Angoulême 2019, un petit bilan personnel

Deux semaines après la fin de la quarante-sixième édition du Festival International de la Bande Dessinée, il est temps d’en tirer un bilan. Celui-ci est excellent, cette année ayant réussi l’exploit d’être bien meilleure et plus riche que la précédente, qui avait pourtant remonté la barre de façon spectaculaire depuis que Stéphane Beaujean se retrouve seul directeur artistique. Ceci dit, tout le monde ne doit pas penser la même chose tant il a donné de l’importance à la bande dessinée venue du Japon ou à celle venue des USA. Il nous a fallu cinq journées (déplacements aller-retour compris) pour suivre le programme proposé et, comme toujours, sans pouvoir tout faire.

Manga City, le jeudi en fin d’après-midi

Dans la distribution des bons et mauvais points, commençons par Manga City. Le nouvel espace dédié aux bandes dessinées asiatiques se retrouve excentré par rapport aux années précédentes en passant du plateau au terrain de sport situé derrière les chais, mais il faut reconnaître que le gain de place (et donc de confort) valait ce petit désagrément, surtout que la navette Manga City a bien fonctionné et s’est révélée être très efficace, au point de ne jamais avoir besoin d’utiliser les bus BD pour passer du bas au plateau d’Angoulême.

L’abribus près du CGR, le vendredi matin

Cette année, nous avions un véritable espace d’animation avec un cycle de rencontres et de tables rondes bien plus intéressant que les années précédentes. S’appuyant sur une partie de l’équipe éditoriale (enfin, surtout sur Fausto Fasulo, le rédacteur en chef, qui s’est révélé être un bon animateur) de la revue ATOM, donc un gage de qualité, il y a eu de nombreuses rencontres et tables rondes intéressantes, la plus intéressante à nos yeux étant celle avec Taiyô Matsumoto proposée le dimanche en début d’après-midi.

La table ronde sur le shôjo manga, animée par Fausto Fasulo, le vendredi soir

Stéphane Ferrand, le remplaçant des Nicolas Finet et Erwan Le Verger qui avaient incroyablement tiré vers le bas (à leur décharge, ils manquaient peut-être de moyens et de place) la partie manga du festival (ce qui nous faisait regretter chaque année le Manga Building à l’Espace Franquin), a réussi à nous proposer un lieu donnant envie de venir et de revenir. Il faut dire que nous pouvions circuler sans difficulté, que plusieurs stands éditeurs (Kana, Pika, Ki-oon et Glénat) étaient « pro » quoique pas très grands (ce n’est pas Japan Expo), que les espaces de Taïwan, Hong-Kong et de Corée étaient comme d’habitude de qualité, que le lieu n’était pas envahi de vendeurs de goodies et autres produits dérivés, qu’il y avait un bar à sushi très correct pour y manger le midi, etc.

Le co-commissaire de l’exposition Dessiner l’enfance la présentant, le jeudi matin

L’autre excellent point du festival concerne les expositions. Certes, nous ne les avons pas toutes faites mais à part celles consacrées à Rutu Modan et Jean Harambat, plutôt décevantes, elles se sont révélées être d’un très haut niveau, comme souvent avec 9e Art+. Mention spéciales aux expositions « Batman 80 ans », « Taiyô Matsumoto, dessiner l’enfance » et « Richard Corben, donner corps à l’imaginaire », vraiment très réussies au niveau de la scénographie et des cartels.

L’exposition Batman 80 ans, le mercredi soir

« Batman 80 ans », très spectaculaire, réussissait l’exploit de pouvoir s’adresser à la fois au grand public et aux connaisseuses et connaisseurs. Son succès public a dû dépasser les espérances, j’ai entendu parler de plus de trois heures d’attente pour pouvoir y accéder le samedi. Dommage qu’elle ne durait que cinq jours (nous y sommes allés le mercredi, journée pro). Les expositions « Tsutomu Nihei, l’arpenteur du futur », « Tom-Tom et Nana présentent tout Bernadette Després » et « Manara, itinéraire d’un maestro » étaient à ne pas rater.

Le Conservatoire, le samedi midi

Du coup, nous n’avons pas passé énormément de temps au Conservatoire pour suivre les conférences et rencontres qui y étaient programmées, à la différence des années précédentes. La faute à un programme trop concentré sur le vendredi et le samedi, entre la fin de matinée et le début d’après-midi, obligeant à faire des choix cornéliens. C’est d’ailleurs, et ce n’est pas nouveau, un des points noirs de cette édition. Ce qui nous intéressait le plus tombait trop souvent en même temps, sur des sites assez éloignés les uns des autres. Un meilleur étalement des activités en rapport au manga serait une bon idée, en ce qui nous concerne. Le samedi, soit nous assistions à la masterclass de Taiyô Matsumoto, soit nous assistions aux rencontres avec Shinichi Ishizuka (Blue Giant chez Glénat) puis avec Paru Itagaki (Beastars chez Ki-oon). Le soucis est que tous les ans, il y a aussi plusieurs conférences sur les bandes dessinées étrangères qui nous intéressent et qui entrent en conflit avec le reste du programme du festival. Les années précédentes, cela n’était pas un tel soucis, vu la faible qualité des animations de l’espace manga, mais cette année, ça a été une grande source de frustration.

La fameuse masterclass du samedi après-midi

Le grand raté de cette édition est, pour nous, la masterclass de Taiyô Matsumoto. Comme je le craignais, Lloyd Chéry l’animateur, n’a pas été au niveau. Ce n’est pas qu’il n’avait pas préparé la rencontre, il l’avait manifestement travaillée. C’est surtout que ça correspondait à une présentation de l’auteur, de son œuvre et à destination du grand public, des personnes ne connaissant pas Taiyô Matsumoto. Malheureusement, c’était une masterclass, et, pour moi, ça doit être une rencontre technique, abordant la manière de travailler, parlant du processus de création, montrant comment le mangaka dessine. Il n’y a rien eu de tout ça, juste une présentation des principales séries disponibles en français. Bon, il ne faut pas regretter d’y être allé, la présence en France de Taiyô Matsumoto est si rare… D’autant plus que la rencontre internationale à Manga City du dimanche matin, animée par Xavier Guilbert et Stéphane Beaujean (deux vrais connaisseurs du travail de l’auteur) était vraiment réussie, ce qui compense la déception de la masterclass. En fait, il aurait fallu inverser les deux rencontres…

Dédicace T. Matsumoto, le jeudi soir

Je retiens aussi, dans les bons points, l’organisation par Kana des dédicaces de Taiyô Matsumoto. Tirage au sort limité à 100 tickets par jour, une chance sur deux de gagner, quatre jours de dédicaces, achat nécessaire seulement pour valider le ticket gagnant avec la possibilité d’avoir la dédicace sur une autre œuvre du mangaka, c’était bien organisé… du moins, pour les francophones. Heureusement pour les délégations hongkongaises et taïwanaises qu’a-yin était là pour leur expliquer en cantonais puis en une sorte d’anglo-mandarin le système, cela aura permis à quelques Chinois·e·s amatrices et amateurs de Taiyô Matsumoto de pouvoir le rencontrer en dédicace. En plus, le jeudi, nous n’étions qu’une cinquantaine, ce qui fait que tout le monde a été servi en ticket gagnant.

L’au-revoir à Manga City, le dimanche après-midi

À l’arrivée, cette quarante-sixième édition s’est révélée être une des meilleures que j’ai pu suivre (j’en suis à ma seizième, cela commence à compter) et que j’attends avec une certaine impatience (déjà) la prochaine avec Rumiko Takahashi en présidente. Malheureusement, a-yin, ma compère d’Angougou, va avoir sa visite compliquée par le nouvel an chinois 2020 (le réveillon tombe le vendredi soir). Une petite ombre que l’annonce de l’exposition Tsuge ne peut suffire à éclaircir… Bah, on verra bien d’ici là !

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3 réflexions sur “Angoulême 2019, un petit bilan personnel

  1. Effectivement, le programme fut très serré… J’ai eu du mal à m’en remettre d’ailleurs!

    Je n’ai pas trouvé l’expo Rutu Modan « nulle » car je ne connaissais pas du tout l’autrice (du moins que de nom, je ne l’ai pas lue). La première salle permettait une découverte de son travail mais je rejoins Tanuki pour le second étage qui est un peu du remplissage… avec un panneau énorme qui est une reproduction d’une plage. D’ailleurs, Vlad a aussi eu ce sentiment (je l’ai croisé lors de l’expo).

    Ce qui est embêtant à Manga City, c’est effectivement l’isolement mais surtout l’absence de tout distributeur de billets. Et évidemment, les stands taïwanais (le dimanche) et hongkongais n’acceptaient pas la carte bleue. Forcément. Ce que je reproche un peu à « Manga City », c’est le côté « ils sont asiatiques on les regroupe tous ensemble ». Alors effectivement, certain-e-s ont un travail graphiquement proche du manga, mais ce n’est clairement pas le cas d’autres qui auraient peut-être pu intéresser des personnes fréquentant le Nouveau monde. On amalgame un peu tous ces pays asiatiques sous le manga quoi.

    Pour ma part, j’ai été très déçue de la fameuse Masterclass… Je suis d’accord, ça aurait totalement dû être l’inverse par rapport au dimanche. Surtout que la météo n’était pas avec nous et qu’on n’a même pas pu voir le support proposé par Xavier Guilbert… alors que le support visuel de la Masterclass ne proposait que les couvertures des livres que nous avons en VF, et que le cinéma était au moins à l’abri du vent!

    Par contre, je reste déçue par les interventions sur la table rond sur le shôjo. Et que le seul interlocuteur défendant le shôjo est encore une fois Bruno Pham.

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