Angoulême 2020, le bilan…

En 2020, la dernière semaine de janvier (et le premier week-end de février) a vu se dérouler le 47e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. C’est la tradition depuis 2005 : j’y étais en compagnie de mes petit·e·s camarades de Mangaverse / Éditions H. Il s’agit encore d’une excellente édition, comme d’habitude, depuis que Stéphane Beaujean en est le seul directeur artistique. Toutefois, je ne peux m’empêcher de ne pas être aussi enthousiaste pour Manga City. Si l’année dernière, nous y avions passé beaucoup de temps (au détriment du Conservatoire), ça n’a pas été le cas pour cette année. La raison est à chercher du côté du programme, trop grand public et ne nous intéressant que très peu. D’ailleurs, comme cette programmation manga ne trouvait pas grâce à nos yeux, je ne suis allé au festival que quatre jours (soit six demi-journées d’activités, à comparer aux neuf de l’année dernière étalées sur cinq jours), trajets aller-retour compris.

Comme déjà dit, le programme de Manga City était tout sauf attrayant à nos yeux, les tables rondes étant trop grand public et semblant être là surtout pour servir la soupe aux éditeurs. Or, si je ne vais plus à Japan Expo, ce n’est pas pour en retrouver ici une version miniature sans les activités de kermesse. Ceci dit, je ne suis pas le public visé et c’est certainement mieux ainsi pour le festival, les éditeurs et les festivaliers. Après tout, je suis une sorte de boussole inversée : si ça me plait, c’est l’échec commercial quasiment assuré. Et d’ailleurs, d’après ce que j’ai pu voir dans la presse locale, la fréquentation du lieu a notablement augmentée cette année. Est-ce dû au nouvel emplacement, derrière la gare SNCF et à côté de la médiathèque L’Alfa ? Pas totalement, je pense : le précédent emplacement n’était pas réellement plus excentré.

Il n’y avait que quatre animations que j’avais prévu de suivre : deux étaient impossibles du fait d’un conflit d’emploi du temps (Kan Takahama et le prix Konishi), une autre a été zappée pour faire autre chose (Bilal et Kishiro), restait une seule activité effective. Cela fait très peu sur la quantité totale (vingt-quatre). Malheureusement, l’entretien vidéo avec Rumiko Takahashi n’était pas très intéressant, c’est le moins que l’on puisse dire. Peut-être que la version longue qui sera disponible sur le site du festival sera meilleure (et qu’une faute de traduction sera corrigée : non, Ranma ne change pas de genre, il reste toujours un garçon en esprit même quand il devient une fille : il change de sexe !). J’étais intéressé par la rencontre entre Kishiro et Bilal sur la SF, mais l’animation n’a pas été très bonne (loin de là) d’après le retour que j’ai eu d’une festivalière et d’après le compte-rendu que j’ai pu lire sur ActuaBD. Du coup, pas de regret… À l’inverse, j’ai entendu dire que le Workshop de Kan Takahama était vraiment réussi. Dommage de ne pas avoir pu y assister mais j’avais un rendez-vous « pro » au même moment dans la bulle des droits internationaux. Il y a aussi « Les reprises de manga » que j’aurai (peut-être) aimé voir (sans savoir qui faisait l’animation de la table ronde, ce qui était un peu gênant) mais le dimanche matin était consacré au bâtiment Castro… pardon, au Vaisseau Moebius.

En effet, les tables rondes éditeurs sur les mangas de chat, ou de sport, ou de que sais-je encore, non merci. Idem avec les « Coming Soon » (annonce des titres à venir par les éditeurs). Quant aux conférences carrières, si j’ai bien compris, c’était les invités (enfin, les « seconds couteaux », les deux têtes d’affiche étaient en masterclass) des éditeurs qui venaient parler d’eux et de leur carrière. Ce n’est pas que c’était inintéressant ou incohérent comme programmation. Ce n’était simplement pas pour moi. Et je le répète, ce n’était pas une mauvaise chose, bien au contraire ! Sauf que la soupe des éditeurs ou le blabla d’auteurs dont je me fiche à peu près totalement ne peuvent pas passer avant les autres animations du festival, tant il est riche en propositions d’une grande diversité, chaque année.

À part ça, la bulle de Manga City était facilement accessible (ça descend à l’aller, c’est facile et rapide à pied, nous prenions la navette manga au retour), l’espace prévu pour les rencontres était vaste, bien pensé et à l’écart des stands. Les stands de Ki-oon, Glénat, Pika, Kana, Tsume, Taïwan, Hong-Kong, etc. étaient professionnels. Il n’y avait pas trop de boutiques de goodies mais, dommage,  celle de « sushis » n’était pas présente, remplacée par l’enseigne Colombus (une chaine dont je suis très client). De plus, il était facile de circuler dans les allées (certes, je n’y suis pas allé le samedi ni le dimanche…), ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. Bref, rien à redire sur l’espace proprement dit, sauf que je n’y ai mis les pieds qu’à deux reprises, et assez rapidement à chaque fois. Mention spéciale pour le concours permettant de gagner un très beau tirage numérique dédicacé de l’illustration pour l’affiche réalisée par Rumiko Takahashi. C’était bien animé et amusant à suivre.

Toute l’équipe est allée à la masterclass d’Ino Asano qui se déroulait au Théâtre. Cette année, elle était intéressante, Lloyd Chéry avait bien haussé son niveau de jeu en ce qui concerne les questions. Et le mangaka nous avait préparé une longue (un peu redondante, même) explication visuelle de sa façon de dessiner en incorporant des photos retraitées pour ne laisser que les lignes afin de redessiner par dessus, ou en utilisant des outils 3D, allant même jusqu’à réaliser (projet en cours) une véritable ville aux bâtiments détaillés, y compris avec leur intérieur. Les deux heures sont vite passées malgré un état de fatigue très prononcé en ce qui me concernait.

Car, oui, une fois de plus, ce qui nous a intéressés le plus au festival (outre les expositions), ce sont les rencontres ou conférences. Sur ce point, une fois de plus, nous n’avons pas été déçus. Concernant les rencontres internationales, qu’elles soient à Franquin ou au Conservatoire, ça a été un plaisir. Comme souvent, nous avons été très « comics » cette année. Quoique pour moi, ça a été compliqué à cause des sempiternels conflits du samedi. Je n’ai pas pu aller à la rencontre avec Burns pour finir d’écrire ma propre conférence (je sais, c’est lamentable). J’ai aussi raté une heure de la conférence du formidable Alex Nikolavitch sur Warren Ellis à cause de la mienne, de conférence (au moins, j’avais uniquement à changer de salle et j’ai un enregistrement de ce que j’ai manqué) qui était aussi en conflit avec la rencontre avec Seth (mais comme pour Burns, j’ai un enregistrement et des photos grâce à Manuka, qu’il en soit mille fois remercié). Pour Burns et Seth, je peux aussi espérer les vidéos sur le site du festival, des captations semblent avoir été faites. Enfin, j’ai pu assister à la rencontre internationale avec Derf Backderf, qui était très réussie même si un des co-animateurs était vraiment trop bavard et qu’on a perdu pas loin de trente minutes à cause du dépassement de la rencontre précédente (sans oublier le casque de traduction simultanée en panne, heureusement que Backderf parle de façon compréhensible pour mes oreilles plutôt réfractaires à l’anglais).

L’autre grand intérêt du festival : le programme des expositions. Cette année encore, nous avons été conquis. Certes, tout n’est pas parfait ou tout ne nous intéresse pas mais, en matière de bande dessinée, nous avons ce qui se fait de mieux en francophonie, institutions muséales parisiennes ou bruxelloises compris. J’ai visité la moitié de la quinzaine d’expositions proposée. Les deux du Quartier Jeunesse comme celle consacrée à Catherine Meurisse ont été zappées par manque de temps. Pour « Catherine Meurisse, chemin de traverse », je pense que j’ai évité de le perdre, mon temps, vu qu’elle semblait être sans intérêt, surtout après avoir vue celle proposée par le Pulp Festival. J’aurai bien essayé d’aller à PFC #7 si j’avais pu y accéder facilement. Mais le temps manquait pour essayer de la trouver dans l’Espace Franquin. Après, moi et l’expérimentation en BD… Nous avons aussi zappé « La bande d’Antoine Marchalot dessinée » et « Aparté aquatique » : pas d’atomes crochus, pas le temps d’être curieux.

L’exposition « Les mondes de Wallace Wood » est celle qui a ma préférence. Certes, elle était un peu pointue et parfois un peu technique, mais quel bonheur de retracer, via l’artiste, plusieurs pans de la BD américaine, des westerns d’EC Comics aux magazines alternatifs, en passant par les productions grand public de Marvel et surtout par le magazine MAD (c’est par ce biais que j’ai découvert l’auteur il y a bien longtemps). Autre exposition du Musée d’Angoulême : « Yoshiharu Tsuge, être sans exister ». Sans ressentir l’enthousiasme des expositions consacrées à Osamu Tezuka (2018) et Tayou Matsumoto (2019), cette exposition est, elle aussi, vraiment réussie (comme celle sur Wood, il est possible de la visiter jusqu’à la mi-mars). Conçue chronologiquement (ce qui colle aux grandes évolutions de l’artiste), on comprend mieux l’importance du mangaka et pourquoi il se considérait comme un raté (ce qui n’était pas toujours faux, il a eu des ratés). Une fois de plus, les expositions du musée d’Angoulême sont d’un très haut niveau.

J’ai été favorablement surpris par l’exposition consacrée à Nicole Claveloux. Nous avons pu découvrir une auteure au parcours original (passant d’Ah!Nana à Okapi en passant par Métal Hurlant) et à la création diversifiée, sans oublier ses nombreuses peintures exposées à l’étage. Dommage qu’il était plus que jamais pénible de profiter de l’Hôtel Saint-Simon avec une (longue) attente pour entrer et une autre file d’attente pour aller à l’étage. Celle sur Calvo, située au Musée de la bande dessinée est réussie, intéressante et historique (il est possible de la visiter jusqu’à la fin du mois de mai). J’ai aussi beaucoup aimé celle consacrée à Jean Frisano, ça me rappelait les illustrations des publications Lug que j’ai achetées pendant quelques temps à la fin des années 1970. Les expositions « Robert Kirkman, Walking Dead et autres mondes pop », « Gunnm, l’ange mécanique » et « Lewis Trondheim fait des histoires » étaient bien sympathiques, ça aurait été dommage de les rater mais elles ne me laisseront pas un souvenir impérissable, à la différence de celles du Musée d’Angoulême. Il n’y en a qu’une que j’ai trouvé très moyenne, celle de Pierre Christin : pas pour les planches originales de Mézière ou de Bilal, superbes la plupart du temps, mais pour la scénographie un peu foutraque et surtout les textes que j’ai ressentis un peu comme claironnant « je suis un génie de la BD et je vous le démontre, croyez-moi sur parole ».

À l’arrivée, voilà une édition réussie, où j’ai pas trop mal organisé ma présence, seuls les conflits d’emploi du temps du samedi et un programme d’animations à Manga City empêcheront d’être aussi enthousiaste qu’en 2018 et, surtout, qu’en 2019. De plus, cette année, je n’ai pas trop mis les pieds dans les bulles : un passage rapide pour un rendez-vous au Marché des droits, deux passages au Nouveau monde (notamment pour quelques achats au stand du Lézard Noir et à la boutique du Festival), rien pour Le Monde des bulles et pas plus en Para-BD. Du coup, j’ai fait très peu de photos de ces sites emblématiques du festival. Pas grave, je les connais par cœur ! Il ne reste plus qu’à attendre les prochains mois pour avoir une idée de ce qui nous attends pour l’édition 2021.


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