Ayako

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Les Tengué sont une ancienne et puissante famille de la région (fictive) de Yodoyama. Pourtant, avec la défaite du Japon en 1945 et l’occupation américaine, les problèmes s’accumulent. Le plus grave est celui lié à la réforme agraire qui prive les riches propriétaires terriens d’une grande partie de leurs terres et surtout de leur pouvoir sur les fermiers, le système agraire étant encore à l’époque semi-féodal. Certes, ce pouvoir avait diminué dans les faits depuis plusieurs années, mais la réputation et l’honneur de la famille en imposaient toujours autant dans les environs. Autre contrariété, la réputation des Tengué est écornée avec le retour de Jiro, le second fils, ancien prisonnier de guerre qui a « osé » ne pas mourir au combat. Il y a aussi Ayako, la petite dernière. Elle crée un embarras de taille même s’il est caché : elle est la fille du patriarche et de sa belle-fille, l’épouse de l’ainé, Ichiro le successeur désigné du clan. N’oublions pas le jeune Shiro, collégien retors et enclin à la rébellion. Enfin, pour couronner le tout, il se révèle, suite à une enquête sur la mort d’un agitateur politique, que Naoko, la grande sœur lycéenne, est une de ces communistes honnis. La famille, c’est bien des soucis, surtout quand les temps sont troublés…

Ayako est une série en trois tomes épais réalisée entre 1973 et 1974 dans un magazine seinen, c’est-à-dire à destination d’un public de jeunes adultes. En effet, avec le succès rencontré au Japon par des titres plus murs et sombres, Tezuka s’est mis lui aussi à créer des œuvres plus dures. Le présent titre est le plus extrême dans ce genre, avec des thèmes comme l’inceste, les excès du patriarcat, notamment liés à aux codes d’honneur, à l’importance de l’apparence. Cela représente autant de situations qui débouchent sur des violences, notamment infligées aux femmes. Il y a aussi une évocation des années troubles de l’après-guerre, entre la montée du mouvement communiste, combattu sans pitié par les pouvoirs en place, mais aussi la connivence des yakuza avec le monde politique japonais, sans oublier les jeux de pouvoir au sein de la force occupante (les Américains). Il en résulte une histoire tellement noire que le titre n’a pas eu l’aura des œuvres plus grand public du Maître. D’ailleurs, certaines personnes considèrent Ayako comme étant un manga plutôt mineur de Tezuka quand d’autres estiment qu’il s’agit d’une de ses meilleures bandes dessinées. En France, il n’y a pas de doute : dans la droite ligne du succès de la première édition en 2003, Delcourt prévoit de publier une nouvelle version (la troisième en quinze ans) en avril 2018.

Toutefois, Ayako n’est pas sans défaut. Comme souvent avec Tezuka, il y a parfois des problèmes de rythme et certaines parties sont moins intéressantes que d’autres. Cela varie selon les goûts des lecteurs : citons la mise en scène du patriarcat, la vie d’Ayako, mais aussi l’enquête policière (servant aussi de fil rouge), sans oublier les relations entre les clans yakuza, et entre ces derniers et la classe politique japonaise. En effet, le mangaka développant plusieurs fils narratifs, passer de l’un à l’autre crée parfois une cassure dans le récit. C’est un peu ce qu’il se passe avec le drame de la jeune Ayako. Alors que le chapitre 13 est particulièrement fort avec la passation de pouvoir au sein du clan Tengué, une ellipse trop importante annihile quasiment toute la tension dramatique née de l’enchainement de faits sordides. Il est même possible de considérer que cette rupture temporelle marque la fin de l’excellence, puisque le troisième tome (chapitres 16 à 19) laisse une trop grande place au commissaire Geta et à son enquête policière peu intéressante, il faut l’avouer. Quant au final, il faut aussi reconnaître qu’en dehors des toutes dernières pages, il est assez poussif et peu vraisemblable.

Cela n’empêche pas le titre d’être un des meilleurs que Tezuka ait pu écrire, notamment grâce à une démonstration réussie des relations de pouvoir entre les hommes et les femmes, en mettant en exergue les excès du patriarcat, le malheur que ce système provoque autour de lui, au bénéfice d’une toute petite minorité qui se fait au détriment des femmes, certes, mais aussi de la majeure partie de la population masculine, celle qui n’a pas droit au pouvoir, ni à la liberté de vivre une vie plus en adéquation avec ses aspirations et ses capacités. L’auteur met en scène le besoin du pouvoir des hommes et l’aliénation qui en découle, surtout quand les motivations sont purement égoïstes. C’est ainsi que l’amour que plusieurs hommes portent à Ayako n’ouvre pas leur esprit aux aspirations et aux désirs de cette dernière. Leurs sentiments sont surtout égocentriques et la malheureuse reste ainsi enfermée dans différentes maisons, c’est-à-dire une sphère privée. Elle va donc d’une prison à une autre. Ainsi, Tezuka bat en brèche l’accusation de misogynie de certains (à commencer par le rédacteur du présent billet), qui ont toutefois de nombreux exemples pour argumenter. Surtout, la tonalité féministe d’Ayako reste sans autre véritable occurrence dans l’œuvre du Maître, à l’exception, peut-être, de Barbara dont l’appréciation dépend, là aussi, beaucoup de la personne qui lit cet autre titre utilisant un personnage principal féminin fort.

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Une boulimie d’exposition en 2017 : ne faudrait-il pas un peu de tempérance ?

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Dans ce billet, je vais aborder un thème sur lequel je ne m’exprime que très peu (sauf sur Instagram). En effet, en 2017, j’ai battu mon record d’expositions visitées sur une année : plus d’une cinquantaine ! Certes, certaines sorties comportent plusieurs expositions à la fois (jusqu’à quatre voire cinq), mais cela représente tout de même plus d’une trentaine de journées dans l’année, soit un peu plus d’une toutes les deux semaines. À mon sens, il s’agit là d’un maximum. D’ailleurs, sur la petite communauté d’une douzaine de personnes « conviées » à ces occupations, nous ne sommes que trois vraiment à être partants à (pratiquement) chaque occasion. Il faut dire qu’il ne faut pas avoir grand-chose d’autre à faire le week-end ni avoir charge de famille… D’ailleurs, le dernier quadrimestre a vu une chute de la taille de notre petit groupe. Il va falloir repenser le programme de 2018, je pense, même si janvier devrait être sur le même rythme que 2017, c’est-à-dire infernal.

En cette fin d’année, si propice aux bilans, voici donc un retour en arrière sur une année d’expositions parisiennes, exceptionnelle par le nombre mais aussi par la qualité de certaines d’entre elles. Ces expos remarquables sont regroupées par lieu plutôt que par thème et sans chercher à suivre un ordre chronologique.

Le Grand Palais

Expo JardinsCertes, nous ne sommes allés au Grand Palais que pour deux expositions en 2017 (il y en a quatre par saison), mais, en fait, nous les faisons toutes (le fait que j’ai l’abonnement Sésame joue car pour l’amortir sans bénéficier de la remise d’un CE, il ne faut pas en rater). Toutefois, elles étaient toutes les deux excellentes, surtout Jardins au thème original, aux œuvres variées et à la scénographie réussie qui a attiré une dizaine d’entre nous (en deux visites). Rodin, l’exposition du centenaire était intéressante surtout pour les œuvres des autres artistes exposées et leur filiation avec le « père de la sculpture moderne ». En plus, comme je n’y connais pas grand-chose en sculpture, c’était une bonne occasion pour moi de voir autre chose.

Le Musée du quai Branly

Expo Color LineSi nous fréquentons beaucoup ce musée, c’est à cause (ou grâce) à l’un d’entre nous, ce qui nous a même amené à prendre « en masse » un abonnement annuel. Pour ma part, je ne suis pas très fan d’arts premiers, ce qui fait que je ne suis pas toujours passionné par nos visites. Pourtant, Color Line, L’Afrique des routes et Picasso primitif ont été trois excellentes surprises, chacune dans son domaine. La première et la deuxième étaient variées, diverses du fait d’un fil conducteur très lâche, la troisième réussissait à mettre en parallèle l’œuvre de Picasso et une de ses influences principales, l’art africain.

Les Arts Décoratifs

Expo BauhausVoilà un autre établissement où nous allons souvent même si nous n’y avons fait qu’un seul passage cette année. Fidèles à certaines habitudes, nous avons pu voir L’esprit du Bauhaus lors de l’avant-dernière journée. Si l’expo était un peu « fourre-tout », elle mettait en lumière tous les aspects de ce courant artistique (dont j’ignorais une grande partie). Et tant qu’à être sur place, autant faire Tenue correcte exigée qui s’est révélée être tout à fait réussie, surtout dans sa première partie, plus subversive et historique qu’orientée mode, ce que je reproche un peu à la seconde partie, trop orientée « marque ».

Le Centre Pompidou

Expos Evans et HockneyEncore un haut lieu de nos pérégrinations. Je ne garde pas un souvenir impérissable de Cy Twombly, trop abstrait et trop « primitif » à mon goût. En matière de peinture contemporaine, j’ai nettement plus apprécié une partie du travail de David Hockney (mais pas tout). Je retiens surtout Walker Evans, le « photographe de l’Amérique », avec le souvenir de son exposition à la Fondation Cartier-Bresson visitée il y a presque dix ans. Enfin, même si l’espace n’était pas très grand, (re)voir les créations de Franquin avec Gaston, au-delà de Lagaffe à la BPI a permis de passer un bon moment.

Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Expo Derain Balthus GiacomettiNous n’allons pas assez souvent au MAM à mon goût, faute de volontaires (et comme je ne fais pratiquement rien seul…). D’ailleurs, on ne s’y retrouve chaque fois qu’en tout petit comité. Et c’est bien dommage… Il faut croire qu’entre celles et ceux qui préfèrent l’art contemporain, ou à l’inverse, les autres qui préfèrent l’art figuratif de la renaissance ou l’impressionnisme, il n’y a pas grand-monde pour voir les œuvres de la période 1900-1945. Pourtant, Derain, Balthus, Giacometti. Une amitié artistique était vraiment réussie. Variété des thèmes, scénographie didactique, qualité des œuvres, tout concourrait à un beau succès.

Après ces quelques exemples d’institutions muséales incontournables pour nous (auxquelles on peut ajouter le Musée Guimet aux expos peu intéressantes en 2017, et la Cité des sciences et de l’industrie qui continue à être décevante), cette année a été l’occasion de découvrir de nouveaux lieux ou de revenir à d’anciens rouverts après travaux.

La Maison Européenne de la Photographie

Expos MEP : Gao Bo et Vincent PerezCela faisait longtemps que j’étais curieux de visiter ce centre devant lequel je voyais souvent des files de visiteurs débordant dans la petite rue de Fourcy (on n’est pas dans le Marais pour rien). Vincent Perez. Identités et Gao Bo. Les offrandes ont été les déclencheurs (il y avait trois autres expositions dont deux assez anecdotiques). Si la première était classique, quoiqu’un peu courte, avec de beaux portraits en grands formats, la seconde était une exposition d’art contemporain très intéressante à la thématique frappante. En effet, l’artiste chinois n’a pas eu une enfance facile, c’est le moins que l’on puisse dire, et ses œuvres sont assez morbides quoique fascinantes.

L’Orangerie

Expo Tokyo-ParisSi j’ai eu l’occasion d’aller au Jeu de Paume il y a quelques années, je n’étais jamais allé à l’Orangerie, pourtant située tout à côté. D’ailleurs, je n’étais pas le seul… L’exposition Tokyo-Paris Chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum of Art a permis de « corriger » cette erreur. C’était une bonne exposition, avec de nombreuses pièces intéressantes, notamment un grand tableau de Zao Wou Ki (parce que jusqu’ici, je n’ai pu voir que ses « crobards » ou ses poteries, rien qui permette de crier au génie). Et nous avons pu aller voir les Nymphéas géantes de Monet à l’étage, ne l’oublions pas !

Le Musée de Montmartre

Expo Montmartre au cinémaCela faisait longtemps que je voulais visiter ce musée et une occasion s’est présentée cet été. Du coup, c’est assez nombreux que nous sommes allés voir Montmartre, décor de cinéma. L’expo, quoiqu’assez grande, n’était pas très passionnante, peut-être à cause d’une scénographie très linéaire et peu variée. Il faut dire qu’il n’est pas facile de présenter le cinéma sous une forme statique (des affiches et des photos) ou sous une forme dynamique mais tronquée (des extraits). Toutefois, le lieu, le jardin et Montmartre ont justifié ce passage.

La Monnaie de Paris

Expo À Pied d'oeuvre(s)Avec la fermeture durant quelques années pour cause de rénovation des lieux, nous avions cessé d’aller à la Monnaie de Paris (même si nous n’y allions que rarement, de toute façon). Avec l’exposition À pied d’œuvre(s), nous avons pu revenir sur les lieux d’une de nos premières visites, en 2005. Cette manifestation célébrant les 40 ans du Centre Pompidou présentait quelques pièces majeures « horizontales » du Centre national d’art et de culture sis un peu plus loin, de l’autre côté de la Seine. C’était passionnant et très photogénique même si je reste très dubitatif à propos des performances présentées, à la fois en tant qu’art et en tant que support.

Le Musée Maillol

Expo Pop ArtFermé pour cause de faillite de la société organisant les expositions temporaires dans ce lieu dédié à un sculpteur amateur de femmes nues, le Musée Maillol a rouvert il y a peu avec une programmation orientée vers l’art contemporain. Ne connaissant pas grand-chose au courant artistique présenté par Pop Art — Icons that matter, je tenais absolument y aller, à la fois pour voir les changements effectués par les travaux et m’instruire. Ce fut donc une excellente surprise avec une exposition aérée, didactique malgré une fichue interdiction de photographier les œuvres présentes. Ce dernier point m’énerve à chaque fois (je n’ai pas investi dans un APN compact expert pour le laisser dans la sacoche) et semble être une spécialité de Culturespace, le nouveau gestionnaire qui gère aussi le Musée Jacquemart-André où nous allons régulièrement malgré un tarif excessif et la petitesse de l’espace dédié aux expos. Au moins, c’est vaste à Maillol et on y retournera.

Cette petite revue ne couvre pourtant même pas un tiers des expositions visitées en 2017. Néanmoins, cela donne une bonne idée de ce qui est un de mes principaux passe-temps avec la lecture de bandes dessinées. Pour finir, je vous laisse avec une douzaine de photos (après tout, c’est mon dada) illustrant ce court résumé d’une année d’expositions à Paris.

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Machines à dessiner au Musée des arts et métiers

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L’Afrique des routes au Musée du quai Branly

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Montmartre, décor de cinéma au Musée de Montmartre

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Gao Bo. Les offrandes à la MEP

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Cy Twombly au Centre Pompidou

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Tenue correcte exigée aux Arts Décoratifs

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Ciao Italia ! au Musée national de l’histoire de l’immigration

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Jardins au Grand Palais

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Nymphéas à l’Orangerie

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À pied d’œuvre(s) à la Monnaie de Paris

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Au-delà des étoiles, le paysage mystique au Musée d’Orsay

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Walker Evans au Centre Pompidou

Et revoilà Angoulême !

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La conférence de presse de la quarante-cinquième édition du Festival International de la Bande dessinée approche ! Elle permettra d’avoir une idée plus précise du programme qui nous sera proposé en janvier 2018 (et accessoirement de connaître la sélection officielle). Et c’est ainsi que votre serviteur réalise qu’il va (sauf accident) participer pour la quinzième fois au grand raout de la BD francophone. En effet, depuis 2004, je suis un festivalier assidu, étant passé au fil du temps du statut de simple visiteur payant à celui de « journaliste » et conférencier. Dernièrement, je me suis demandé ce qui pouvait justifier ou expliquer que je passe plusieurs jours aussi loin de mon domicile, alors que je suis plutôt casanier. Et surtout, pourquoi l’envie est-elle toujours là, alors que je ne vais plus au Festival International du Film d’Animation d’Annecy (8 éditions de 2003 à 2010) ou à Japan Expo (12 éditions de 2003 à 2015) ?

En ce qui concerne l’arrêt de ma fréquentation de ces deux dernières manifestations, la réponse est assez simple : l’évolution de la programmation du FIFA d’Annecy l’amène vers toujours plus de longs métrages, à ma grande contrariété.  Cela a eu raison de ma motivation, d’autant que j’y étais un peu seul la plupart du temps lors des dernières années. Quant à Japan Expo, là encore c’est  simple : je n’y vais plus parce que le programme est sans intérêt ; les copains éditeurs sont trop occupés sur leurs stands ; et surtout, l’organisation a fermé mon compte après m’avoir refusé mes demandes de badges en 2016. Et comme il est hors de question que je paye pour aller dans un supermarché ou que je fasse l’effort de demander un accès presse alors que rien ne m’intéresse…

Toutefois, cela n’explique en rien pourquoi je continue à aller à Angoulême, une petite préfecture sans grand intérêt touristique (à la différence de Saint Malo par exemple) perdue au milieu de nulle part en plein mois de janvier. Comme pour le FIFA d’Annecy en son temps, il s’agit pour moi de prendre de petites vacances de trois à quatre jours où j’oublie tous les soucis professionnels et où je me plonge dans un autre monde, tourbillonnant. En effet, à la différence des autres festivals de bande dessinée que j’ai pu faire, il faut bien trois jours pour faire le tour de la programmation (je ne dis pas tout faire, c’est impossible). Des manifestations aussi plaisantes que SoBD ou Pulp Festival sont généralement bouclées en une grosse demi-journée. Quai des Bulles (que je referais bien pour le côté vacances et la qualité de la programmation, du moins quand a-yin aura le courage de m’accompagner à nouveau dans ce long périple) ne prend qu’une journée pour en faire le tour, tout comme Livre Paris.

En effet, la véritable raison est là : la qualité de la programmation. Il est assez incroyable de voir la différence entre le festival d’Angoulême et les autres manifestations du même genre, même les plus renommées comme celle de Saint Malo. Le nombre et la diversité des rencontres, la qualité des conférences et surtout la taille et l’intérêt des expositions sont sans commune mesure avec tout ce que j’ai pu voir autre part en quinze années de festivités bédéphiles diverses. La place dédiée au festival, le professionnalisme des stands, la variété des éditeurs et des auteur·e·s sont sans équivalent en France et plus que rares dans les autres pays, d’après ce que j’ai pu comprendre. Et c’est pour cela que je serai présent à la conférence de presse de l’édition 2018 du festival d’Angoulême, que je serai au festival lui-même dans deux mois et que je passerai des heures à faire un compte-rendu photographique (c’est mon « boulot », je suis « presse » après tout !).

La Cantine de minuit

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Un restaurant sans prétention situé au fond d’une ruelle du quartier de Shinjuku a pour particularité d’être ouvert uniquement le soir, généralement de minuit à sept heures du matin. Le patron a pour habitude de servir ce que lui demande sa clientèle, à condition qu’il ait les ingrédients. Et il propose aussi du saké, ce qui est important, vu la faune disparate qui fréquente son établissement.

La placidité du patron combinée à sa dextérité pour confectionner n’importe quel plat simple mais typique de telle ou telle région du Japon font du restaurant le lieu privilégié pour finir la nuit, que l’on soit yakuza, policier, prostituée, amateur/e de bon petits plats, fêtard, artiste, artisan ou simple passant. Les habitués savent recevoir les nouveaux venus, tout comme le tenancier. Ainsi, on finit toujours par y revenir, du moins, tant qu’on est à Tokyo.

La Cantine de minuit est une série toujours en cours au Japon, chaque tome français compilant deux tomes de la version originale (18 volumes sortis à mai 2017). Elle composée de petites histoires indépendantes mettant en scène un cuisinier et ses clients. Ces derniers viennent souvent exposer leurs soucis ou leurs petits bonheurs. Il en résulte une mosaïque de tranches de vies, celles des personnes qui passent par le restaurant…

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Yaro Abe est un mangaka atypique du fait de son parcours professionnel et artistique. Né en 1963, il ne débute sa carrière d’auteur professionnel de bandes dessinées qu’à l’âge de 41 ans, après avoir passé vingt années à être directeur artistique dans une société spécialisée dans la publicité. Il connait le succès assez rapidement après avoir gagné un prix réservés aux débutants organisé par l’éditeur Shôgakukan.

La Cantine de minuit est en permanence adaptée pour la télévision et le cinéma en Asie du Sud-Est : un drama de 10 épisodes en 2009, un autre en 2011 et un troisième en 2016 (par Netflix pour ce dernier) au Japon, une série TV en Corée en 2015 et une autre en Chine en 2017. À cela, s’ajoutent deux films long métrage en 2016 et 2017 au Japon. Il faut dire que le format du manga (des saynètes) se prête bien à ce type d’adaptation.

Sur un dessin personnel, faussement naïf, Yaro Abe dessine par petites touches un Japon peu connu, celui des petites gens, et décrit leur vie de tous les jours, avec les joies et tristesses qui en découlent. Chaque chapitre, auto conclusif, est une réussite grâce à des dialogues emprunts de compassion et de subtilité. Alors, certes, il ne se passe pas grand-chose, mais ce pas grand-chose est traversé par une joie de vivre calme, paisible et enchanteresse…

Chronique manga : Ranma ½

RANMA EDITION ORIGINALE

Fils de Genma Saotomé, fondateur de l’école en arts martiaux mixte et sans complexe à la mode « Saotomé », Ranma est revenu d’un entraînement en Chine avec son père. Il doit épouser une des trois filles du maître du dojo Tendo afin d’en prendre plus tard la responsabilité. C’est décidé, ça sera Akané, véritable garçon manqué et combattante hors pair. Néanmoins, il y a un petit problème : Ranma est une fille ! Du moins lorsqu’elle a été exposée à de l’eau froide. Chaude, l’eau la fait redevenir le garçon qu’elle était avant de tomber dans la source maléfique de la jeune fille. Quant à son père, il est tombé dans la source maléfique du panda. Depuis, ils sont victimes d’une malédiction et changent de forme au contact de l’eau. La vie d’expert en arts martiaux est décidément tout sauf tranquille. Ah, et autre problème : Ranma et Akané n’arrivent pas à s’entendre et passent leur temps à se chamailler.

Longtemps attendue par les fans de la série, la réédition de Ranma ½ est enfin là, en volumes doubles ! Bénéficiant d’une nouvelle traduction, d’une nouvelle adaptation graphique avec un sens de lecture japonais et d’une impression plus aux normes actuelles, il ne reste plus qu’à espérer qu’elle trouvera un nouveau public, dépassant celui des fans de l’animé qui était diffusé dans les années 1990 dans le fameux « Club Dorothée », et des lecteurs de la première heure (Glénat a édité les 38 tomes de la série entre 1994 et 2002). Quinze années plus tard, alors que le marché et le lectorat du manga francophone ont profondément changé, la réussite commerciale n’est pas assurée, surtout que la première édition était déjà un demi-échec.

Pourtant l’œuvre ne manque pas de qualité : le rythme est élevé, grâce à sa prépublication originelle dans un hebdomadaire. En effet, chaque chapitre, à l’exception du premier, fait une vingtaine de page et ils sont regroupés en petits arcs narratifs, ce qui permet de développer le récit par petites touches. Grâce à l’arrivée de plusieurs personnages emblématiques comme Kuno et Ryoga, les lecteurs et lectrices ne s’ennuient pas un seul instant. L’humour est omniprésent sans être burlesque ou grossier. Il nait de la confrontation des personnalités, toutes assez déjantées et loufoques, et repose sur des running-gags efficaces. Ranma ½ est ainsi dans la droite ligne d’Usurei Yatsura – Lamu, sa précédente série pour jeunes garçons.

Il faut dire que Rumiko Takahashi a une spécificité : bien que femme, elle est publiée dans un magazine shônen, c’est-à-dire pour jeunes garçons. Sans être véritablement pionnière, elle montre toutefois une voie à ses consœurs car elle est la première à rencontrer un énorme succès critique et commercial en ne s’exprimant qu’en dehors des mangas shôjo (pour jeunes filles). En 2017, elle vient de fêter ses 60 ans, dont presque 40 au service du manga. Elle a vendu plus de 200 millions d’ouvrages, ce que peu d’auteurs BD ont réussi dans le monde. Pourtant, si elle a été traduite dans de nombreuses langues occidentales et asiatiques, que ses adaptations en dessins animés ont marqué des générations de téléspectateurs à travers le monde, elle n’a pas l’aura d’un Tezuka, d’un Toriyama, d’un Otomo ou même d’un Oda chez le grand public.

En effet, son humour est trop spécial, reposant peut-être trop sur la culture et l’imaginaire japonais sans pour autant faire explicitement référence à mythologie asiatique. De même, son dessin n’a pas fait explicitement école. Il faut avouer qu’il n’est pas réellement original, notamment à l’époque, c’est-à-dire dans les années 1980-1990. En nos contrées, il n’y a qu’Elsa Brants qui a revendiqué son influence pour sa série Save me Pythie. Il ne reste plus qu’à espérer que la présente réédition remette sur le devant de la scène francophone une auteure qui a permis la féminisation du manga à destination d’un public masculin, au point d’avoir maintenant (sans qu’aucune étude ne permette de le calculer) un pourcentage non négligeable d’auteures s’exprimant dans des supports shônen et seinen (pour jeunes hommes).

Chronique BD : Oualou en Algérie

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Nadir (et pas Madir !) Oualou est détective privé dans la banlieue nord-est de Paris (le 9-3, quoi…) et il n’est pas débordé par le travail. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir refuser une mission : aller en Algérie retrouver la fille de Nicole Benhamou qu’elle n’a pas pu ramener en France. En effet, son mari est resté pour aider le Front Islamiste du Salut et n’a pas permis à la petite Mina de quitter le pays. Il faut dire que notre détective a toujours détesté aller au bled. Cependant, ce refus devient impossible avec l’irruption de la propre mère de Nadir qui lui ordonne d’aller à Alger commencer son enquête : la famille l’aidera sur place. Et le voilà parti pour le pays de ses ancêtres, lui qui est français… comme Zidane !

Oualou en Algérie n’est pas une réelle nouveauté car l’œuvre a été autoéditée en 2011 par le dessinateur Lounis Dahmani. Elle a été colorisée par Drac (aidée de Reiko Takaku) pour la présente réédition. Lounis Dahmani n’est pas totalement inconnu en France, il a dessiné notamment deux tomes de Lost Conquistadores chez Tartamudo il y a quelques années et avait publié auparavant un recueil de gags chez Bethy. Ancien dessinateur de presse en Algérie, il est revenu en France (il y est né avant de suivre ses parents en Kabylie à 16 ans). La guerre civile algérienne des années 1990 rendait en effet la vie impossible aux humoristes et caricaturistes. Après quelques années de galères, il réussit à se reconvertir dans le multimédia.

Le scénariste, Gyps a, lui aussi, été dessinateur de presse en Algérie avant de devoir fuir en France. Pourtant, sa première carrière professionnelle dans une entreprise d’état d’hydrocarbures ne l’avait pas disposé à devenir une cible pour les islamistes du fait de ses dessins politiques. En France, il doit lui aussi vivre de petits boulots avant de se trouver une nouvelle voie : comédien, notamment au sein d’une compagnie proposant des spectacles pour enfants. Il crée aussi un one-man show « Algé-rien » qu’il joue régulièrement. Il a aussi publié entre 1996 et 2009 plusieurs recueils de gags épinglant les Algériens des deux côtés de la méditerranée avant de créer le personnage de Oualou avec Lounis Dahmani qu’il connaissait depuis de longues années.

L’éditeur La Boite à Bulles n’hésite pas à invoquer Pétillon et son Enquête corse pour présenter Oualou en Algérie. Il faut dire que le parallèle fait avec la fameuse bande dessinée de Jack Palmer est pertinente. Ici, le peuple algérien, et surtout ses petits travers, est souvent moqué avec beaucoup de tendresse, les auteurs sachant toutefois rester critique sur certains comportements masculins, notamment envers les femmes. Par contre les auteurs sont sans la moindre gentillesse envers les radicalisés, les terroristes. Il faut dire que c’est à cause de la guerre civile algérienne que les deux auteurs ont dû s’exiler en France, ce qui n’aide pas à trouver une certaine aménité, il faut le reconnaître.

Oualou en Algérie est une réussite tant son propos est intelligent. Les traits d’humour s’insèrent parfaitement au récit, y compris les quelques running-gags comme ceux autour de Zidane ou de Madir. Les dialogues, les personnages et les situations sont particulièrement savoureux et ne demandent pas au lecteur d’être d’origine algérienne pour les comprendre et les apprécier. L’écriture est soutenue par un dessin plaisant et efficace. En effet, le dessin de Lounis Dahmani propose un trait semi-réaliste qui fait bien ressortir les expressions et qui n’est pas sans rappeler celui de Pétillon auquel il rend hommage dès la première planche. Il résulte de l’ensemble de ces 66 pages un véritable plaisir de lecture. On se laisse aller à rêver d’une suite. Oui, on a espoir que cette réédition débouche sur de nouvelles aventures de Nadir Oualou.

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Pourquoi WordPress ?

Nostalgique d’Internet d’il y a 15 ans, au moment de la multiplication des forums permettant aux passionnés de tel ou tel sujet de se retrouver virtuellement et de discuter, je suis resté réfractaire à son évolution allant toujours plus vers les réseaux sociaux et, pire, l’instantanéité et la recherche d’audience. C’est ainsi que j’ai refusé d’avoir un blog, puis un compte twitter, puis un compte Facebook, puis… etc. Pendant longtemps, écrire des chroniques/articles BD sur deux sites m’a suffit. Il faut dire que c’est une activité très chronophage.

Malheureusement, à part accepter de se couper du monde virtuel, impossible de ne pas suivre le mouvement. Après avoir mis en place un site perso, testé Google+, créé des comptes Facebook, linkedin, puis un Pinterest, puis un Instagram, puis un Tumblr… j’en arrive à créer un WordPress. Il s’agit d’un univers qui m’est plus familier (j’en avais installé un sur un de mes sites il y a longtemps, avant de me dire que je n’avais rien à y mettre et de tout supprimer) et permettant de s’exprimer de façon développée.

Néanmoins, je reste persuadé que « c’était mieux avant » 🙂

Pour répondre à la question, j’ai donc choisi WordPress (en gratuit pour le moment, je paye assez pour mes différents sites web) pour poster des textes en bénéficiant de la simplicité des blogs et de leur intégration simplifiée aux réseaux sociaux (enfin, j’imagine que c’est le cas ici). Après  avoir passé un peu de temps sur tumblr, je me suis aperçu que ce n’était pas adapté à mes propos, aussi bien techniquement que visuellement et « socialement ». On verra bien si j’arriverai à durer… 🙂