Mangaverse, 18 ans (Souvenirs en images…)

Souvenirs photographiques

Les communautés Internet sont, sous certains aspects, fascinantes. Celle de Mangaverse, issue d’un site personnel donc non collectif, ne l’est pas moins. Qu’est-ce qui peut faire qu’à partir d’un thème, ici les mangas (ces fameuses bandes dessinés japonaises), tout un groupe de personnes ne se connaissant pas, n’habitant pas au même endroit, ni dans le même pays, arrivent à échanger puis à se rencontrer réellement (IRL, dans la « vraie vie » comme on dit) ? Surtout que la lecture est une occupation essentiellement solitaire. Répondre à cette question demanderait qu’un ouvrage lui soit consacré, non ?

Le site www.mangaverse.net est né en mai 2001 sous la forme d’un simple site personnel. C’est en avril 2002 qu’il est devenu un « véritable » site, avec son propre nom de domaine. Un forum s’est rapidement greffé au site afin d’offrir un espace de dialogue pratique. Ce dernier s’est développé au point de prendre une certaine indépendance au fil du temps.

C’est autour de ces deux espaces que s’est donc structurée une petite communauté, de quelques centaines de personnes pour sa partie virtuelle, de quelques dizaines pour sa partie réelle. Ce développement s’est principalement effectué durant les années 2003 à 2005, en même temps que le manga gagnait en popularité.

Certes, cela ne représente pas beaucoup de monde comparé à des « monstres » comme jeuxvideo.com ou même bdgest.com mais mangaverse.net a eu une certaine influence sur le petit monde des fans et des sites de mangas, notamment en étant fréquenté par un certain nombre de professionnels de l’édition.

Votre serviteur est arrivé en avril 2002 après avoir repris la lecture de mangas quelques mois auparavant par le biais de Maison Ikkoku, de Rumiko Takahashi, édité par Tonkam, un éditeur à l’époque au meilleur de sa forme éditoriale.

Ayant nettement plus de temps à passer sur Internet pour des raisons que l’on va dire… personnelles, je me suis investi dans cette communauté, attiré par la qualité des messages d’un certain nombre d’intervenant·e·s, ce qui tranchait pas mal avec d’autres forums et sites spécialisés dans la bande dessinée japonaise.

Le public de Mangaverse étant assez âgé (entre la vingtaine et la trentaine) et plutôt éduqué, des discussions assez développées, dépassant souvent le simple avis de lecture, se sont multipliées au fil du temps.

Surtout, certaines personnes n’ont pas hésité à aborder d’autres thèmes culturels sur le forum. C’est ainsi que, pour en rester à la bande dessinée (européenne, américaine, asiatique), de nombreux titres, parfois exigeants, ont été proposés à la lecture des plus curieuses et des plus curieux d’entre nous. La curiosité n’est pas un défaut, n’est-ce pas ? Les suggestions, les discussions ont débordé aussi sur d’autres genres comme la musique, le cinéma et l’animation (notamment par le biais du festival d’animation d’Annecy).

En ce qui me concerne, cet élargissement, hors BD, s’est fait vers la photographie et l’art (principalement pictural et moderne). Il est étrange (et amusant) d’observer l’évolution d’un passe-temps virtuel, qui est devenu au fil du temps de plus en plus réel. Si la photographie m’avait intéressé par le passé, ce n’avais jamais été réellement le cas des Beaux-Arts.

Il y a quelques années, j’avais réalisé un mini-site reprenant dix années de photographies consacrées à Mangaverse. Très rapidement, j’avais remarqué qu’il y avait un problème assez insurmontable : comment illustrer le virtuel, comment présenter des photos ayant un minimum de qualité artistique et d’intérêt pour une personne extérieure à cette communauté ? Il m’a toujours semblé que c’est impossible, mais cela ne m’a pas empêché de remettre ça cette année.

Une autre difficulté est celle de la représentation de ces rencontres. Il s’agit de rencontres privées, ce qui implique un respect assez rigoureux du droit à l’image. Impossible pour moi de représenter une rencontre lors d’un repas, avec des dizaines de personnes présentes, dont la plupart ne sont plus joignables et n’ont donc pas pu donner leur accord pour se retrouver affichées.

Cependant, cette contrainte n’est pas inintéressante. C’est ainsi que les photographies présentées tout au long des lignes suivantes ont un lien parfois assez ténu avec le manga et Mangaverse. Néanmoins, ces images n’existeraient pas si Mangaverse ne m’avait pas accueilli il y a pratiquement dix-huit années de cela.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture et un bon visionnage !

Les conventions et festivals

Les conventions et les festivals sont des lieux incontournables pour toute communauté. En effet, il est possible de dépasser les limites du virtuel pour vivre sa passion dans un monde qui n’est, en réalité, pas plus en prise avec le réel même s’il est plus matériel. En effet, passer plusieurs journées dans un festival comme celui d’Angoulême ou dans une convention comme Japan Expo, fait que l’on se retrouve plongé dans une bulle coupée de la réalité extérieure. Certes, le virtuel a disparu, mais ici au profit d’une autre irréalité. Toutefois, les relations humaines sont totalement différentes…

Je vous propose ici de faire une première séquence souvenir, de la convention où des mangaversien·ne·s se sont rencontré·e·s pour la première fois au dernier festival d’Angoulême, où seulement une petite poignée d’habitué·e·s se sont retrouvé·e·s.

Le souci avec mes plus anciennes photos est double : un manque de qualités techniques (les APN n’avaient pas les performances actuelles) et un manque de qualité artistique (je n’avais aucune maîtrise des techniques photographiques… Je n’ai toujours aucun sens artistique, mais cela est un autre problème). Ainsi, il s’agit là de photos relevant plutôt du domaine du reportage, et c’est leur simple valeur de témoignage qu’il faut prendre compte, n’est-ce pas ?

Si Japan Expo est, de loin, la plus importante conventions pour les fans de mangas, et si des mangaversien·ne·s y ont fait acte de présence plus ou moins déclaré entre 2003 et 2015 (notre webmistress y allant même à plusieurs reprises entre 2006 et 2013), elle n’a pas été la seule manifestation pouvant nous intéresser, loin de là.

Le Festival International du Film d’Animation d’Annecy a été l’occasion d’organiser plusieurs rencontres dans la «vie réelle» avec divers·es «invité·e·s» entre 2003 et 2010 (je n’y vais plus depuis). Le site Mangaverse propose son compte-rendu annuel sans faillir depuis 2002.

N’oublions pas le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, moment fort pour une petite équipe (de quatre à sept personnes selon les éditions) de mangaversien·ne·s, et ce, depuis 2005.

Enfin, nous allons voir les expositions du Pulp Festival (entre autres) depuis sa création en 2014 et n’hésitons pas à aller ici ou là, à partir du moment où la bande dessinée, quel que soit son origine, est mise à l’honneur.

Les repas

Les rencontres non-virtuelles se font aussi (et peut-être surtout) autour d’un repas, généralement dans un restaurant parisien. En effet, même si une majorité mangaversien·ne·s pourraient être situés hors d’Île-de-France, la position de Paris en fait un lieu qui s’impose de lui-même.

C’est ainsi que le tout premier repas Mangaverse a eu lieu en novembre 2002 à l’occasion de l’édition parisienne du Cartoonist (une convention toulonnaise à l’origine). Pour une première, c’était une belle première, avec pratiquement une trentaine de participant·e·s, établissant ainsi dès le début un record jamais battu, et à peine approché.

Néanmoins, la situation géographique du site (disons, du PC source qui est situé en Rhône-Alpes) a permis d’organiser en mai 2003 un repas « anniversaire » à Lyon avec une quinzaine de convives.

Le plus mémorable, peut-être, des repas mangaversiens est celui qui a eu lieu en février 2005 avec vingt-deux personnes présentes. Totalement déconnecté de toute manifestation en rapport avec le manga, situé un endroit totalement excentré de Paris (les Buttes Chaumont), il reste, à mon sens, la concrétisation de la popularité de Mangaverse à cette époque. Mine de rien, plus d’un quart des participant·e·s de l’époque sont encore, presque quinze années après, encore présent·e·s (au moins virtuellement) dans la petite communauté mangaversienne.

La venue sur Paris d’un·e mangaversien·ne provincial·e a été, durant des années, l’occasion d’organiser des repas. Certains étaient annoncés publiquement sur le forum, d’autres, de plus en plus souvent, restaient limités à un petit comité d’invités. Japan Expo a permis la tenue de repas mangaversiens jusqu’en 2015 (2010 en ce qui concerne la présence de notre webmistress) et la venue d’un·e mangaversien·ne, jusqu’en 2017.

Dès 2005, mais surtout à partir de 2008, les diners se sont transformés en déjeuners suivants (ou précédents) des visites d’expositions, pour devenir la seule façon de se rencontrer autour d’un plat. Preuve de l’embourgeoisement des mangaverisien·ne·s parisien·ne·s, les restaurants fréquentés sont petit à petit montés en gamme (et en prix).

Il y a peu de photos à présenter dans cette partie, soit il y a trop de monde de visible, soit il s’agit de photos de plats, comme on en voit tant sur Instagram.

Les activités culturelles

Un petit groupe de mangaverisien·ne·s parisien·ne·s s’est mis assez tôt à faire des sorties débordant le strict cadre des mangas pour s’intéresser à d’autres formes d’art. Bien entendu, les premières activités étaient plutôt liées au Japon et ses traditions picturales.

C’est ainsi qu’en décembre 2004, quelques mangaverisien·ne·s disponibles ont accompagné notre webmistress à l’exposition Images du Monde flottant au Grand Palais à l’occasion d’un de ses (rares) passages à Paris. Ensuite, certain·e·s d’entre nous sont allés à l’exposition Miyazaki-Mœbius à la Monnaie de Paris en février 2005. La « mode » était lancée !

Ensuite, les thèmes se sont diversifiés pour s’intéresser aux autres arts, les «beaux» mais aussi le 7e et le 9e, quelque-soit leur pays d’origine. C’est ainsi que l’Asie, la bande dessinée (en général), la peinture moderne européenne et l’art contemporain sont devenus nos principaux centres d’intérêts culturels. Ceux-ci sont toutefois liés au manga et aux bandes dessinées de toutes origines, tant l’art a influencé nombre d’auteur·e·s et que de connaître le travail des principaux artistes des deux siècles passés permet de mieux comprendre et apprécier nos lectures présentes.

Je n’ai malheureusement que très peu de photos correctes des premières années, ce n’est qu’à partir de 2010 que j’ai réellement cherché à photographier les œuvres et (aussi) les mangaversien·ne·s, au point d’en abuser maintenant. Si en plus, nous combinons droit à l’image et droit de reproduction (sans oublier les fréquentes interdictions de photographier), vous comprendrez aisément pourquoi la présente section est si courte alors qu’il s’agit d’une part très importante de mes activités photographiques.

Les visites d’expositions sont les seules activités que l’on peut rattacher à Mangaverse. Les concerts ont toujours concernés qu’un très petit nombre de personnes et ne peuvent pas être considérés comme des activités mangaversiennes, peut-être à l’exception d’une édition du festival Rock en Seine, en juin 2005. Il en est de même pour les sorties au théâtre ou à des spectacles. Il y en a eu quelques-unes mais ne regroupant jamais plus de quatre mangaverisien·ne·s et restant très « privatives ».

Tourisme mangaversien

Internet est un lieu sans frontière, mais les mangaverisien·ne·s habitent quelque part. C’est ainsi que j’ai pu me promener ici où là dans l’Europe francophone, c’est-à-dire la Suisse, la Belgique mais aussi la France, (y compris Paris).

Bien entendu, la région Rhône-Alpes a été la première destination, mes voyages dans l’Est incluant rapidement la Suisse, plus précisément Genève. La Belgique, Bruxelles en fait, a aussi été rapidement un lieu de rencontres mangaversiennes.

À l’inverses, la venue de certain·e·s mangaverisien·ne·s sur Paris a été l’occasion de faire du tourisme dans la capitale française. Ces différentes pérégrinations ont débouché sur un certain nombre de photos dont la qualité s’est améliorée en même temps que les voyages se raréfiaient, ceux-ci s’étant principalement effectués entre 2004 et 2011.

Portraits

La photographie n’a semblé intéresser qu’un tout petit nombre de mangaverisien·ne·s. Allez, sur ces dix-huit années, on va dire six ou sept : moi, manu_fred, Minh, Pitite_Kourai, beanie_xz, Sakumoyo et éventuellement Shermane. Exercice essentiellement solitaire, il y a eu, entre autres, une sortie photo organisée au Père Lachaise en 2005, sans oublier un marathon photo organisé par la FNAC à Versailles en 2010 qui a regroupé certaines des personnes citées ci-avant. Les Journées du patrimoine ont été aussi l’occasion de réaliser quelques œuvres.

Capturer des images est devenu un de mes principaux passe-temps (pensez aux heures passées lors du post-traitement sous Photoshop) et, au fil des années, j’ai accumulé plusieurs dizaines de milliers de photos (au grand dam de certaines), plus ou moins liées à Mangaverse.

J’aime beaucoup photographier les mangaverisien·ne·s (surtout les mangaversiennes) même si la plupart du temps, mes sujets ne sont pas enchantés par l’exercice. Une personne est particulièrement victime de cet attrait, ayons donc une pensée pour cette pauvre « persécutée », parfois si patiente avec moi…

J’ai une nette préférence pour les photos prises sur le vif que celles posées. Il faut dire que, personnellement, je ne suis pas capable d’être naturel lorsque je pose pour quelqu’un d’autre. Par contre, je n’ai pas de problème avec mon image, ce qui fait que j’ai toujours un peu de mal à comprendre que l’on ne supporte pas d’être fixé·e sur « pellicule » numérique.

J’ai toutefois eu un petit succès avec un portrait d’Hiroshi Hirata, un auteur de manga, qui a été utilisé par le magazine Animeland et par le festival d’Angoulême pour une exposition dédiée au mangaka.

Je retravaille assez peu mes photos sous Photoshop, cela consiste principalement à améliorer le micro-contraste, mettre une courbe en S pour dynamiser l’ensemble, redresser les lignes, retravailler un peu les couleurs pour avoir une colorimétrie plus ou moins « naturelle », éventuellement passer la photo en monochrome. Pour les portraits, tout au plus, je me permets aussi de nettoyer légèrement la peau pour supprimer tel ou tel bouton un peu malvenu quand cela s’avère nécessaire.

Et maintenant, la fin ?

Objectivement, il est tout à fait possible d’estimer que la petite communauté de Mangaverse n’existe plus, et ce depuis plusieurs années. En effet, il y a la combinaison de l’arrêt du site principal en avril 2013, après pratiquement 12 années de bons et loyaux services (pour laisser la place à un autre site nommé After-Mangaverse), avec les derniers « vrai » repas Mangaverse durant l’été 2014, sans oublier la chute de la fréquentation et du nombre de messages sur le forum.

À titre plus personnel, la participation de plus en plus faible aux visites d’expositions depuis 2018 est un nouveau signe de la disparition de la communauté mangaversienne. Dorénavant, lorsqu’on arrive à former un groupe de cinq personnes, c’est un petit exploit… Pour citer Michel Berger dans une célèbre chanson interprétée par France Gall : « C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup », même si les contextes sont totalement différents.

Néanmoins, techniquement, le site existe toujours, le forum aussi (au moins jusqu’en juillet 2019), et la création en janvier 2019 d’un Discord dédié à Mangaverse (avec l’arrivée rapide d’une trentaine de membres) par Key, un des membres les plus anciens et coadministrateur du forum (même s’il n’y va pratiquement plus depuis des années), a montré que tout n’était pas terminé. Cependant, l’activité y a chuté quelques semaines après sa mise en service, et là aussi, ça veut dire beaucoup…

Il reste de ces dix-huit années une belle aventure humaine, à l’origine de nombreuses rencontres débouchant même sur des mariages et des enfants (dans au moins deux cas). La communauté mangaversienne est issue du Web 1.0, et elle s’est pas adaptée aux changements du Web 2.0 avec l’omniprésence (si néfaste) des réseaux sociaux (nous n’avons pas créé de groupe Facebook, par exemple), du recul de l’écrit devant la vidéo, de la disparition de la réflexion au « profit » de l’émotion.

Pour conclure, je citerai un ancien mangaversien (skyzik) pour qui le site a eu, je pense, une certaine importance et qui a laissé cette phrase pleine de justesse et de bon sens dans un commentaire à l’annonce de l’arrêt de mangaverse.net par sa webmistress : « Ça collait bien dans le contexte de l’époque, mais maintenant, c’est plus une contrainte qu’autre chose, y’a plus le feu sacré, la passion… C’est la vie, et aussi le début d’une nouvelle histoire ! ».

En effet, il faut savoir passer à autre chose et à ne pas vivre dans le passé, quoique je me voie bien fêter les vingt ans de Mangaverse…

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