques du mouvement dans son travail qu’il a publié dans Garo puis Ax. Il n’est pas le seul : Kazuichi Hanawa est connu aussi pour ses œuvres outrancières (toujours au Lézard Noir), issues de Garo. Cependant, le plus extrême reste Jun Hayami avec son Labyrinthe des rasoirs qui pousse le plus loin possible le mélange éros et thanatos (disponible chez IMHO).

Junko Mizuno est une auteure particulière. Ses mangas mélangent un style tendant vers le kawaï (mignon), vers l’érotique (du fait de ses personnages féminins peu habillés et aux poitrines développées) et vers le gore. Ses histoires se révèlent être plus sordides les unes que les autres. Son travail catégorisé comme gothique-kawaï se décline sur plusieurs supports, pas uniquement en bande dessinée (celles-ci sont publiées ici par IMHO). Elle vit depuis plusieurs années aux États-Unis.

Hideshi Hino ne fait pas réellement dans l’érotique. Il faut dire que ses personnages difformes, malades, ne sont pas très émoustillants. Il a débuté en 1967 dans COM avant de poursuivre sa carrière dans Garo, mais aussi dans des magazines shôjo d’horreur et même chez des éditeurs plus grand public. Ses mangas les plus réussis ont été publiés en français chez IMHO.

Néanmoins, le manga alternatif ne se limite pas à l’horreur et au sexe, il existe des œuvres beaucoup plus douces, poétiques, oniriques, surréalistes telles que Tohu-Bohu et Souvenirs de la mer assoupie de Shin’ya Komatsu ou Promenades dans la ville de la boîte à biscuits de Rokudai Tanaka, sans oublier Le Piqueur d’étoiles et Le Semeur d’étoiles de Shizuka Nakano, toutes disponibles chez IMHO (une fois de plus).

À ce propos, arrêtons-nous un court instant sur trois auteur·e·s atypiques dans le monde du manga. Naohisa Inoue et Aya Takano sont avant tout des artistes protéiformes : illustration, peinture, bande dessinée, cinéma, etc. sont autant de supports qui déclinent un univers personnel : Iblard pour le premier, une variation du mouvement superflat pour la seconde. Chroniques d’Iblard et Space Ship EE sont deux mangas très originaux dans leur forme (moins dans leur narration) mais ne sont plus trouvables qu’en occasion. Le travail de Yoriko Hoshi est totalement différent. L’auteure de Nekomura-san raconte la vie quotidienne d’une chatte de ménage qui ne rêve que d’une chose : retrouver son jeune maître parti à l’étranger avec ses parents. À raison d’une case par jour publiée sur Internet, le manga est proposé gratuitement (en japonais) aux lectrices et lecteurs inscrits. Kana nous propose la version reliée qui connaît un grand succès dans son pays d’origine, mais qui est un énorme échec dans nos contrées. Il faut dire que l’œuvre est très loin de l’idée que l’on se fait du manga, malgré un récit profondément ancré dans la société japonaise.

Toutefois, nous avons la chance de pouvoir lire en français une grande partie des différents aspects récents (c’est-à-dire à partir des années 1970-80) du manga alternatif, même s’il ne faut pas rater la période de leur commercialisation, les faibles tirages de ce type d’œuvres ne permettant qu’une disponibilité assez restreinte. Cela est aussi vrai au Japon, où le manga alternatif disparait assez rapidement des rayonnages des librairies spécialisées, obligeant les lectrices et lecteurs curieux à se rabattre sur l’occasion.

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La diversité du manga (2/4)

Le manga 2

Comme nous l’avons vu lors de la première partie, le manga est un marché très segmenté au Japon. Combiné à la forte diffusion des magazines de prépublication, il y a, de fait, une très grande diversité à la fois dans les thèmes, la narration et dans le graphisme, chaque niche étant exploitée : il y a du manga pour tout le monde et pour tous les âges.

La prépublication, chapitre par chapitre, de plusieurs séries en parallèle permet en effet de fournir une grande diversité d’histoires aux lecteurs et lectrices. Quand un mangashi contient plus de 400 pages de mangas, soit une vingtaine de séries, à chaque numéro, il est assez facile de proposer des créations différentes. Il est important, commercialement, de toucher le plus vaste public possible dans le segment visé, ce qui est encore plus vrai depuis le retournement du marché manga qui a eu lieu une vingtaine d’années au Japon. À cela, s’ajoute un système des votes permettant de savoir quelles séries plaisent le plus et surtout celles qui plaisent le moins, ce qui donne la possibilité de prendre des risques : si ça ne trouve pas son public, on arrête et on propose autre chose.

Le marché français, en plus de 25 années d’éditions francophones, a réussi plus ou moins, sauf peut-être pour le shôjo, à représenter cette diversité. Nous allons chercher à illustrer celle-ci par le biais d’une grosse cinquantaine de séries remarquables. Le souci rencontré est que de nombreux titres ne sont plus commercialisés (une licence doit être généralement renouvelée tous les 3 ou 5 ans) et ne sont plus disponibles qu’en occasion ou en bibliothèque. C’est pour cela que certains mangas évoqués ici ne sont plus trouvables en neuf, les librairies ayant dû retourner leurs invendus qui ont été ensuite détruits (quelques éditeurs préfèrent la solderie au pilonnage, ceci dit).

Il faut avoir à l’esprit qu’un manga ne se contente pas d’avoir un seul thème mais en mélange plusieurs (deux, trois, voire plus). La classification effectuée ci-après est donc personnelle, subjective, en se faisant à partir du thème considéré comme étant le principal. Quelques titres sont aussi un peu plus mis en avant en bénéficiant d’un petit commentaire.

L’aventure / action

Ce genre d’histoires est surtout présent dans le shônen manga. Basé sur l’action, l’apprentissage et (souvent) l’humour, avec un récit généralement centré sur un protagoniste masculin (un collégien ou un lycéen le plus souvent) qui peut être entouré d’un groupe de personnages secondaires, la série va proposer une aventure trépidante où il est nécessaire de progresser pour vaincre des ennemis de plus en plus puissants. Cet apprentissage est nécessaire pour atteindre un but, généralement fixé dès le début. Ces récits initiatiques sont merveilleux, dépaysant et rythmés. Parmi les six titres proposés à titre d’exemple, quatre méritent d’attirer encore plus notre attention.

 

Library Wars : Love & War (shôjo) – Titre mélangeant action (les protagonistes sont des militaires), romance (très classique) et humour. Il s’agit de l’adaptation en manga d’une série de light novels (romans courts plutôt pour ados). C’est aussi un titre à la gloire des bibliothèques et à la liberté d’écrire.

Sky-High Survival (web) – Prépublié en ligne sur Internet et non dans un magazine papier, conçu sur le principe de fonctionnement des jeux vidéo japonais, avec un graphisme soigné, la série représente en quelque sorte le « nouveau » manga grand public. Elle met en scène un groupe de personnages qui doit survivre puis s’échapper d’un monde composé de gratte-ciels dans un récit inspiré des jeux de rôle/aventure.

Le Sommet des dieux (seinen) – Ici, l’ennemi est la montagne, celle des hauts sommets qu’il faut vaincre. Nul besoin d’ennemi surpuissant lors que la Nature entre en scène. Ce titre est la démonstration que l’aventure n’a pas besoin d’être située dans un autre monde ou dans une autre époque, la « réalité » actuelle peut suffire pour captiver les lecteurs et les lectrices.

Yona, princesse de l’aube (shôjo) – Le shôjo manga en français ne propose que trop peu de mangas d’aventure ou d’action épique. Après la série Basara publié par Kana il y a quelques années, Yona, princesse de l’aube en est la digne successeuse. Le succès, au moins d’estime, rencontré par le titre suffira-t-il à ouvrir la voie à d’autres sorties ? Espérons-le.

La romance

Les histoires d’amour sont associées aux mangas pour fille. Ce n’est pas faux mais ce n’est certainement pas exact. En fait, depuis la fin des années 1960, il s’agit du thème principal des séries qui sortent dans les magazines shôjo. Avant, il était interdit d’évoquer l’amour, même simplement sentimental. Ceci dit, il y a aussi de la romance dans les mangas pour garçon, même s’il s’agit le plus souvent d’un thème secondaire. Néanmoins, il existe des shônen où la relation amoureuse tient un rôle central dans l’histoire. Dans ce cas, le jeune garçon est maladroit, il ne sait pas aborder les filles qui sont pourtant nombreuses à lui tourner autour. On parle dans ce cas de « harem manga ».

 

Aromantic (Love) Story (web) – Autre représentant du « nouveau » manga issu de la prépublication sur Internet, ce titre se veut en prise avec la société actuelle, en traitant du célibat de plus en plus développé au Japon. Cependant, après les propos très féministes du tome 1, l’histoire propose surtout une romance basée sur un triangle amoureux des plus classiques.

Blue (de Kiriko Nananan, josei) – L’amitié entre deux lycéennes se transforme petit à petit en amour où les non-dits tiennent une grande importance dans les relations entre les protagonistes. Le traitement réaliste et subtil des sentiments des jeunes filles était une grande nouveauté dans le paysage francophone lors de sa première parution en 2004.

Love, Be loved, Leave, Be left (shôjo) – Basé sur l’incontournable triangle amoureux des romances lycéennes, la série propose plus que la simple problématique de trouver l’amour lorsqu’on est une adolescente. Il y a aussi celle de l’amitié, un thème que l’on trouve plutôt dans les shônen d’aventure. Il y a aussi la nécessité d’être honnête avec les autres et surtout avec soi-même.

Love Hina (shônen) – Le harem manga de référence. Adulé par certains, décriés par d’autres, la série n’a pas laissé indifférent lors de sa publication française. Il faut dire qu’il était précurseur dans le genre. La couverture montre bien qu’il ne s’agit pas ici d’un manga romantique pour fille. En effet, la taille de la poitrine des personnages féminins est un marqueur fort pour distinguer shônen romantique et shôjo.

Sport / Métier

C’est un des nombreux genres réputés peu vendeur en France. Le héros ou l’héroïne pratique un sport, généralement au lycée et va devoir devenir un·e champion·ne grâce à son entrainement, ses efforts et son courage. Bien entendu, différents obstacles vont surgir durant sa progression. Il y a souvent une intrigue secondaire qui est une romance avec un·e camarade d’école. Les mangas sportifs sont nombreux au Japon. De plus, le sport est à considérer ici au sens large et inclus les jeux de stratégie comme le go ou les échecs.

Sous le vocable manga de métier, on regroupe les titres où le personnage principal se découvre des qualités et une vocation pour un métier dans lequel il va s’épanouir grâce à l’apprentissage et en surmontant les embûches semées sur son chemin. En cela, les mangas de métier sont très proches de ceux de sport.

 

Chihayafuru (josei) – Une fillette se prend de passion pour le karuta après sa rencontre avec un gamin de son âge et joueur très talentueux. Le karuta est un jeu de cartes basé sur la rapidité, la mémoire et la connaissance de courts poèmes. Le sport n’est pas très physique ici, à l’instar des jeux cérébraux comme les échecs ou le go.

Jumping (shôjo) – Une hikonomori (personne s’isolant de la société, ce qui est souvent liée à une phobie) réussit à vaincre ses peurs et ses complexes grâce aux chevaux et à l’équitation. Chose amusante, la classification est à l’inverse de Chihayafuru (josei mettant en scène une lycéenne) car c’est ici un shôjo alors que la protagoniste est une étudiante. D’ailleurs, même si la démonstration inverse est faite ici, l’âge des personnages donne généralement un indice précieux pour la classification, surtout à la frontière des genres : shônen / young seinen / seinen, ou shôjo / josei.

Real (young seinen) – Le young seinen n’est pas que baston, grosses poitrines féminines et rythme effréné. Il existe un manga handisport de grande qualité. En effet, le handicap y est abordé de façon plutôt réaliste par le biais du sport : le basketball.

Une vie au zoo (josei) – Cette courte série montre la difficulté qu’il y a à s’occuper d’animaux : dire qu’on les comprends, qu’on les aime ne suffit pas. Cependant, si on s’accroche à sa vocation et que l’on est sincère, on peut arriver à devenir une soigneuse compétente et à s’épanouir dans son métier.

Humour

Les mangas d’humour pur sont aussi réputés pour mal se vendre en version française. Il faut dire que l’humour japonais est très 1er degré, très burlesque. Pourtant, les mangas ne sont pas tous basés sur un humour spécifiquement japonais comme l’est le manzai, un système basé sur un duo comique formé par le tsukkomi (le sérieux) et le boke (le personnage fruste, outrancier et désordonné). Si le couple comique (le sérieux et l’idiot) est un classique de l’humour dans tous les pays (Laurel et Hardy, Astérix et Obélix), c’est ici un humour qui repose beaucoup sur les quiproquos et les jeux de mots, ce qui fait que nombre de mangas relevant du genre sont réputés intraduisibles en français.

 

Dr Slump (shônen) – Un des premiers grands succès d’Akira Toriyama avant DragonBall. C’est un humour basé sur le grand n’importe quoi et l’exagération. C’est aussi assez scatologique, ce qui en fait un titre très japonais. Sa réussite commerciale en France tient sûrement autant à ses qualités qu’au fait qu’il est sorti avant que l’on ne croule sous les sorties.

Les vacances de Jésus et Bouddha (seinen) – Manga basé sur un duo comique et le décalage entre l’état de déité et la vie de tous les jours dans le Tokyo actuel. C’est aussi un humour très référencé qui demande un peu de culture générale, au moins dans le domaine religieux, pour pouvoir pleinement l’apprécier. Heureusement, l’adaptation française est de qualité.

Switch Girl (shôjo) – L’humour de situation repose ici sur le décalage entre la façon dont l’héroïne se présente au lycée / en société et la façon dont elle s’habille et se comporte chez elle. Alors qu’elle fait très attention à son apparence et à sa façon de se comporter dès qu’elle est en dehors de chez elle, une fois dans le cocon de son domicile, elle se relâche totalement.

Science-fiction / Fantastique

La SF et le fantastique sont des genres très prisé au Japon (notamment dans les romans et le cinéma), ce qui se retrouve logiquement dans le manga. Il existe même des magazines de prépublication spécialisés. Cependant, la plupart du temps, il ne s’agit pas du thème principal, surtout dans le shônen. La SF ou le fantastique sont le plus souvent un cadre dans lequel les auteur·e·s vont développer leur histoire. C’est dans le seinen que l’on trouve les œuvres les plus « pures » SF. C’est aussi un genre assez développé dans le shôjo notamment grâce à Moto Hagio, précurseure du genre dans les années 1970 : la longue nouvelle « Nous sommes onze » disponible dans Moto Hagio Anthologie (shôjo) est particulièrement représentative de la SF des années 1970 et a montré que cette voie était possible à nombre des consœurs de la mangaka.

 

Les enfants de la baleine (shôjo) – Présenté comme un seinen par Glénat, il s’agit en réalité d’un shôjo prépublié dans Mystery Bonita. Il est assez habituel que les éditeurs francophones fassent passer des shôjo qui ne sont pas des romances lycéennes pour un autre genre de manga (ici, du seinen), afin de moins mal les vendre. De ce fait, il est possible de lire plus de shôjo manga (et de josei) qu’on pourrait le croire de prime abord. Cependant, cela fausse aussi la perception que l’on peut avoir du manga réalisé par les mangaka femmes ainsi que du genre shôjo (ou josei) en général.

Planètes (seinen) – Proposant une SF « hard science », la courte série nous fait vivre le quotidien d’une équipe d’éboueurs spatiaux, c’est-à-dire des hommes et des femmes chargés de récupérer les innombrables débris qui sont en orbite et pouvant menacer l’intégrité de la structure de la station spatiale qui les emploie.

Monde post-catastrophe ou apocalyptique

Ce genre se distingue de la SF par une ambiance beaucoup plus sombre et une action plus trépidante. En règle générale, une catastrophe s’est produite et les protagonistes doivent survivre, coûte que coûte. La mise en scène de l’angoisse des personnages et la dramatisation du récit sont deux des principales caractéristiques du genre. Il faut aussi avoir à l’esprit que le Japon est situé dans une zone sismique, que les tremblements de terre sont fréquents, tout comme les ouragans et les tsunamis. Les catastrophes comme celles survenues à Kobe ou à Fukushima montrent que ces récits ne sont pas si éloignés de la réalité que vivent les japonais.

 

Dragon Head (young seinen) – Premier manga du genre à avoir frappé les esprits du lectorat francophone. Dans une sorte d’huis-clos étouffant, trois jeunes lycéens essayent de survivre à une catastrophe qui a ravagé Tokyo et fait déraillé dans un long tunnel le Shinkansen qui les ramenait chez eux d’un voyage scolaire.

Gunnm (seinen) – Il s’agit du manga de SF post-catastrophe par excellence. Celle-ci a été causé par la collision avec une météorite. Les sociétés humaines ont volé en éclat et n’existent plus que sous deux formes : une avancée technologiquement, située dans une ville géante suspendue dans les airs, et une autre, devenue littéralement une décharge où tentent de survivre une population fruste et ultra-violente.

Highschool of the Dead (shônen) – Une maladie mystérieuse a frappé l’humanité qui transforme les gens en zombie. Dans un lycée au Japon, un groupe de personnes épargnées par le phénomène doivent à la fois survivre à l’écroulement de la civilisation, mais aussi aux attaques des zombies. Un titre qui mélange érotisme (il suffit de voir la taille des poitrines féminines et les nombreuses scènes de fan service) et horreur (les scènes gores ne manquent pas, bien au contraire).

Société japonaise / tranche de vie

À la différence des BD franco-belge et américaines, le manga grand public propose depuis de nombreuses années des histoires se focalisant sur la vie de tous les jours de personnages « normaux ». On retrouve ce thème dans tous les genres de mangas. Si dans le shônen, il ne s’agit pas du thème général le plus souvent, il est très l’élément central dans de nombreux josei et seinen. Mitsuru Adachi est le spécialiste du shônen mélangeant sport, romance lycéenne et vie de tous les jours, Touch (shônen) étant sa série référence. En centrant son récit sur des personnages ordinaires et les mettant en scène dans leur vie de tous les jours, il sait comme personne ancrer son histoire dans la société japonaise.

 

Éclat(s) d’âme (web) – Kamatani Yuhki est une auteure qui se définit comme étant ni femme (son genre biologique), ni homme, du genre neutre, donc. Son manga parle de la difficulté de s’accepter, surtout à cause du regard des autres, de leur moqueries, voire de leur ostracisation. C’est ainsi que le traitement de la question LGBT+ par la société japonaise est au centre de cette série paraissant sur le web suite à la disparition du magazine HiBana.

Kamakura Diary (shôjo) – Sorte de Touch au féminin, la série propose le même mélange sport / romance / vie de tous les jours. Néanmoins, le récit est moins humoristique et développe des sujets graves comme le handicap, la mort et la difficulté d’établir des relations sincères entre les personnes. Cette gravité des sujets abordés est assez habituelle dans nombre de shôjo.

Moving Forwards (shôjo) – Le quotidien et le mal être de jeunes japonais (une jeune lycéenne en l’occurrence), qu’ils cachent le plus souvent derrière un sourire de façade, est abordé ici avec finesse. Tout comme dans Kamakura Diary, la difficulté de s’épanouir et de se confronter à la mort de personnes de son entourage sont les thèmes principaux d’un récit sortant de l’ordinaire des romances lycéennes.

River’s Edge (josei) – Lorsque Kyôko Okazaki a débarqué dans le monde du manga dans les années 1980, le moins que l’on puisse dire est qu’elle a fait forte impression avec des œuvres sans concession sur la société japonaise et sa jeunesse désabusée, en perte de repères. La sexualité, présentée sans fard, y tient une place majeure tout comme le mal être de ses personnages, aussi bien féminins que masculins.

Historique

Tout comme la SF et le Polard, l’Histoire du Japon sert généralement de cadre à des fictions plutôt qu’être le thème principal. Pourtant, les titres dits « historiques » sont profondément enracinés dans l’époque où se déroule le récit et permettent d’avoir un véritable aperçu de la vie au Japon à travers les âges. Il faut aussi savoir que les Japonais ne sont pas très forts en Histoire, surtout que les manuels d’enseignement n’hésitent pas à occulter certains aspects peu glorieux du passé nippon.

 

Ayako (seinen) – Il s’agit d’une des œuvres les plus sombres d’Osamu Tezuka, se déroulant dans l’immédiat après seconde guerre mondiale. La série montre les excès du patriarcat qui sévissait alors dans la société semi-féodale persistant dans les campagnes.

Dans un recoin de ce monde (seinen) – Nous suivons le quotidien d’une jeune mariée qui a rejoint son mari dans la famille de ce dernier, vivant dans une grande ville portuaire et militaire située à une heure de Hiroshima alors que la guerre fait rage contre les USA.

Kenshin le vagabond (shônen) – Après la chute des Tokugawa et l’arrivée de l’ère Meiji (fin du 19e  siècle), la vie est difficile pour les samouraïs sans maître ! Manga de samouraï à succès, le titre est la preuve que l’on peut concevoir une histoire pleine d’action tout en restant fidèle au contexte historique de l’époque.

Le Pavillon des hommes (shôjo) – Et si l’Histoire avait effacé le fait que des femmes avaient été shôgun à l’époque des Tokugawa ? Récit féministe avec une déconstruction des préjugés par inversion des rôles des hommes et des femmes au sein de la société japonaise pendant l’époque d’Edo (et par la même occasion, des inégalités actuelles au sein de la société japonaise).

Guerre / Policier

La guerre, surtout la Seconde Guerre Mondiale, a frappé les esprits au Japon, la défaite ayant été vécue comme un traumatisme, amplifié par l’horreur de la bombe atomique. Néanmoins, le refus de reconnaître les atrocités commises par l’armée impériale dans toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est est toujours présent, ce qui se retrouve (ou plutôt ne se retrouve pas) dans les mangas traitant du sujet.

Le manga policier est assez développé au Japon, mais ne connais pas le succès chez nous. Que ce soit du thriller, du judiciaire, du crime à élucider, les thèmes sont variés. Il y a quelques années, Soleil Manga a créé une collection comprenant des adaptations mangas dédiées à un auteur de romans policiers à succès au Japon (Hiroshi Mori), mais cela n’a pas fonctionné.

 

 

Peleliu (young seinen) – Peleliu, une petite île perdue dans le Pacifique, a été le lieu d’une grande bataille entre l’armée impériale et les forces américaines. Pourtant, cette île n’a pas eu une grande importance stratégique malgré son aérodrome. Le manga fait  immanquablement penser au film Lettres d’Iwo Jima.

Rising Sun (seinen) – Manga sur les forces japonaises d’auto-défense. Si le Japon a vu son armée et sa marine être supprimées après la défaite en 1945 par la Constitution de 1946 qui le force à renoncer « à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation », le pays a toutefois maintenu des forces terrestres, navales et aériennes afin de pouvoir se défendre de toute agression étrangère.

Détective Conan (shônen) – On arrive bientôt au 100ème tome en version française (la parution japonaise a été rattrapée). Il est habituel au Japon que les séries dépassent les 100 volumes, même si ce n’est pas fréquent. Il s’agit d’un manga où un jeune détective doit résoudre des meurtres mystérieux grâce à son génie et malgré son âge.

Le Secret de l’ange (shôjo) – Il s’agit d’un polar reposant sur la recherche de la vérité concernant la mort passée d’une professeure de dessin de quartier. Refusant les conclusions de l’enquête, une jeune lycéenne et ancienne élève décide de reprendre cette affaire de meurtre avec l’aide du frère de la défunte, n’arrivant pas à croire que l’assassin désigné est réellement coupable.

Érotique / Yaoi

Si l’érotisme est souvent présent dans le young seinen, c’est généralement de façon secondaire. Il s’agit de placer très régulièrement des scènes à caractère érotique, généralement sans nudité explicite mais avec une sexualisation exagérée des personnages féminins (par exemple, avec des poitrines surdimensionnées). Cependant, il existe des magazines dédiés, allant du simple érotisme (l’acte sexuel n’est pas explicite) à la pornographie la plus débridée. Et cela n’existe pas que pour le public masculin. Il existe un genre de manga, le yaoi ou boys love, qui met en scène des amours homo-érotiques entre hommes écrit par des femmes à destination d’un public féminin hétérosexuel. Il existe aussi les shôjo dit matures où les relations sexuelles entre homme et femme ne sont pas simplement suggérées.

 

Mises à nu (seinen) – Si la plupart des mangas hentai (pornographiques) ont leurs magazines spécialisés, les titres ecchi (érotiques) sont plutôt diffusés dans les magazines plus grand public. Qui aurait cru en France que le Young Animal proposerait un titre aussi « chaud » avant que Taifu nous le propose ?

Prison School (young seinen) – Les mangas destinés aux jeunes adultes (16 ans et plus) sont réputés pour proposer de nombreuses histoires cherchant à émoustiller un lectorat masculin en multipliant les scènes érotiques (sans être trop explicites) où les personnages féminins ont des poitrines très développées et des dessous affriolants.

Tango (yaoi) – est em, l’auteure de cette compilation de nouvelles, est tout à fait représentative d’une nouvelle génération de mangaka femmes venues du monde du yaoi en refusant de se plier aux canons du  genre. Après avoir renouvelé le boys love à la fois thématiquement et graphiquement, elles apportent maintenant un souffle nouveau dans le shôjo et le seinen.

Virgin Hotel (shôjo) – L’érotisme n’est pas réservé aux garçons, les jeunes filles et les femmes ont  aussi leurs mangas « de cul », pour le dire vulgairement. À une époque pas si lointaine, il existait des magazines ladies comics destinés aux femmes au foyer où le sexe était très présent. S’ils ont disparu, ils ont été en quelque sorte remplacés par les magazines de shôjo dits « matures » (ou « shôjo pouffe » par les détracteurs) qui s’adressent plutôt aux adolescentes.