Une petite initiation au manga (1/4)

Ayant débuté en octobre un cycle de conférences sur le manga au C.D.I. du Lycée Jean Monnet de La Queue-lez-Yvelines, je me suis dit qu’il ne serait pas inintéressant de le proposer aussi sur Internet. Voici donc le texte de ma première intervention.

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Qu’est-ce que le manga ?

Le terme manga est le terme donné à la bande dessinée japonaise. Pour beaucoup, cela englobe aussi les dessins animés (au Japon, on ne parle pas d’anime mais plutôt de terebi manga), les illustrations d’inspiration « manga », le cosplay, etc. c’est-à-dire tout ce que l’on pourrait regrouper dans un ensemble nommé « culture manga ». Au Japon, pour la bande dessinée, on parle souvent de comics (komikku).

Si en France, on connait les mangas principalement sous forme reliée, au Japon, les mangas sortent généralement dans des magazines de prépublication (comme cela se faisait pour la BD franco-belge, notamment dans les années 1950-1960 avec Pilote, Tintin, Spirou). Ensuite, une fois qu’il y a assez de chapitres, le manga sort en format relié, c’est-à-dire sous la forme d’un livre (tankobon). Certains magazines sont hebdomadaires, d’autres bimensuels, mensuels, trimestriels, voire annuels (les « spéciaux »).

Il y a de très nombreux magazines de prépublication (mangashi) et ils visent tous une tranche d’âge et un genre différents. C’est un marché très segmenté et c’est donc en fonction du public principalement visé que l’on va pouvoir les classifier. Voici les principales catégories :

Garçons : shônen (pré-ado, ado) – young seinen (post-ado)
Filles : shôjo (pré-ado, ado, post-ado)
Adultes : seinenjosei / ladies comics – alternatifs (étudiant·e·s, salarié·e·s, femmes au foyer)

Il s’agit là de cœurs de cible, le lectorat est plus étendu et les limites des catégories sont parfois assez floues. Les filles ou les adultes peuvent lire du shônen là où on ne verra quasiment aucun garçon lire du shôjo. Toutefois, les magazines récents, notamment ceux disponibles uniquement en ligne, sont de plus en plus multi audiences.

Il y a aussi de nombreux genres qui sont abordés dans des magazines spécialisés. Ils ont aussi un cœur de cible axé sur le thème qui compte plus que la tranche d’âge et le sexe. Voici quelques exemples de mangas de genre : horreur / fantastique, mah-jong, Gundam (franchise à succès mettant en scène des robots géants) , boys’ love (yaoi), érotisme ou pornographie, lolicon (lolita complex) / moe (mignon), yonkoma (gags en quatre cases), etc.

 

 

Quelques grandes dates de l’histoire du manga au Japon :

1902 : Première véritable bande dessinée japonaise. À l’époque, la BD est quasi- exclusivement diffusée dans la presse, notamment satirique.
1914 : Création du Shônen Club, magazine (mensuel) pour les garçons. Il y a peu de BD à l’intérieur, surtout du rédactionnel, des prépublications de romans courts, des illustrations. Au fil des années, le manga va prendre de plus en plus de place dans les magazines pour enfants.
1923 : Arrivée du Shôjo Club pour les filles.
1947 : Sortie de La Nouvelle île au trésor d’Osamu Tezuka et de Shichima Sakai, un akahon (manga au format livre à petit prix surtout diffusé dans la région d’Osaka) qui connait un grand succès et lance le story manga (c’est-à-dire une histoire longue, dynamique, épique).
1955 : Des tankobon reprenant les histoires prépubliées rencontrant le plus de succès sont édités pour la première fois en ce qui concerne le manga moderne (mais le système existait déjà dans les années 1920, notamment pour les romans et les illustrations).
1956 : Passage au rythme hebdomadaire de plusieurs magazines, ce qui entraine un développement du manga et une forte demande d’auteurs, ce qui permet à la profession de se féminiser durant les années 1960. Auparavant, il n’y avait pratiquement que des hommes auteurs de manga, même pour les magazines qui s’adressaient aux filles.
1959 : Lancement du Weekly Shônen Magazine de Kodansha et du Weekly Shônen Sunday de Shôgakukan, les deux plus gros éditeurs de livres et de magazines au Japon.
1963 : Lancement du Margaret de Shueisha (principal mangashi pour les filles, qui a joué un rôle très important dans le développement du manga au féminin).
1965 : Arrivée de Garo, premier magazine alternatif proposant du gekiga (manga sombre, se voulant plus ou moins social, pour un public plus âgé).
1967 : Lancement du Manga Action Weekly de Futubasha, premier magazine seinen.
1968 : Lancement du Weekly Shônen Jump de Shueisha (principal mangashi pour les garçons) et du Big Comic de Shôgakukan (seinen).
1994 : Le Weekly Shônen Jump est au sommet avec un peu moins de 6,5 millions d’exemplaires imprimés chaque semaine. Le tirage est inférieur à 2 millions depuis 2017 mais il reste de loin le plus important de tous les magazines de manga.
1996 : Début de la crise du marché du manga.
2005 : Le chiffre d’affaire des tankobon dépasse celui des mangashi. Les magazines papier ont vu leurs ventes chuter, beaucoup ont disparu et la prépublication se fait de plus en plus sur Internet, surtout depuis le début des années 2010. Par contre, les ventes de mangas reliés restent relativement stables, preuve d’un changement de consommation du manga par les lecteurs.

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Comment sont faits les mangas au Japon ?

Tout part du magazine de prépublication (sauf rares exceptions comme celle des anthologies). Chaque magazine a un rédacteur en chef qui dirige le mangashi et qui définit la ligne éditoriale. Il y a surtout une équipe d’éditeurs (tanto), ceux-ci étant chargés de superviser un certain nombre d’auteurs (mangaka). Ce sont les tanto qui vont voir avec chaque auteur·e dont ils ont la charge comment réaliser un chapitre pour le prochain numéro à paraitre. Le rythme de parution du magazine conditionne la taille du chapitre et la fréquence des réunions. Pour un hebdomadaire, l’auteur·e doit produire généralement 16 pages. Pour un bimensuel, on est généralement à 20-30 pages, pour un mensuel, c’est entre 40 et 60 pages.

Les mangaka travaillent rarement seul·e·s, ils ou elles montent un studio et réalisent leur manga en équipe (payée sur les propres revenus des auteur·e·s). Ils ou elles sont généralement assisté·e·s par des personnes (les assistant·e·s) qui vont réaliser des tâches précises (gommer les crayonnés, poser des trames, dessiner telle ou telle partie du décor, etc.). Le nombre d’assistant·e·s est très variable, il dépend du nombre de pages à rendre, des séries en cours. Cela peut aller de un à plus d’une dizaine. Généralement, plus on s’approche de la date de rendu, plus il y a d’assistant·e·s. Dans les années 1970, Osamu Tezuka avait mis en place les 3 × 8 : il avait trois équipes d’assistants qui se relayaient 24 heures sur 24 dans les locaux de l’auteur. Le studio est généralement situé dans un appartement loué pour l’occasion (permettant de dormir sur place en période de bouclage) ou chez l’auteur·e dans une pièce dédiée à cet usage.

Un chapitre est généralement réalisé ainsi : L’auteur·e conçoit le scénario en réalisant un brouillon, une sorte de story-board qu’on appelle le name (namu). Ce brouillon contient les dialogues, les grandes lignes de la mise en page (la narration). Ensuite, l’auteur·e va rencontrer son ou sa tanto pour en discuter, soit dans les bureaux du magazine, soit dans un café. Les tanto peuvent demander des changements (et ne  s’en privent pas), estimant que telle ou telle partie n’est pas assez bonne, donnant ainsi des conseils pour rendre l’histoire plus attractive. Cela peut concerner un point de vue, un enchainement de cases, un dialogue, etc. Une fois que mangaka et tanto sont d’accord sur le chapitre, il est temps de passer au crayonné. C’est l’auteur·e qui s’en occupe et qui dessine toute les pages au crayon. Ensuite, c’est la phase de l’encrage. L’auteur·e peut s’en occuper entièrement ou déléguer une partie plus ou moins importante du dessin à encrer (les décors, les onomatopées, une partie des personnages). Les trames sont généralement posées par les assistant·e·s, tout comme la typographie des dialogues (qui peut aussi être faite par l’imprimeur). Une fois que tout est terminé (généralement juste à temps), les planches sont rendues au tanto qui les remet à l’imprimeur.

Pour un hebdomadaire, cela occupe généralement six jours sur les sept de la semaine. Le dimanche, l’auteur·e peut se reposer. Les assistant·e·s, pour un hebdomadaire, interviennent généralement les trois derniers jours. Mais cela peut varier d’un·e auteur·e à l’autre, selon sa façon de travailler. Créer des histoires pour un mensuel donne plus de temps pour s’organiser, mais il y a souvent plus de planches à produire. Il est à noter que certain·e·s passent d’un magazine hebdomadaire à un mensuel car ils ou elles n’arrivent pas à suivre le rythme ou que cela correspond mieux au récit. Il y a aussi la possibilité de paraitre un numéro sur deux.

De plus en plus, les mangashi ne sont plus imprimés mais sont disponibles uniquement sur Internet. La lecture sur téléphone portable est une façon de consommer du manga qui est de plus en plus  importante au Japon.

Lorsqu’il y a assez de chapitres pour faire un manga relié (entre 180 et 210 pages, généralement), un tome de la série est imprimé et mis en vente, éventuellement après des corrections voulues par l’auteur·e. Pour les séries à succès, il peut y avoir au fil des années des rééditions successives (à ne pas confondre avec une réimpression). Généralement, il s’agit d’une version poche (bunko) qui contient généralement un tome et demi (environ) de la série originelle. Il y a aussi des rééditions au format deluxe (plus grand avec les pages couleurs de la prépublication). Il existe d’autres formes de réédition (notamment pour des chaînes de magasin) qui contiennent généralement un nombre plus important de chapitres.

 

 

Comment devient-on mangaka ?

La plupart des auteur·e·s sont devenus mangaka en ayant gagné un des nombreux concours pour débutants qui existent dans de nombreux magazines de prépublication. C’est la voie privilégiée de recrutement des magashi. Mais auparavant, ces apprentis mangaka ont beaucoup dessiné depuis l’enfance et ont généralement fait partie du club manga de leur école (notamment au lycée, mais aussi à l’université). Ils ou elles ont ainsi fait du manga en amateur avant de tenter de passer professionnel. Ils ou elles peuvent aussi avoir passé plus ou moins de temps en tant qu’assistant·e dans un studio avant de réussir à placer une histoire ici ou là.

Il existe aussi des écoles préparant au métier de mangaka. Ce sont généralement des écoles privées post-lycée ou un enseignement que l’on suit en cours du soir lorsqu’on est étudiant. Depuis plusieurs années, être dojinshika à succès permet aussi de débuter une carrière professionnelle, surtout dans le domaine du shôjo manga sans avoir eu besoin de gagner le concours d’un magazine. Enfin, la recommandation est aussi une façon d’être engagé·e.

Avec la crise du manga qui dure depuis de nombreuses années, les rédacteurs en chef des magazines de prépublication (surtout shônen) ont été obligés de renouveler leur ligne éditoriale et surtout de chercher de nouveaux profils en dehors de la voie de recrutement privilégiée du concours de débutants, les histoires soumises étant souvent estimées par le jury comme étant d’un niveau trop faible et étant trop formatées.

Lorsqu’on a remporté le premier prix ou un des accessits d’un concours (il y en a un tous les ans ou tous les six mois, chaque magazine important ayant le sien), on reçoit une certaine somme correspondant au prix remporté. Surtout, on est remarqué et pris en charge par l’équipe rédactionnelle. L’histoire primée est généralement publiée dans le mangashi organisant le concours (ou une de ses déclinaisons), parfois dans un numéro spécial thématique,  parfois en bouche trou en cas de retard de remise d’un chapitre par un·e des auteur·e·s du magazine. Les tanto vont aussi commander une ou plusieurs histoires qui serviront éventuellement de bouche-trou ou seront publiées dans une des déclinaisons du mangashi (les numéros spéciaux permettent notamment de le faire). Si le succès est au rendez-vous, une série régulière est alors mise en place. C’est le début d’une carrière stable de mangaka… Enfin, stable tant que les histoires plaisent un minimum, chaque magazine demandant de noter les histoires publiées dans le numéro grâce à des cartes réponses.

Les auteur·e·s sont rémunéré·e·s pour la prépublication (parfois insuffisamment), puis touchent des droits d’auteurs sur les versions reliées. Surtout, ils ou elles gardent les droits pour les produits dérivés (sauf s’il s’agit d’un travail de commande, le manga étant alors lui-même un produit dérivé). De ce fait, il est très important pour les mangaka d’avoir une adaptation en animé car cela rapporte, financièrement parlant, et donne un coup de projecteur important sur la série.

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Les dôjin et le monde du manga « amateur »

Il est possible de faire du manga en dehors des maisons d’éditions déjà installées. Il existe un marché du manga « amateur » qui est devenu suffisamment important pour permettre d’en vivre. Les dojinshi sont apparus dans les années 1950 dans le cadre des clubs mangas qui existent notamment dans de nombreux lycées. Des « cercles » se forment, c’est-à-dire des groupes de personnes travaillant sur un même projet. Ces cercles sont sortis petit à petit du monde éducatif pour exister plus ou moins formellement en dehors, tout en se « professionnalisant ». Les mangas auto publiés sont généralement des one-shots (histoires auto conclusives) de quelques dizaines de pages racontant une histoire qui peut être la parodie d’une série à succès, ou être un récit original.

Beaucoup de dôjin sont à connotation sexuelle et peuvent être très explicites, notamment ceux reprenant les personnages de séries existantes. Si ces publications sont considérées comme illégales dans ce cas, elles sont (de moins en moins) tolérées par les éditeurs et les ayant-droits. Si la parodie a trop de succès commercial et rapporte trop aux dôjinshika, l’interdiction a de fortes chances de tomber.

La vente de ces ouvrages se fait par Internet et surtout par le biais des conventions. Il existe même des anthologie publiant du dôjin. La plus importante convention est le Comiket (comic market) qui se déroule deux fois l’an au au Tokyo Big Sight. On peut en avoir un petit aperçu en France en allant à Japon Expo, dans l’espace fanzine. Mais pour le Comiket, il faut imaginer un espace fanzine de plus de 30 000 stands (composés d’une simple table) accueillant plus de 500 000 visiteurs en trois jours. Il existe d’autres conventions au Japon, plus petites, comme le Comitia à Tokyo ou le Gataket à Niigata.

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Vous reprendrez bien un peu de japonisme ?

Japonismes2018

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’année 2018 est aussi celle des « japonismes » (il n’y a pas que le football dans la vie). En effet, depuis le mois de juillet, il se déroule (principalement sur Paris) une série d’activités culturelles liées aux 160 années des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Bien entendu, ce sont principalement les expositions qui m’intéressent. Elles sont nombreuses et variées, d’autant que celles en relation avec la culture ou la société japonaise ne sont pas toutes rattachées à Japonisme 2018 . D’ailleurs, je n’ai pas attendu cet ensemble de manifestations pour suivre de près celles qui sont en rapport avec le Japon.

Prenant conscience à la mi-aout qu’il y avait trois expositions (dont une seule fait partie du programme) qui allaient se terminer début septembre, je me suis retrouvé à me faire une sorte de grand week-end « japonisme ». C’est ainsi que je suis allé voir « teamLab : Au-delà des limites », « Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie » et « Junya Ishigami – Freeing  Architecture », soit une exposition d’art contemporain, une autre de bandes dessinées et, enfin, une d’architecture. Si ce n’est pas de la variété, ça… De plus, il devrait y avoir au programme d’ici la fin de l’année des visites à la MCJP, aux Arts décoratifs, à Guimet et à Branly, sans oublier un petit passage à Beaubourg.

teamLab : Au-delà des limites

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C’est la première exposition de la série, la seule des trois, donc, qui soit réellement rattachée à Japonismes 2018. J’y suis allé surtout pour pouvoir faire des photos sortant un peu de l’ordinaire. Mission réussie même si elles sont assez banales, les plus intéressantes étant quelques portraits de Shermane, que vous ne pourrez pas voir, cette dernière désirant garder un certain anonymat. Seul·e·s quelques privilégié·e·s ont pu voir ces fameux portrait bariolés de couleurs.

En effet, quand je compare mes création aux meilleures photos disponibles sur Instagram, je ne peux constater que, si une grande majorité sont plus mauvaises que les miennes (mais d’un point de vue technique uniquement), il y en a beaucoup qui sont largement plus réussies, tant sur le plan artistique que sur celui de la réalisation (elles n’ont pas dû être prises au smartphone).

À part ça, j’ai quand même trouvé l’exposition trop chère pour ce qui nous était présenté. Il n’y a que sept « salles » et il est nécessaire de rester longtemps dans chaque, d’avoir la patience de voir évoluer les scènes projetées, de réussir à s’immerger dans l’ambiance proposée par les artistes qui ont conçu les installations. Je n’ai eu rien de tout ça et je me suis relativement rapidement ennuyé malgré le côté spectaculaire des vidéo projections. Néanmoins, ça reste une expérience intéressante ; j’ai fait des expositions d’art contemporain qui m’ont bien plus déplu que celle-ci (Cy Twombly, par exemple).

(teamLab : Au-delà des limites à La Grande Halle de la Villette, du 15 mai au 9 septembre 2018)

Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie

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Ambiance totalement différente avec l’exposition Mangasia. Certes, j’avais acheté en son temps l’ouvrage éponyme de Paul Gravett (commissaire de la présente manifestation). Cependant, rien ne vaut la possibilité de voir réellement les ouvrages, de pouvoir apprécier leur taille, leur ancienneté, et de profiter d’une certaine mise en ambiance. Pour le coup, il fallait être motivé car il était nécessaire d’aller à Nantes (pour une fois qu’une exposition BD d’importance ne se déroule pas à Paris ou à Angoulême). Heureusement que ma complice de bande dessinée a-yin est toujours partante pour des virées plus ou moins lointaines dès que ça concerne un de ses sujets de prédilection.

Le point fort de cette exposition est la présence de nombreuses bandes dessinées venues de pratiquement toute l’Asie (principalement de l’Est et du Sud-Est, mais aussi du Sud). Il est vraiment intéressant de voir la production thaïlandaise ou philippine (par exemple), totalement ignorée par l’Occident. Si la Corée du Sud était peu présente, il y avait une place assez importante donnée aux Chines (RPC, HK, Taïwan), plutôt dans une perspective historique et il y avait une prépondérance du manga. De ce fait, il y avait un réel déséquilibre entre les différentes nationalités. Toutefois, il est facile de comprendre la raison de cette hégémonie du Japon. Comme j’en ai convenu dans la partie commentaires avec Rémi I., l’auteur d’un billet sur l’exposition, le Japon a phagocyté les marchés BD de toute l’Asie de l’Est et du Sud-Est, les Philippines étant bien le seul pays à rester sous l’influence des comics (au point que la BD s’appelle Komiks, là-bas). Et cette prédominance s’est faite aussi stylistiquement. Il suffit de voir le nombre de « manga-like » produit en Corée du Sud, à Hong-Kong ou à Taïwan (pour parler des marchés que l’on connait le mieux en France par leurs traduction et la présence de ces pays au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême).

De l’exposition « Mangasia », outre un aspect légèrement « foutraque » de l’exposition qui mélangeait assez allégrement les époques et les origines géographiques à l’intérieur de zones thématiques, je retiens surtout une belle diversité, une volonté de laisser une place certaine à la bande dessinée féminine (c’est surtout vrai pour le manga) et une belle section dédiée au sexe dans la bande dessinée asiatique. Ainsi, Paul Gravett n’a pas laissé de côté les représentations érotiques (voire pornographiques) à destination d’un public masculin (hétéro ou homo) ou à destination des femmes (hétéro ou homo, là aussi). Les expositions de BD (ou les articles de presse) ont tendance à oublier les femmes (les homos aussi, sans parler des autres minorités) dès que cela fait sortir d’une vision masculine du sexe. Notons que ce pan de la bande dessinée est très largement absent de l’ouvrage Mangasia.

Sinon, mention spéciale pour les planches d’est em, de Takako Shimura et de bien d’autres qui ont comblé de joie a-yin. Par contre, ça « manquait grave » d’œuvres de Moto Hagio et ça mériterait presque un carton jaune, là… ha ha ! Un autre point très appréciable de l’exposition est la tentative de montrer le manga au-delà de sa forme papier. Si l’évolution vers le net n’est pas très développée (les webtoons coréens, la prépublication en ligne au Japon, etc.), les trois projections d’extraits d’animés et de drama (série en prises de vue réelle), le petit jeu avec un Gundam et la projection de deux reportages tirés de la série Urasawa Naoki no Manben (des rencontres entre Naoki Urasawa et un·e mangaka), surtout celui consacré à Akiko Higashimura, proposent une diversité intéressante.

(Mangasia, merveilles de la bande dessinée d’Asie au Lieu Unique à Nantes, du 30 juin au 16 septembre 2018)

Junya Ishigami – Freeing  Architecture

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Passons à un domaine complètement différent, celui de l’architecture, japonaise en l’occurrence. Ce n’est pas la première fois que nous nous intéressons à l’architecture (il s’agit d’un des beaux-arts après tout). Je me souviens de l’excellente exposition photo « Japon, l’archipel de la maison » à la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris en 2015. Junya Ishigami est un jeune architecte qui a une vision très personnelle de ce à quoi doivent ressembler les bâtiments. Il réussit à allier design et architecture, ce qui donne des résultats assez époustouflants (pratique, je ne sais pas, mais impressionnant, c’est certain).

En règle générale, les expositions de la Fondation Cartier sont intéressantes car sortant souvent des sentiers battus. Il s’agit d’art contemporain loin des « fumisteries » (selon mon point de vue tranché et un peu fermé) que l’on peut voir régulièrement au Palais de Tokyo ou à Beaubourg. Celle-ci ne nous a pas déçus, avec de nombreuses maquettes expliquées par des cartels bien remplis, sans oublier des plans, vidéos ou photos et autres supports visuel. Comme le faisait remarquer manu, un des membres du petit groupe de mangaversiens fans d’exposition, on est cependant en droit de se demander si nombre des œuvres exposées ne risquent pas de rester à l’état de projet. En effet, la plupart ne sont pas achevées et ne semblent même pas être commencées.

La petite salle du sous-sol est parfaite pour s’endormir tant elle est sombre et qu’une des deux vidéos (41 minutes) nous berce de sa voix monotone (une Chinoise parlant un anglais très clair, rendant le sous-titrage en français inutile) et parfaitement soporifique. L’entretien (en japonais, sous-titré en français et en anglais), d’une durée de 21 minutes, passe heureusement nettement mieux. Quoi qu’il en soit, j’ai pu faire des photos intéressantes, malgré la foule (pourtant nous sommes venus tôt un dimanche matin). Voilà qui prouve, s’il le fallait, le succès de l’exposition, succès claironné par la Fondation Cartier, succès valant une prolongation qui nous a permis d’y aller !

(Junya Ishigami – Freeing Architecture à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, du 30 mars au 9 septembre 2018)

Faith « Zéphyr » Herbert : une nouvelle génération de super-héroïnes ?

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Faith Herbert est une psiotique qui a découvert ses pouvoirs sur le tard. Sa maitrise de la télékinésie lui permet de voler et de contrôler les objets autour d’elle, ainsi que de dresser un champ de force protecteur. Sous l’identité de Zéphir, elle a fait partie d’un groupe de super-héros qui a sauvé le monde d’un super-méchant… comme de bien entendu. Elle a aussi déjoué une invasion extra-terrestre en solo, évité l’anéantissement de l’humanité par un robot voyageur temporel et lutté contre un groupe de super-vilains qui voulaient l’éliminer, elle. Cependant, son quotidien nocturne consiste surtout à empêcher de vulgaires cambrioleurs de commettre leur forfait. Le jour, sous le nom de Summer Smith, elle est une simple pigiste d’un site d’informations cherchant le sensationnalisme. Toutefois, ses collègues ont rapidement découvert son identité super-héroïque, ce qui ne l’a pas empêché de continuer à vivre une vie de femme « normale » à Los Angeles. Malheureusement, il y a toujours un vilain qui cherche à se mettre en évidence dans ce fichu monde gouverné par le sensationnalisme et les nouveaux médias grand-public.

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Apparue dans la série Harbinger en 1992, puis membre important de la série Harbinger Renegade (débutée fin 2017), Faith « Zéphyr » Herbert a aussi bénéficié de son propre titre début 2016. Cela a commencé tout d’abord avec une mini-série de 4 épisodes puis une autre, plus développée, totalisant 12 numéros. Une troisième mini-série de 4 chapitres a été proposée à partir de mi-2017. Enfin, Faith: Dreamside est annoncée pour la rentrée 2018, alors qu’une adaptation cinématographique est attendue (Sony aurait commencé à travailler sur le projet sans qu’aucune annonce officielle ait été faite). Elle est ainsi devenue en peu de temps un personnage important pour son éditeur américain, Valiant. Il faut dire que son physique n’est pas passe-partout, et elle promène son embonpoint avec bonhomie. Surtout, il s’agit d’une « geek » assumée, fan de la série Dr. Who, ce qui ne peut que plaire à une grande partie du lectorat actuel.

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Valiant Entertainment est un éditeur peu connu en France alors qu’il a réussi à trouver sa place aux USA en un peu moins de trente ans. Fondée à l’origine par un transfuge de Marvel, puis rachetée par l’éditeur de jeux vidéo Acclaim, la maison d’édition a survécu à la disparition de ce dernier en 2004, même si cela a créé un long hiatus, le temps de réorganiser les différentes publications. Début 2018, l’éditeur a été racheté par un groupe de média et divertissement sino-américain, DMG Entertainment. La tentative de Panini d’importer l’univers de Valiant dans notre contrée a échoué il y a quelques années. En 2016, l’éditeur Bliss Comics est créé pour publier les séries Valiant en francophonie. Le succès semble être au rendez-vous puisque après des débuts effectués au format numérique, de neuf titres sortis en 2016, puis une vingtaine en 2017, Bliss devrait sortir entre 23 et 25 titres en 2018. L’éditeur français privilégie les intégrales à la segmentation par tomes des œuvres originales, même si cela est de moins en moins vrai. Un choix qui semble payant, d’autant plus que chaque série est conçu pour fonctionner indépendamment tout en faisant partie d’un grand tout, l’univers de Harbinger.

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Faith « Zéphyr » Herbert est une héroïne bien loin des canons de beauté super-héroïque. Elle n’est pas sculpturale comme nous avons l’habitude de le voir, surtout depuis la stylisation de plus en plus poussée du corps des personnages. Lorsqu’on regarde l’évolution de la représentation des super-héros entre les années 1930 et les années 2010, on s’aperçoit que cette stylisation des corps, qu’ils soient masculins ou féminins, a commencé à se mettre en place dans les années 1970, pour s’amplifier durant les années 1980 et prendre la forme que l’on connait maintenant dans les années 1990. Le graphisme a perdu petit à petit ses rondeurs pour devenir de plus en plus angulaire (à l’instar de ce que l’on peut aussi observer dans le manga). L’utilisation de plus en plus poussée de Photoshop et des effets de dégradés (ce qui rend la colorisation de la plupart des comics books si immonde) a amplifié cette exagération des formes et cette agressivité graphique. Faith, de par ses formes rebondies, va à l’encontre de cette évolution. Cependant, elle est un peu seule, comme on peut le constater dans, par exemple, Faith et la Future Force avec Neela Sethi.

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Cependant, le dessin est globalement plus rond qu’angulaire, ce qui le rend agréable, surtout pour celles et ceux qui, comme moi, ne supportent pas le style « classique récent » super-héroïque. Notons que le graphisme de Pere Pérez semble un peu plus personnel que celui de Francis Portela. Les scènes de rêve sont assurées par Marguerite Sauvage, ce qui crée une rupture franche et réussie. Les couleurs sont malheureusement un peu trop « américaines » et « photoshopée » mais cela ne passe pas trop mal.

Faith est donc en situation de surpoids. Elle représente ainsi une minorité (pas si petite) visible, notamment aux USA.  Si les afro-américains réussissent, difficilement, à se faire une place de plus importante, avec des rôles moins secondaires, dans l’industrie du divertissement (notamment grâce au succès un peu inattendu du personnage de Black Panther dans le film éponyme), que l’apparition en 2014 de Kamala Khan, une Miss Marvel d’origine pakistanaise et de confession musulmane a fait bouger certaines lignes. Faith devrait en faire bouger d’autres, dans un domaine peut-être moins médiatisé ou polémique, mais qui n’en est pas moins important pour de nombreuses personnes, filles ou garçons.

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L’autre point appréciable de la série est le ton humoristique employé par la scénariste, Jody Houser. Il en résulte une lecture légère, bien loin du sérieux artificiel de nombre de séries Marvel ou DC (même si cela est moins vrai depuis quelques temps). Ceci dit, comme on me l’a fait remarquer, cette légèreté, ce courant de positivisme, pouvant sembler un peu crétin tant l’évolution actuelle du monde (pas seulement Occidental) ne peut qu’entrainer un certain pessimisme, est à la mode dans la bande dessinée américaine, à l’instar d’un titre comme Ecureuillette contre l’univers Marvel (sauf que ce cas, j’ai détesté). Les deux récits ont d’ailleurs de nombreux points commun, notamment d’être à la mode « geek ». Cependant, faire de Faith une fan de comics et de jeux de rôle permet de créer une distanciation bienvenue dans les histoires concoctées par la scénariste et sert de ressort humoristique dont l’utilisation est réussie, ne demandant pas d’être « geek » soi-même pour en apprécier l’humour, même si cela fait rater de nombreuses références. Les exemples sont nombreux, mais c’est avec la partie intitulée « Les Conventions, cet univers impitoyable » et avec la mini-série Faith et la Future Force que ce mécanisme s’exprime le mieux.

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Il est peut-être encore un peu trop tôt pour affirmer que Faith « Zéphyr » Herbert est la représentante la plus emblématique d’une nouvelle génération de super-héroïnes. Ce sera le succès commercial de son éventuelle adaptation cinématographique qui en décidera, vraisemblablement. Néanmoins, elle participe incontestablement à un mouvement plus général concernant la représentation des femmes, ici, dans un médium relevant de la culture populaire, mais elle pourrait toucher un public beaucoup plus large dans le futur.

Le manga et moi (le bonus)

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Les petits billets sur les mangas qui m’ont le plus marqué ont inspiré a-yin qui a inspiré à son tour VpViennetta qui a réveillé son WorPress pour proposer ses 10 titres. Je ne suis pas peu fier de ce mouvement et j’attends maintenant que Shermane « réveille » à son tour son blogspot. J’attends aussi la liste de Vivisab, et j’espère qu’il y aura un billet similaire de Gemini !

En attendant, pour clore définitivement ma liste des mangas marquants, voici en bonus quatre autres titres (les derniers, promis !). Mon top 10 FB s’est donc transformé en top 12 puis en top 16. Car il y avait encore quatre mangas dont je voulais absolument parler, comme quoi certains n’avaient pas tort quand ils pensaient que dix, c’était trop peu, qu’ils ne pouvaient pas faire une liste aussi courte. À cela s’est ajouté le fait que plusieurs personnes se sont prises au jeu (j’espère donc qu’il y en aura d’autres) et ont donné une liste avec quelques explications, que ça soit sur le forum de Mangaverse ou sur leur blog. La lecture étant une activité solitaire, il est toujours intéressant de pouvoir échanger via Internet, à défaut de le faire de vive voix.

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Le Livre jaune
de Fumiko Takano est un titre marquant à deux titres. Lorsque Frédéric Boilet a lancé la collection Sakka chez Casterman, il avait la volonté de proposer des titres d’une tonalité autre que ce qui était (très) majoritairement proposé au lectorat francophone. C’était ce qu’il appelait LA nouvelle manga et dont il nous donnait un aperçu en tant que directeur de collection. En 2004, Le Livre jaune (avec Blue de Kiriko Nanana – qui vient d’être réédité en collection Écriture) proposait quelque chose de jamais vu dans le manga : un ton intimiste, des instantanés de la vie de tous les jours. Avec un sujet portant sur la littérature, nous étions loin des trois qualités incontournables de la bande dessinée résumées par Thierry Groensteen (l’humour, l’aventure, le merveilleux). Rien de tout cela ici, uniquement le quotidien de quatre femmes placées dans des situations différentes, mais banales. Ce titre est devenu encore plus marquant lorsqu’en 2005 au Festival d’Angoulême, discutant manga avec Boilet et lui répondant que Le Livre jaune était mon Sakka préféré, il est sorti du stand pour me claquer deux bises afin de me remercier d’avoir cité son petit chouchou de la collection. Il est à noter qu’on trouve encore assez facilement l’ouvrage d’occasion et si vous ne connaissez pas, je ne peux que vous conseiller de le lire !

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Naru Taru
est là pour une toute autre raison : sa violence et sa sexualité alors que les protagonistes sont des enfants ! Je ne me suis pas intéressé à sa première publication en 2000, d’ailleurs rapidement interrompue par Glénat (j’avais décroché du manga à l’époque). J’ai découvert la nouvelle édition que Stéphane Ferrand (directeur de la collection manga à l’époque) a eu le courage de proposer presque 10 ans plus tard à un lectorat plus adulte (sûrement aidé par la publication de Bokurano par Asuka). Grâces lui en soient rendues tant cette série est marquante par le décalage entre les personnages et la violence de l’histoire. Si je n’ai pas retenu le titre dans ma précédente sélection, c’est que la narration est trop souvent perfectible et gâche quelque peu la lecture.  Pourtant, le message que veut faire passer Mohiro Kitoh, l’auteur, sur la société japonaise est suffisamment fort pour que j’en parle ici. Ce qui me fait encore plus regretter que nous n’avons plus rien du mangaka depuis cinq longues années…

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Le Pavillon des hommes
était dans le top 10, puis le 12, mais deux fois, je l’ai sorti de la sélection pour mettre un autre titre. Cette fois-ci est la bonne ! Si j’ai accroché de suite à la série, sa périodicité (un tome par an), la difficulté de rentrer à nouveau dans l’histoire (et dans l’Histoire du Japon), de bien remettre les personnages qui se ressemblent tous, ont nui à son impact sur moi. Cependant, étant souvent sous influence lorsqu’il s’agit d’apprécier des séries suite aux avis de certaines personnes (généralement des – de moins en moins – jeunes filles), Le Pavillon des hommes est toujours resté dans mes lectures préférées (les qualités de ladite série étant tout de même la raison principale, hein !). Néanmoins, c’est l’idée de reprendre le travail d’a-yin sur le forum de Mangaverse, de le poursuivre sur le présent WordPress suite à une relecture des premiers tomes, qui a fait de ce manga un des plus marquants de ma vie de lecteur. Il faut dire que la mangaka, Fumi Yoshinaga, a un formidable talent de conteuse et que j’ai pu lire la quasi-totalité de ses œuvres (en les empruntant), celles-ci étant (plus ou moins) disponibles en anglais.

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On ne le croirait pas mais je suis aussi fan de récits  romantiques, il y a toute une série de mangas qui trouvent grâce à mes yeux alors que rien ne permet de le prévoir. Il y a par exemple Crossroad ou Mon histoire dans ma pré-sélection de 26 titres. Cependant, Library Wars – Love & War passe devant grâce à son action et son humour, en plus d’une relation en guimauve bien dégoulinante. Pourquoi ? Voilà une question difficile. Peut-être le fait que l’histoire se passe dans un environnement paramilitaire me rappelant mon service national dans l’armée de terre (oui, ça existait encore à mon époque) et mes années passées dans la réserve opérationnelle. Une sorte de madeleine de Proust, donc. Le thème central des livres et des bibliothèques de prêt (par exemple, je suis très fan du Maître des livres), combiné avec une organisation militaire, de la romance rose bonbon et de l’action a provoqué chez moi une réaction un peu inattendue. C’est donc ce mélange improbable qui explique la présence de Library Wars – Love & War dans ce billet. Je me souviens que j’attendais chaque nouveau tome avec une très grande impatience, les lisant deux fois à chaque nouvelle sortie (c’est-à-dire qu’après une première lecture, je relis le tome immédiatement) et que j’ai pleuré intérieurement de ne pas pouvoir lire la suite (toujours en cours au Japon) et qui n’est même pas disponible en scan US. Pire, je ne peux même pas espérer que Glénat sorte une autre série de Kiiro Yumi, étant donné qu’elle n’a fait ensuite que des histoires courtes en un volume et que c’est un format qui ne se vend absolument pas en France.

Voilà, je passe définitivement le relais à d’autres. Pour celles et ceux que ça intéresserait, voici le reste de ma liste des 26 titres présélectionnés pour ces différents tops :
L’Arbre au soleil, La Cité Saturne, Crossroad, Cyborg Kurochan, Full Metal Alchemist, Love Me Tender, Mon Histoire, Monster, Le Passage et Touch.

FB et ses chaînes de lettres 2.0 : le manga et moi (2)

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Il est amusant de voir comment une simple chaîne de lettres peut déclencher un débat. Pas sur FB ou Twitter, bien entendu, où une discussion prolongée n’est pas possible, mais sur un bon vieux forum, à l’ancienne, où les quelques habitués qui restent ont gardé de vieilles et bonnes habitudes. C’est le cas sur le forum du site Mangaverse où je suis allé faire de la publicité pour mon billet précédent, étant donné le peu de réactions (quantifiées ici sous la forme de clic vers ledit billet) que sa publication sur mon mur FB provoque à chaque fois. Indéniablement, je ne suis pas un blogueur d’influence…  🙂

Néanmoins, cela ne va pas m’empêcher de poster six autres mangas qui ont particulièrement marqué ma vie de lecteur de bandes dessinées :

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Je ne me souviens pas comment j’ai découvert Tensai Family Company. Vraisemblablement par moi-même parce qu’en 2005, je suivais de très près l’actualité manga, qu’il s’agissait d’un josei (c’est à dire un manga à destination des jeunes femmes), genre se développant en francophonie à l’époque (grâce aux éditeurs Sakka et Asuka), ce qui changeait des sempiternels shônen / shôjo, et que je connaissais le directeur éditorial d’Asuka (faire partie de Mangaverse pouvait faire son petit effet sur une « carte de visite »). Et namtrac en disait tellement de bien sur le forum… Il faut dire que c’est une série marquante par son thème, celui du monde des affaires, traité à la fois de façon comique tout en restant très crédible, notamment sur les relations professionnelles. C’était la preuve que le manga pouvait traiter de n’importe quel sujet en n’étant pas ennuyant, bien au contraire. Il faut dire que Tomoko Ninomiya a un talent fou pour raconter de façon relativement réaliste, tout en restant amusante, la vie de personnes projetées dans tel ou tel univers. Inutile de dire que je me suis jeté sur Nodame Cantabile lorsque la série est sortie quelques années plus tard et que je me désespère de pouvoir lire un jour un autre titre de l’auteure tant ses deux séries parues chez nous ont fait un flop commercial (pour ne pas parler « d’accident industriel »).

Goyo1-wpSans Natth et sa promotion pour le titre en créant un sujet dédié sur le forum de Mangaverse (soyons honnête, c’est certainement l’avis de beanie_xz qui m’a décidé à m’y intéresser car je suis sous influence dès qu’il s’agit de certaines personnes), je ne me serai certainement pas passionné aussi vite pour le travail de Natsumo Ono. À la base, je ne suis pas très manga de samouraïs, je n’ai jamais supporté Vagabond, par exemple. Pourtant, raconté par Ono, c’est formidable de sensibilité et de subtilité, car ici la parole remplace le sabre. De plus, l’ensemble se lit extraordinairement facilement. Ceci dit, la présence de Goyô dans ce top 12 est très vraisemblablement due au fait que j’ai relu la série il y a peu et que j’y ai trouvé le même plaisir de lecture que huit années auparavant. Je n’ai plus qu’à me mettre à relire Gente… Dans le même genre, mais en plus fou et onirique, je ne peux que conseiller Le Samouraï bambou de Tayou Matsumoto (aussi chez Kana, l’éditeur belge étant incontestablement le plus intéressant depuis de très nombreuses années, en tout cas à mes yeux). Et je vais demander à a-yin de me (re)prêter les titres de la mangaka sortis aux USA.

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Alors que je décrochais lentement mais sûrement du manga depuis 2012, évolution aggravée par l’arrêt de Mangaverse en 2013 au profit d’Aftermangaverse (mais sans fermeture du forum, mille fois merci à Morgan pour cela), plusieurs titres sont venus me prouver que la bande dessinée japonaise recelait encore de nombreuses perles qu’il ne fallait rater sous aucun prétexte. Sur FB, j’ai dû choisir entre deux, mais ici, je n’ai pas besoin d’en sacrifier un. Gokusen est marquant par le fait que j’ai regardé l’intégralité de la saison un du drama (série TV tournée avec de vrais acteurs) tiré de la série. Vous n’imaginez pas à quel point ceci est exceptionnel : je ne supporte pas les animés ou les drama, ne supportant pas les images qui bougent japonaises à destination du grand public. Les voix sont insupportables, la qualité de réalisation est insupportable : tout est insupportable à mes yeux dans la culture populaire japonaise… à l’exception des mangas, peut-être étrangement quand on y pense ! Il faut dire que je n’ai aucune fascination pour le Japon, bien au contraire.

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Je n’ai jamais été un grand fan de Banana Fish, même si j’avais apprécié la série à l’époque. Mais Kamakura Diary est un manga particulièrement marquant par sa façon d’aborder de façon légère des sujets aussi graves que la mort des proches ou la maladie. En racontant la vie de tous les jours d’une famille uniquement composée de quatre sœurs (leur père est mort, la mère de l’une d’elle est morte, celle des trois autres est partie refaire sa vie en abandonnant ses enfants), Akimi Yoshida déploie un talent fou de narratrice car jamais elle n’ennuie ses lectrices et lecteurs. C’est une nouvelle preuve que le manga au féminin est extrêmement qualitatif et d’une très grande richesse (même si on y trouve une majorité d’œuvres sans autre prétention que celle de détendre « sans prendre la tête » des lectrices). Il n’aura échappé à personne que je ne parle dans ce billet (jusqu’ici) que de titres réalisés par des femmes.

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Décidément, l’année 2013 a été particulièrement riche en séries marquantes. Ce n’est pas avec l’Anthologie Moto Hagio que cela va changer, même si techniquement, il s’agit d’une anthologie d’histoires plus ou moins longues. Je me suis intéressé à la mangaka pour son importance historique, pas pour les qualités du Cœur de Thomas qui m’avait laissé de marbre à l’époque de sa sortie. Et en lisant les deux volumes constituant cette anthologie, ainsi que celle sortie au USA (A Drunken Dream), j’ai pu réellement comprendre les raisons de cette réputation, surtout en réalisant un dossier pour du9 (qui a débouché sur une conférence au Festival d’Angoulême 2014). Cette excellente lecture accompagnée d’un gros travail de recherche qui m’a permis de me pencher sur le développement du manga à destination d’un public féminin dans les années 1950-1980 rend cette anthologie particulièrement marquante dans mon parcours. 

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Terminons ce top 12 par une série très récente. Si 2013 a marqué (en quelque sorte) mon « retour » au manga, ce titre est celui qui m’enthousiasme le plus actuellement. Les raisons ne sont vraisemblablement pas uniquement liées aux qualités du manga et au talent de son auteur. Certes, les personnages sont particulièrement attachants, l’histoire est très bien racontée et le dessin assez réussi. Non, c’est surtout que le titre réussit à créer une identification très forte chez moi, chose qui est très rare, je dois avouer. J’ai toujours eu tendance à rester extérieur au récit, un simple spectateur, et à ne pas me projeter dans tel ou telle protagoniste. En cela, Après la pluie mérite pleinement sa place ici. Si je n’ai pas posté sa couverture sur mon FB, c’est tout simplement que je ne pouvais que garder dix titres (ma sélection en comptait 24, et encore en oubliant des incontournables comme Full Metal Alchemist ou Monster) et qu’il s’agissait du plus récent. De plus, son succès critique et commercial me permettait de ne pas le citer (snobisme quand tu nous tiens).

Voilà pour la seconde partie consacrée à mes douze lectures mangas les plus marquantes (en fait, il y en a bien plus, au moins 26). Il est notable qu’il y a deux ou trois ans, un tel texte se serait retrouvé sur le forum de Mangaverse, alors que maintenant, il sert à alimenter mon blog (c’est vraiment du travail, un blog, surtout quand on veut faire des textes un peu développés). Et encore, je suis en retard, normalement, j’aurai du faire une vidéo pour la poster sur Youtube et en donner le lien sur l’ensemble des réseaux sociaux. Mais que voulez-vous, je reste définitivement 1.0 (à la limite, 1.5) sur Internet ! 🙂

FB et ses chaînes de lettres 2.0 : le manga et moi (1)

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Depuis quelques semaines, je vois passer un petit jeu auprès de mes petit·e·s camarades qui consiste à poster la couverture des dix mangas qui ont le plus marqué et de « poker » des « amis FB » pour qu’ils en fassent de même. Une sorte de chaîne de lettres 2.0, en fait… Alors que je ne donnais jamais suite à ces chaînes (qu’elles soient papier ou courriel), cette fois j’ai bien voulu jouer le jeu sur Facebook et emmerd… déranger dix de mes connaissances. D’ailleurs, certain·e·s ont eu l’intelligence de participer tout en ne faisant pas suivre, la plupart ne participant pas comme je le faisais à l’époque pour ces fameuses chaînes de lettres.

Toutefois, ne pas avoir à donner d’explication sur le choix de ces dix mangas était frustrant pour moi.  Du coup, j’ai eu l’idée d’en faire un billet (en deux parties vu comment je suis bavard) en reprenant les titres concernés tout en expliquant leur présence. À ces dix sélectionnés, j’en ajoute deux autres pour porter le total à douze, ayant dû les écarter de la sélection finale à regret. Les douze séries (il n’y a pas de one-shot) sont présentées ici dans un ordre chronologique et non de préférence. Ceci dit, il est évident qu’ils font parti de mes titres préférés et que se sont toutes d’excellentes œuvres à lire absolument !

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Dragon Ball
a été ma première bande dessinée japonaise (comme pour beaucoup de monde). Lassé de la production franco-belge de l’époque (je n’avais pas encore découvert la production dite indépendante), je ne lisais plus grand chose quand j’ai découvert ces étranges tomes assez épais en petit format et en N&B qui commençait à prendre de la place dans les rayonnages à la FNAC.  D’autant que je me souvienne, c’était en 1994 (ou en 1995). La série était diffusée en kiosque depuis quelques temps et les tomes reliés se trouvaient en librairies spécialisées et en GSS culturelles. J’ai commencé par ces fameux tomes reliés avant de continuer en version kiosque, je n’allais pas attendre pour lire la suite, hein ! Peu de temps après, je me suis mis à lire Ranma ½ (que j’ai suivi durant ses huit années de parutions françaises, malgré deux abandons de lectures de « mangasses » durant cette période) et à peu près tout ce qui sortait dans le mitant des années 1990 (sauf Akira d’Otomo et je m’en vante).

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J’avais abandonné les mangas depuis de nombreux mois, estimant avoir fait le tour du genre et étant occupé par autre chose (quelqu’un d’autre, disons…), quand début 2002, ayant brutalement plus de temps libre à tuer et furetant dans le rayon manga d’une libraire BD de République où j’avais mes habitudes (elle n’existe plus depuis longtemps, malheureusement), je suis tombé sur Maison Ikkoku de Rumiko Takahashi. Je connaissais l’auteure parce que je la suivais depuis longtemps avec Ranma ½. Et là, ce fut le choc tant le titre était éloigné de ce que j’avais lu jusqu’ici et des shônen manga qui étaient proposés à l’époque. Je me souviens que ce même jour, j’avais rejeté Amer Béton, bien trop spécial à mes yeux au niveau du dessin et de l’histoire. On peut dire qu’il s’agit du manga qui a eu le plus d’importance dans ma vie de lecteur puisque je me suis intéressé à son auteure, et faire différentes recherches sur le net m’a amené à fréquenter des forums spécialisés (Mangakana, puis Tonkam, avant d’atterrir sur celui de Mangaverse où j’officie toujours, largement plus de 10 ans après), à faire la connaissance de beaucoup de monde par ce biais, puis à devenir un des experts du manga en France. Bref, le cours de ma vie a changé grâce à Maison Ikkoku !

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Si Maison Ikkoku est le catalyseur, Urusei Yatsura est l’amplificateur de ce changement tant je suis devenu le premier fan (autoproclamé) de Rumiko Takahashi grâce à ce titre. Certes, je connaissais vaguement l’animé qui passait à la télévision (sûrement l’effet bikini) mais je ne m’intéresse plus aux « images qui bougent » japonaises depuis que j’ai cessé de regarder Le Roi Léo et Goldorak (et je parle là d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître). En fait, j’ai lu à l’époque la version américaine de la série (incomplète), lu les scantrads US (incomplets) et je me suis même lancé dans la scanlation en français sur mon site UYFrance. Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu lire la version française grâce à Glénat. De fait, je me suis toujours passionné pour les œuvres de la mangaka, même si actuellement, cette passion n’est pas très dévorante pour Rinne.  Imaginez que je ne possède que deux artbooks, et celui des 35 ans de carrière de Rumiko Takahashi est l’un de ceux-là.

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Le site Mangaverse et son forum m’ont permis de découvrir de nombreuses bandes dessinées, pas seulement japonaises, et d’ouvrir mon champ de vision plus rapidement. J’ai ainsi pu apprendre à apprécier des titres plus difficiles graphiquement et aux thèmes plus proches de la vie quotidienne (jusqu’à devenir mon genre de prédilection). Ils m’ont permis de rencontrer de nombreuses personnes, y compris des professionnels du monde de l’édition. Vraisemblablement, je suis intéressé à Ping Pong du fait que j’étais ami avec le couple qui en faisait la traduction et l’adaptation. Il y a aussi le fait qu’Akata publiait des titres de grandes qualités par le biais de son association avec Delcourt. J’ai ainsi réellement découvert Tayou Matsumoto après un premier rendez-vous raté quelques années auparavant. D’ailleurs, on peut dire ce que l’on veut sur Dominique Véret, mais force est de constater qu’après son départ de Tonkam, il n’a fallu que quelques années pour que la structure ne publie plus que des mangas sans intérêt. Et après l’arrêt de la collaboration Akata-Delcourt, l’éditeur parisien a été incapable de proposer un titre intéressant. Espérons qu’Akata sache garder longtemps un tel esprit  découvreur et novateur après le (nouveau) départ de Dom’ !

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Étrangement, cette série est une des plus importantes dans ma carrière le lecteur-rédacteur alors que je ne l’ai pas dans ma bibliothèque. Cependant, a-yin est en train de remédier à cette anomalie et m’a déjà trouvé les deux premiers tomes en occasion (et surtout en bon état). Je l’ai empruntée en 2005 à une (ex-) forumeuse de Mangaverse à l’époque (j’ai toujours son tome 7, nos relations ayant cessées brutalement mi-2010 avec son départ pour le Japon). Motivé par les qualités et surtout la profondeur de Larme Ultime, j’ai rédigé un long dossier à épisodes (il faudra un jour que je l’achève et que je le remette en forme après réécriture). Ce n’était pas la première fois que je me lançais dans la rédaction d’un texte un peu développé, mais c’était la première fois que j’analysais autant une lecture, allant au-delà de mes petites chroniques pour Bulledair et pour feu Mangavoraces. Cet ensemble de textes annonçait ceux que je ferais plus tard pour du9 et pour la revue d’étude Manga 10 000 images. De plus, il n’est pas étonnant que le second artbook que je possède est de Shin Takahashi !

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Pour terminer cette première partie, parlons un peu de Dorohedoro. Je dois avouer que j’ai mis longtemps à m’y intéresser (je ne suis pas toujours au taquet sur les titres pouvant me plaire). Pourtant, le titre avait sa petite réputation sur Mangaverse et il me semble que j’avais découvert la tête de Caïman lors d’un Mangaverstival. C’est surtout grâce à Iker, de Soleil Manga, que je m’y suis mis. Lors de Chibi Japan Expo 2007, il m’a offert en service de presse les quatre premiers tomes, m’affirmant que j’adorerai la série. Effectivement, j’ai été immédiatement subjugué par l’univers de Q-Hayashida au point de suivre la série en scantrad US par impatience de connaître la suite des aventures de Nikaïdo et de Caïman. Je dois avouer que cette impatience est retombée depuis quelques temps, mais Dorohedoro mérite toujours d’être dans mon top 12 des mangas qui m’ont le plus marqué.

La seconde partie de ce texte fera l’objet d’un autre billet, dans quelques jours. Il faut déjà que je termine mon top 10 sur FB pour ne pas dévoiler en avance deux des quatre autres lauréats (les onzième et douzième seront une exclusivité WordPress, ha ha). Les spoils, on n’aime pas trop ça dans le petit monde du manga 🙂

L’Art est aussi une question de sensations

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Récemment, sur un même week-end, j’ai eu l’occasion de faire deux expositions qui proposaient une « expérience » totalement différente. En effet, passer de la chaleur (au sens propre comme au sens figuré) asiatique à la froideur slave s’est révélé être un changement assez marquant, notamment sur le plan des perceptions . Pourtant, le sens commun associe plutôt l’art aux émotions et l’on ne s’attend pas à devoir ressentir littéralement des sensations physiques en visitant une exposition. C’est peut-être pour cela que visiter deux expositions aux environnements si opposés m’a permis de mieux comprendre que l’art n’est pas qu’intellectuel ou émotionnel. Certes, des performances ou des installations immersives peuvent chercher à solliciter les sens des spectateurs. De plus, il n’est pas interdit de penser que le commissaire et les scénographes d’Enfers et fantômes d’Asie aient aussi pensé leur manifestation comme devant être immersive et spectaculaire. À l’inverse, l’exposition consacrée à Kupka ne doit-elle pas être à l’image que l’on pourrait se faire de l’artiste, c’est à dire une vision de l’art surtout intellectualisée ?

Enfers et fantômes d’Asie

Musée du quai Branly – Galerie Jardin – Jusqu’au 15 juillet 2018

Aller à Branly un samedi après-midi n’est pas une bonne idée (habituellement, nous y allons le dimanche matin, à l’ouverture) tant il y a la foule pour visiter le musée à cette période de la journée. Certes, j’ai vu bien pire au Grand Palais ou à Orsay (par exemple) mais côtoyer autant de monde (l’exposition semble rencontrer un franc succès) dans un lieu aussi exigu peut rendre la visite assez éprouvante. Chaleur, manque de lumière, bruit, cris et pleurs, foule entassée : pas de doute, nous étions bien en enfer !

Il faut d’ailleurs saluer la mise en situation des visiteurs : couleurs rouge et noir pour la partie dédiée aux enfers, avec une certaine difficulté pour circuler et à accéder aux œuvres, couleurs grises et noir pour les fantômes, esprits et autres revenants, et enfin blanche (ou orangée) et noir pour la fin, celle des gardiens des sépultures. La partie la plus marquante est sans conteste la première avec ses nombreuses vidéos et représentations « réalistes » de supplices, sans oublier le passage de la porte des enfers. La zone des diverses représentations des fantômes et compagnie, notamment japonais, est plus « classique ». Toutefois, l’apogée du repoussant est sans conteste atteinte avec la l’espace dédié à la représentation des spectres thaïlandais. Âmes sensibles s’abstenir (et enfants, à écarter), hé hé !

À l’arrivée, nous avons là une bonne exposition, variée, avec une scénographie spectaculaire mais un peu pauvre en information et en contextualisation. En tant que fans de bande-dessinée (notamment asiatique), il est difficile de ne pas être déçu par la partie manga bien trop focalisée (donc trop restreinte) sur quelques noms comme Mizuki et Umezzu. De plus, le catalogue est assez décevant car trop d’œuvres n’y sont pas reproduites. Dommage car les textes semblent être de qualité…

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Kupka, pionnier de l’abstraction

Grand Palais – Entrée Champs-Élysées – Jusqu’au 30 juillet

Changement de décor radical avec l’exposition événement du Grand Palais : une grande rétrospective retraçant l’œuvre de František Kupka, de ses débuts à ses dernières créations. Il n’y a pas grand monde pour arpenter les travées, ce qui n’est pas étonnant en y allant un lundi, de plus journée à moitié fériée. S’il fait chaud dehors, ce n’est pas le cas dans l’aile Champs-Élysées à la climatisation pour le moins « efficace ». Ainsi, la faible température se retrouve être en accord avec les grands murs blancs et une certaine froideur des œuvres (même si l’artiste semblait beaucoup apprécier le jaune et l’orange), notamment dans le cas des illustrations et des peintures, ces dernières n’étant pas nécessairement abstraites.

Le classicisme de la scénographie tranche avec l’exposition du samedi précédent, son « efficacité » et sa pédagogie aussi. Sur une base chronologique, ce qui est toujours plus simple à présenter, les visiteurs découvrent ainsi l’évolution de l’artiste. Cela n’enlève rien à l’intérêt de la manifestation, bien au contraire. Il est toujours enrichissant de voir (et comprendre) comment un artiste peut passer du figuratif à l’abstraction, de voir son œuvre se construire au fil du temps. De même, les travaux de Kupka en tant qu’illustrateur « anticapitaliste » sont intéressants à observer, d’autant plus qu’ils sont particulièrement mis en valeur. Pour en revenir à la froideur, certes, les tableaux sont souvent très colorés, mais cela reste froid car manifestement réfléchi, posé, grâce à une représentation géométrique de l’abstraction. Pourtant, de la passion, l’artiste en avait, mais il la maîtrisait, manifestement !

Une excellente exposition, certes conventionnelle, mais qui permet de mieux comprendre, et donc de mieux apprécier, l’abstraction dont Kupka est devenu un des maîtres. Les grands formats présentés sont superbes et pourraient bien provoquer un sentiment esthétique même chez les plus réfractaires au non-figuratif.

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